Chapitre 1

2728 Worte
Chapitre Un J’enfonce mon doigt dans le trou de balle en silicone de Bill. — Qu’est-ce que tu fous ? s’exclame Fabio dans un murmure horrifié. Tu pousses trop. Tu dois être délicate. Aimante. Je lâche un grognement frustré et retire vivement ma main. Le trou de balle de Bill émet un bruit de succion étrange. — Tu vois ? rétorqué-je. Mon doigt lui manque. Ça ne devait pas être si désagréable que ça. — Écoute, Blue, lâche Fabio en étrécissant ses yeux ambrés. Tu veux que je t’aide, ou pas ? — Très bien. Je lubrifie mon doigt et examine à nouveau ma cible. Bill est un torse en silicone dépourvu d’une tête avec des abdos, un derrière et un sexe – à moins qu’il s’agisse d’un godemichet ? – dur et saillant, en temps normal, en tout cas. En ce moment, le pauvre est écrasé entre le ventre de Bill et mon canapé. — Et si tu faisais comme si c’était ta chatte ? suggère Fabio en plissant le nez de dégoût. Je suis sûr que tu ne l’enfonces pas comme un bouton d’ascenseur. — En général, je frotte mon c******s quand je me m******e, maugréé-je tout en ajoutant un peu de lubrifiant sur mon doigt. Ou bien je me sers d’un vibromasseur. Fabio émet un bruit de haut-le-cœur. — Tu ne me paies pas assez pour que j’écoute ce genre de trucs. Avec un soupir, je fais tourner mon doigt plusieurs fois autour de l’anus de Bill d’un geste séducteur, avant de le pénétrer lentement du bout de mon index. Fabio hoche la tête, j’enfonce donc mon doigt un peu plus loin, m’arrêtant à la première articulation. — C’est beaucoup mieux, approuve-t-il. Maintenant, vise entre son nombril et sa queue. Je grimace. Je déteste le mot « queue », parce que ça me rappelle les queues des oiseaux, et que je hais tout ce qui a trait aux oiseaux. Mais je fais quand même ce qu’il me dit. Fabio secoue vivement la tête. — Ne plie pas le doigt. L’idée est d’aguicher. Je retire mon doigt et recommence. Cette fois, mon doigt entre en restant bien droit. — Hum, lâché-je une fois que je suis enfoncée jusqu’à la deuxième articulation. Il y a quelque chose ici. On dirait une noisette. Fabio ricane. — C’est une noisette, andouille. Je l’ai fourrée là-dedans à des fins pédagogiques. La prostate, ou point P, est à peu près là où tu te trouves en ce moment, mais la vraie est plus douce et lisse. Maintenant que tu l’as trouvée, masse-la délicatement. Pendant que je donne du plaisir à la noisette de Bill, Fabio secoue le mannequin pour simuler la manière dont réagirait un vrai homme. Puis il se met à émettre des sons pour Bill, en mettant à profit tous ses talents de star du porno. « Bill » gémit et grogne jusqu’à connaître « le meilleur P-gasme du monde », selon les mots de Fabio. Je retire à nouveau mon doigt. Mes sentiments sont mitigés quant à cet accomplissement. Fabio me prend le menton et me fait lever la tête. — Montre-moi ta langue. Avec l’impression d’avoir cinq ans, je tire la langue. Il secoue la tête d’un air désapprobateur. — Elle n’est pas assez longue. Je la rentre dans ma bouche. — Assez longue pour quoi ? — Pour atteindre la noisette, bien sûr, répond-il avec un soupir théâtral. Je suppose que je vais faire avec ce que j’ai. Argh. J’ai le droit de le gifler ? — Et si on se concentrait sur son pénis ? Avec un autre soupir, il retourne Bill. — Tu as pris les pastilles, comme je te l’ai demandé ? Pour la millième fois, j’éprouve des doutes concernant mon instructeur. L’objectif de cet entraînement est simple : je veux devenir espionne, ce qui nécessite d’obtenir certaines capacités de séductrice/femme fatale. Imaginez le personnage de Keri Russell dans The Americans. D’après son histoire dans cette série, elle a étudié dans une école d’espions flippante qui leur apprenait la séduction. En fait, on entend souvent parler de ce genre d’établissements dans les films avec des espions russes – comme récemment dans Anna. Hélas, ces institutions sont plus dures à trouver dans la vraie vie. J’ai donc décidé d’engager un professionnel, mais la prostituée à qui j’ai demandé de l’aide a refusé. Idem avec les stars du porno féminines que j’ai contactées sur les réseaux sociaux. En dernier recours, je me suis tournée vers Fabio, un ami d’enfance devenu star du porno masculine. En tant qu’acteur de porno gay, il affirme savoir donner du plaisir à un homme mieux que n’importe quelle femme. — Oui, j’ai sucé les pastilles, acquiescé-je. Ma gorge est engourdie et je sens à peine ma langue. — Super. Alors enfonce-moi ce zguège au fond de ta gorge, m’intime Fabio en pointant Bill du doigt. Je scrute le membre de Bill avec appréhension. — Tu es sûr ? Les pastilles ne risqueraient pas d’engourdir le pénis ? Si Bill était réel, je veux dire. — Bill, répète-t-il en levant un sourcil. Je hausse les épaules. — Je me suis dit que si je devais avoir des relations sexuelles avec lui, il ne devrait pas rester anonyme. Fabio me tapote l’épaule. — Les pastilles servent juste à te donner un peu plus d’assurance. Une fois que tu auras vu que ça rentre, tu seras plus détendue le jour où ça arrivera vraiment, et tu n’auras pas besoin de t’engourdir. Ne t’en fais pas. Je vais t’apprendre la respiration adéquate et tout ça. Tu seras bientôt une pro. — OK. Je retire ma perruque sexy et la pose sur le canapé. Avant que Fabio ait pu faire la moindre remarque, je lui assure que le jour où ce genre de situation m’arrivera vraiment, je la garderai sur ma tête. Désormais plus à l’aise, je me penche et prends Bill dans ma bouche, aussi loin que je le peux. Mes lèvres touchent la base en silicone. Waouh. Je n’ai jamais réussi à avaler aucun de mes ex aussi loin – et ils étaient aussi gros que ça. J’ai très facilement des haut-le-cœur. Même une brosse à dents me pose parfois problème, quand je m’en sers pour me laver la langue. Cependant grâce à l’engourdissement, le godemichet en silicone est entré en entier. C’est intéressant. Ces pastilles pourraient-elles aussi aider à supporter la torture par l’eau ? Si je veux devenir espionne, je dois apprendre à supporter la douleur, au cas où je serais capturée. Bien sûr, la torture par l’eau n’est pas ce que je crains le plus. Si l’ennemi a accès à un canard – ou à n’importe quel autre oiseau, pour tout dire – je révélerai tous les secrets d’État que je connais pour maintenir cette monstruosité à plumes loin de moi. Oui, OK. La CIA avait peut-être une bonne raison de rejeter ma candidature. D’un autre côté, dans Homeland – une autre de mes séries préférées – on laisse Claire Danes rester dans la CIA malgré tous ses problèmes. Ce qui me rappelle que je dois m’entraîner à faire trembler mon menton sur commande. Fabio me donne une tape sur l’épaule. — Ça suffira. Je me désengage et déglutis pour avaler l’excès de salive. — C’était pas si mal. Je dois recommencer ? Il secoue la tête. — Je pense qu’il te faut un petit boost de motivation. Je sais de quoi il parle, alors je sors mon téléphone. — Oui, approuve-t-il en se frottant les mains comme un méchant des premiers James Bond. Montre-moi à nouveau la photo. J’affiche l’image de nom de code : Sexy McEspion. Cette photo a été prise par un agent du FBI sous couverture, parce qu’il traquait l’un des hommes figurant dessus, mais ce n’est pas ma cible. Non. Tout le monde pense que Sexy McEspion n’est qu’un type normal, alors que moi, je pense qu’il s’agit d’un agent russe. Fabio émet un sifflement. — Quels magnifiques spécimens masculins. C’est vrai. Sur la photo, un groupe d’hommes extrêmement délicieux est assis autour d’une table, dans un banya à la mode russe – un hybride entre un hammam et un sauna – vêtu uniquement de serviettes et, dans le cas de Sexy McEspion, une paire de lunettes d’aviateurs antireflet qui doivent disposer d’un revêtement anti buée. Avec la sueur qui perle sur les muscles brillants de tout le monde, ils ressemblent à un rêve érotique personnifié. — Ils jouent au poker, précisé-je. C’est pour ça que je prends des leçons de poker. — Oui, j’avais deviné vu que la photo s’intitule « Hot Poker Club », répond Fabio, en énonçant les trois derniers mots d’un ton réjoui. Tu te rends bien compte que ça ressemble au titre d’un de mes films ? Je hausse les épaules. — Cette photo a été nommée par un agent du FBI, pas par moi. Ils en avaient après un autre des hommes présents dans cette pièce, et je les aidais au nom de la collaboration entre agences. Fabio tapote l’écran pour zoomer sur Sexy McEspion. — Et c’est lui que tu veux ? Je hoche la tête et étudie à nouveau l’image. Sexy McEspion est celui qui a les muscles les plus durs, parmi ce groupe d’hommes impressionnants. C’est aussi lui qui a la mâchoire la plus carrée. Ses traits ciselés et masculins sont vaguement slaves, et c’est la première chose qui m’a rendue soupçonneuse. Ses cheveux sont blond foncé et aussi soignés que dans une pub pour le shampoing. Même mes perruques ne sont pas aussi belles. Je ne serais pas surprise d’apprendre que cet homme est le résultat d’une expérience menée par des généticiens slaves tentant de créer un spécimen mâle parfait/super-soldat/agent de terrain. Et je ne serais pas choquée non plus de découvrir qu’il a servi d’inspiration pour la version russe d’une poupée Ken (Ivan A. Grospaquet ?) Même si je ne le prenais pas pour un espion, j’aurais infiltré ces parties de poker rien que pour lui arracher ces stupides lunettes de soleil et voir ses yeux. Même si je les imagine très bien… — Tu baves, remarque Fabio. Non pas que je puisse t’en vouloir. Je manque de m’étrangler avec ma salive traîtresse. — C’est faux. — Oui, c’est ça. Sois honnête, tu en as après lui parce que c’est peut-être un espion, ou parce que tu veux l’épouser ? — La première option, assuré-je en cachant mon téléphone. Espion ou pas, le mariage est hors de question pour moi. Mon attitude actuelle s’agissant des relations amoureuses a presque le même acronyme que l’agence pour laquelle je travaille : SA, sans attache. Mais ce n’est pas le sujet, de toute façon. Si j’arrive à exposer un espion à moi toute seule, la CIA sera obligée de me remarquer et de réexaminer leur rejet de ma candidature. Et même s’ils ne m’embauchent pas, j’aurais rendu l’Amérique plus sûre. Les espions russes sont toujours l’une des plus grandes menaces pour notre sécurité nationale. — C’est ça, c’est ça, répond Fabio. Et le fait qu’il soit sexy n’a rien à voir avec ton intérêt spécifique pour lui. Je fronce les sourcils. — C’est justement parce qu’il est sexy que c’est l’agent parfait. Pense à James Bond. À Tom Cruise dans Mission Impossible. À… Fabio lève les mains comme si j’avais menacé de lui tirer dessus. — La dame fait trop de protestations, ce me semble. Je fais un geste vers le phallus en silicone et demande : — Je dois recommencer ? Je crois que l’engourdissement est en train de passer. Pour une raison inconnue, je suis hyper motivée à l’idée de faire une f*******n à quelqu’un. — Si tu veux, répond Fabio en sortant son téléphone. Exerce-toi à faire ça, mais je dois y aller. Mon rencard sur Grindr m’attend. Il me montre une photo de pénis. — Mec, lâché-je. Tu n’as pas déjà assez de ça au boulot ? Fabio donne une tape amusée dans l’érection de Bill, qui oscille d’avant en arrière comme un pendule coquin. — C’est pour ça que je remercie le ciel d’être attiré par les hommes. Leur appétit sexuel est bien plus grand. — C’est sexiste. Ce n’est pas parce que les femmes ne sautent pas sur tout ce qui bouge qu’elles ont moins d’appétit sexuel. Il secoue à nouveau la virilité de Bill – ou sa virilité de mannequin, en tout cas. — Si tu n’as pas la queue et l’anus endoloris en permanence, c’est que ton appétit sexuel laisse à désirer. C’est tout. Je grimace à nouveau. Quel est le rapport entre les volatiles – ces machines à tuer – et les pénis ? Pourquoi qualifier l’organe masculin de « queue » et pas de python, de saucisse ou de cuillère à miel ? Ils seraient tous appropriés. Fabio sourit et secoue l’appendice en question une fois encore. — Désolé d’avoir prononcé le mot « queue ». Je suis vraiment un… Avant qu’il ait pu terminer sa phrase, une boule de fourrure passe devant nous à toute vitesse. Le félin géant atterrit sur les abdos en tablette de chocolat de Bill et donne un coup de patte aux griffes acérées comme des rasoirs dans le phallus-pendule. Fabio pousse un cri de fausset et fuit la scène de ce crime passionnel. Le propriétaire des griffes est mon chat, Machette, et apparemment, il n’en a pas terminé – parce qu’il plante ses griffes dans ce qu’il reste de la virilité de Bill. — C’est obscène, s’exclame Fabio, les jambes serrées l’une contre l’autre comme s’il avait envie d’aller faire pipi. Tu devrais emmener ton chat voir un psy. Comme s’il avait compris les propos de mon ami, Machette lui lance un regard empli de haine féline. Comme d’habitude, j’imagine sans mal ce que dirait Machette, si on n’était dans une dimension cauchemardesque où les chats pouvaient parler. Le mâle en silicone ne pouvait échapper à Machette. L’autre, plus doux et en chair, sera le suivant. — Viens par ici, mon chéri, roucoulé-je en me penchant pour prendre le chat. Machette doit se sentir extrêmement magnanime, aujourd’hui, parce qu’il me laisse le porter et garder mes yeux. Fabio émet un petit rire et je lui lance un regard interrogateur. — Ton chat a essayé de tuer Bill, fait-il remarquer. Machette lui siffle dessus. Machette ne trouve pas ça drôle. Uma Thurman est une actrice très éclectique, mais elle ne pourra jamais jouer Machette. Je souris. — Il doit t’avoir entendu qualifier ça de queue, expliqué-je avec un geste vers le malheureux Bill. Mon chéri me protège des oiseaux. Je caresse la fourrure soyeuse de Machette et suis récompensée par un ronronnement grave. — Quand je l’ai adopté, il a tué ce qui s’est avéré être un oreiller en plumes d’oie, pour moi. Fabio regarde la porte. — Tout ce que je sais, c’est qu’il a l’air d’avoir participé à beaucoup de combats de rue illégaux, avant que tu l’adoptes. Et d’en avoir perdu pas mal. C’est vrai. Machette était dans un état encore pire que ça, quand je l’ai trouvé au refuge. C’est aussi la seule fois où je l’ai vu si vulnérable. Inutile de dire que j’ai profité de mes ressources professionnelles pour retrouver la trace de ses précédents propriétaires. Peu de temps plus tard, ils se retrouvaient mystérieusement sur la liste des personnes interdites de vol… juste avant leurs grandes vacances. J’arrête de le caresser un moment et il crache à nouveau vers Fabio. — Je ferais mieux d’y aller, déclare ce dernier en reculant. Je le suis. Une fenêtre d’appel vidéo apparaît sur l’un de mes écrans accrochés au mur. Oui, j’ai plusieurs écrans suspendus aux murs. Mon installation à la maison est inspirée de tous les films où des espions épient quelqu’un depuis une salle de surveillance. Oubliant le danger représenté par le chat, Fabio s’arrête et observe l’écran. Si mon ami était l’un des semblables de Machette, sa curiosité l’aurait tué depuis longtemps. — C’est ma vidéoconférence avec Gia et Clarice, expliqué-je. Tu peux partir. Fabio pince les lèvres. — Qui est Clarice ? — Mon professeur de poker, dis-je. Va-t’en. Il a l’air à deux doigts de taper des pieds. — Mais je veux dire bonjour à ma copine Gia. — Très bien, cédé-je. Je décroche et Gia et Clarice apparaissent sur l’écran.
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