Les mémoires de mon ami Mon ami Charles L… est mort, la semaine dernière. Quand je dis que Charles L… fut mon ami, c’est beaucoup dire. Notre amitié consistait surtout à ne nous voir jamais, ou si rarement ! Tous les cinq ou six ans, nous nous rencontrions, par hasard, dans une rue, et toujours pressés, toujours courant, nous causions cinq minutes, à peine. – Ah ! c’est toi ! – Quel bon vent ? – On ne se voit jamais ! – Que veux-tu ? C’est la vie ! – Il faudrait pourtant se voir un peu, que diable ! – Certainement ! – De vieux amis comme nous, c’est dégoûtant ! – Alors, à bientôt, n’est-ce pas ? – À bientôt ! Et nous en avions pour cinq autres années à attendre le nouveau hasard d’une nouvelle rencontre ! – Ah ! c’est toi ? – Quel plaisir de se revoir, hein ? – Ne m’en parle

