Les doutes de Soren

1079 Palabras
​Chapitre 14 : Les doutes de Soren ​Soren fixait la flamme d'une bougie, le silence de la salle à manger royale ne parvenant pas à étouffer le tumulte de ses propres pensées. En face de lui, Izia restait pétrifiée. Elle n'avait pas touché à son vin, ni à la venaison qu'on lui avait servie. ​Il aurait dû éprouver une grande satisfaction. Il avait assis son autorité, châtié un traître et rappelé à cette cour qui était le maître. Mais en regardant la silhouette frêle de la reine et son air perdu, il sentait une irritation nouvelle le titiller. ​— Vous ne mangez rien ? finit-il par lâcher, sa propre voix lui paraissant trop dure dans cet espace confiné. La colère est une mauvaise compagne pour l'estomac. ​Elle releva la tête avec lassitude. Soren s'attendait à voir dans son regard les éclairs de rage habituels, cette fierté de princesse qui l'agaçait autant qu'elle le fascinait. Mais ce qu'il vit lui déplut. Ses yeux noirs étaient noyés de douleur, cernés par une fatigue qui semblait dater de toujours. ​— La colère ? répéta-t-elle, tandis que sa voix se brisait sur la deuxième syllabe. ​Sa lèvre inférieure trembla malgré elle, trahissant une lutte désespérée pour maintenir un masque qui tombait en lambeaux. Un masque que l’homme pensait exécrer, avant de la voir ainsi. ​— C’est de la révulsion, sire... continua-t-elle, le timbre éteint. Comment pourrais-je me restaurer alors que mon ami a failli perdre la vie sous les coups de votre bourreau ? ​Soren posa ses couverts, le bruit du métal l'agaçant soudainement. Il voulait lui répondre que c'était la loi, que Prétanie ne survivait que par la discipline. Mais il fut distrait par la vue d'une larme qui s'échappa de l’œil de sa reine. ​Une pointe de jalousie, féroce et irrationnelle, lui transperça les entrailles. Toutes ces larmes et cette attitude pour lui ? Pour ce petit comte qui n'avait rien d'autre à offrir que des promesses d'évasion enfantines ? Soren avait pris son royaume, son père, son avenir, et pourtant, c'était pour le souvenir de la peau déchirée de ce traitre qu'elle se mettait dans cet état. ​Il se leva et contourna la table, poussé par un besoin de dominer cette émotion qu'il ne comprenait pas. En s'approchant d'elle, elle se leva à son tour. — Vous êtes vraiment inconsciente, madame. Je vous fais venir pour vous donner la possibilité d’aider votre frère et voilà que vous me parlez de ce félon ? ​— Mille excuses, majesté, ironisa-t-elle avec la résignation et désespoir, j’ai oublié de laisser ma conscience et mon cœur dans mes appartements. ​Soren s'arrêta à un cheveu d'elle. Il aurait pu la punir pour son insolence, mais il resta figé. De si près, il voyait mieux la pâleur de son visage, et la pulsation rapide de la veine qui parcourait son cou. Quel genre de femme es-tu Izia ? se demanda-t-il intérieurement. Sûrement pas l’une de ces poupées de cour bien superficielles qu'il avait connues. Cette sensibilité exacerbée l'exaspérait autant qu'elle l'attirait ; elle était, en quelque sorte, le miroir de tout ce que lui s'interdisait de ressentir. ​— Vous êtes prête à sacrifier votre propre frère pour le souvenir d'un amant ? demanda-t-il, d’une voix que la jalousie rendait plus rauque. ​— Ce n'est pas mon amant… c'est mon ami, déclara-t-elle avec une force qu’elle dut puiser au plus profond d’elle-même. Un homme qui s’est toujours tenu à mes côtés sans rien attendre en retour, qui contrairement à vous, ne m’a jamais regardé comme une chose que l’on peut posséder. ​Le mot "posséder" résonna amèrement aux oreilles de Soren. C'était exactement ce qu'il faisait. Il la possédait comme un territoire conquis. Mais en voyant ses épaules s'affaisser douloureusement, il comprit. Il pouvait contraindre son corps mille fois, sans jamais obtenir une once de loyauté de sa part. Contrairement à ce qu’il avait pensé en arrivant à Guive, cette fille avait tout d’une vraie reine. ​— Retournez dans vos appartements, ordonna-t-il de peur de céder plus que ce qu’il pouvait se permettre. Puisque vous ne supportez pas ma présence, je vous l'épargnerai pour ce soir. — Et pour mon frère ? — C’est maintenant que vous vous en souciez, madame ? — Je vous en prie, il s’agit d’un enfant. Le garder enfermé dans une geôle sombre et humide par ce froid glacial, équivaut jouer avec sa vie. — Priez pour qu’il ne lui arrive rien, et ressaisissez-vous si vous voulez abréger son calvaire. Alors qu’il tourna les talons et qu’il se dirigea vers la porte pour quitter le salon le premier, des bruissements de tissu qui tombe au sol, l’arrêtèrent. — Je suis toute disposée à vous donner satisfaction, ce soir, fit-elle sans la moindre vie dans la voix tandis que sa robe s’amoncelait à ses pieds. Soren resta subjugué par la beauté de ce corps voluptueux et cette peau à l’aspect de soie. Il ne savait comment réagir à cette offre qu’il savait faite par dépit. Il avait exigé qu’elle soit sienne mais… il était loin de s’imaginer que les choses iraient ainsi. Car s’il était un homme dénué de compassion, il ne pouvait prendre une femme de cette manière. Sans qu’il ne l’ait séduite et qu’elle se soit totalement abandonnée à lui… — Rhabillez-vous et retournez dans vos appartements, dit-il en détournant le regard. Un rire amer et désabusé s’échappa de la gorge de la jeune reine. — Je suis désolée, sire. Je me doute que vous avez été habitué aux plus belles femmes, mais c’est tout ce que j’ai à proposer, dit-elle avec humilité non feinte. Et comme vous l’avez dit vous-même, si vous voulez un héritier, vous devrez souffrir une certaine proximité avec moi. Même si je suis ennuyeuse et pas à votre goût… Ayant du mal en croire ses oreilles, Soren secoua la tête avant d’aller lui faire face. — La fatigue vous fait dérayer, madame, siffla-t-il en ramassant son vêtement et en l’enveloppant comme il put avec. Bon sang… Au contact de sa peau et en sentant son souffle arriver jusqu’à lui, il se figea. Puis dans un geste dicté par l’inquiétude, il posa sa main sur son front. — Vous êtes brulante ! Pourquoi n’avoir rien dit ? Sans attendre de réponse de sa part, il passa ses bras derrière son dos et sous ses jambes puis il la souleva du sol.
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