Le prix de la paix

1460 Palabras
Chapitre 11 : Le prix de la paix ​Izia traversa les couloirs de son palais d’un pas si rapide qu’elle leva une brise sur son passage. La sensation du b****r de Soren brûlait encore ses lèvres et la chaleur que leur proximité avait éveillé en elle, la dévorait toujours en dépit de l’affront qu'elle avait essuyé. Elle qui avait toujours été aimée et respectée, se retrouvait insultée et moquée par ce rustre. Il était évident qu’il en avait après elle et qu’il prenait un malin plaisir à la malmener. Mais était-il nécessaire qu’il aille aussi loin dans son humiliation ?! « Vous n’êtes pas le genre de maîtresses indiquées pour me distraire. » ​Chaque mot avait été un coup de poignard dans sa dignité de souveraine et de femme. Elle n’avait jamais cherché à plaire à cet homme, ni à aucun autre d’ailleurs, pourtant, être rejetée comme une poupée de chiffon ennuyeuse après avoir été forcée à la soumission, la plongeait dans une rage sourde. — ​Majesté ! attendez ! lança une voix étouffée derrière elle. ​Elle s’arrêta net devant les portes de ses appartements. C’était le comte Emar. Il s’était glissé hors des ombres d’une alcôve, le visage marqué par l’épuisement et l’inquiétude. Il ne s’était donc pas enfui comme elle l’avait espéré. — ​Emar ? Que fais-vous ici à cette heure ? Si les gardes de Daskar vous trouvent, ils vous jetteront au cachot ou pire… — J’ai vu le prêtre, Izia. J’ai vu les témoins sortir du fort pour vous rejoindre, murmura-t-il en ignorant le danger qui planait au-dessus de sa tête. Est-ce vrai ? Tu as… tu as épousé ce barbare ? la tutoya-t-il comme il le faisait quand ils étaient enfants. ​La jeune reine ferma les yeux un instant, sentant les larmes menacer de l’envahir. Elle redressa les épaules, reprenant ce masque de circonstance qu’elle avait appris à porter depuis la mort de son père. — C’était le seul moyen de protéger notre peuple et Garance. Le roi Daskar voulait envahir la ville et exécuter mon frère pour assurer sa future lignée. Mon mariage est le prix de la paix, Emar. ​Le jeune comte frappa le mur de pierre de son poing. — C’est une infamie ! s’écria-t-il sans retenue aucune. Ton père doit se retourner dans sa tombe. Nous aurions dû nous battre, Izia. La garnison de l’est n’est pas loin, nous aurions pu… — Nous aurions pu quoi ? l’interrompit-elle d’une voix brisée, mais ferme. Voir la ville brûler ? Voir les enfants de Roan massacrés sous nos yeux ? Soren Daskar n’est pas un homme qu’on affronte avec de l’espoir et des épées émoussées. C’est un conquérant. Et maintenant… il est mon époux, qu’on le veuille ou non. ​Emar la dévisagea, une lueur de ressentiment et de tristesse dans les yeux. Amis depuis l’enfance, ils avaient été inséparables, et en grandissant, la princesse qu’elle était, s’était demandé s’il ne ressentait pas plus que de la tendresse pour elle. Et ce soir, elle en eut le cœur net. À la manière qu’il avait de la regarder, elle sentit sa douleur. Si à une époque elle aurait trouvé cela touchant, cet amour était désormais une faiblesse qu’elle ne pouvait pas se permettre d’encourager, ni de nourrir. — Il t’a touchée ? demanda-t-il, la voix étranglée par la colère et une forme de jalousie. ​Elle repensa au b****r, à la poigne d’acier sur sa taille, à l’odeur de bruyère. Et elle pensa surtout à la façon dont son propre corps avait trahi sa volonté. — Cela ne vous regarde en rien, comte. Allez-vous-en. C’est un ordre de votre reine. Si vous voulez vraiment servir Roan, restez en vie et assurez-vous que nos villages les plus reculés ne manquent de rien... — Izia, je ne peux te laisser derrière moi. J’ai promis à ton père que je veillerais sur toi en son absence. — Emar ! Oseriez-vous désobéir à mon ordre ? puis fatiguée de la distance qu’elle feignait entre eux. Que cherches-tu à la fin ?! Que l’on te trouve ici et que l’on te pende haut et court ? C’est ce que tu veux ? — Si c’est pour Garance que tu t’inquiètes, alors soit, j’irai de ce pas le libérer, après quoi, je passerai à tes appartements afin de t’emmener au loin. Je ne peux accepter que ce barbare pose ses mains, ne serait-ce, que sur un de tes cheveux… — Je serais bien curieux de voir comment vous comptez vous y prendre, les interrompit Stefen qui sortit à son tour de l’ombre, une épée à la main. Saisissez-vous de cet homme, ordonna-t-il aux soldats qui avaient suivi son ami avec la discrétion de l’ombre. — Attendez ! intervint la jeune reine qui comprenait que son ami avait été filé dès le départ, et que l’on attendait seulement de voir ce qu’elle lui répondrait, une fois qu’il l’aurait approchée. — ​Stefen fit un signe de tête impérieux, et deux soldats s'avancèrent pour saisir les bras du comte. Ce dernier tenta de se débattre, mais la poigne des guerriers de Prétanie, forgée par des années de conquêtes brutales, était implacable. — Général, je vous en conjure, ne commettez pas l'irréparable, reprit Izia, la voix trahie par un léger tremblement qu'elle s'efforçait de contenir. Cet homme est un ami d'enfance. Il est égaré par le chagrin et la perte de son souverain. Ses paroles ne sont que le fruit d'une douleur passagère, pas d'une réelle menace. Stefen rangea lentement son épée, mais son regard restait aussi froid que le givre du nord. — Majesté, cet homme vient de proférer des menaces d'évasion et d'e********t à l'encontre de la reine consort. En Prétanie, on appelle cela de la haute trahison. Et vous savez quel est le prix à payer pour ce crime ? — ​Ce n'est pas de la trahison ! rugit Emar, le visage empourpré par la colère et l'humiliation. C'est de la loyauté ! Je sers la couronne de Roan, pas un barbare qui s'assoit sur un trône volé ! — Tais-toi, Emar, par pitié... murmura la jeune femme qui sentait le piège se refermer sur son ami. Elle se tourna vers le général, ses mains jointes devant sa poitrine, dans un geste de supplique qui lui coûtât énormément. — Général, je sais que je n’ai pas de pouvoir dans ce palais, et que je ne peux, par conséquent, rien exiger, seulement… j’en appelle à votre clémence. Épargnez-le pour cette fois… Le général observa la reine de longues secondes qui parurent une éternité à Izia. — Très bien, je ne ferai pas couler le sang ce soir, accéda l’homme avec une certaine mesure. Nous l'emmènerons au cachot en attendant que le roi décide de son sort au lever du jour. Mais sachez, Majesté, que la clémence a des limites. — ​Izia regarda, le cœur serré, les gardes entraînaient son seul allié, dans les ténèbres des couloirs. Emar ne criait plus, mais la jeune reine savait qu’il ne s’était pas résigné pour autant. Et elle craignait que son attitude n’aggrave son sort, quand il passerait devant Soren le lendemain... — Vous feriez mieux d’aller vous reposez, ma reine, l’enjoignit Stefen en reculant d’un pas et en la saluant d’un signe de tête. Demain, nous aurons tous une journée chargée… Restée seule devant ses appartements, Izia sentit ses jambes fléchir. Elle avait vraiment cru que la tête de son ami roulerait à ses pieds, et que jusqu’à la fin de ses jours, la folie serait sa seule compagne. D’un pas titubant, elle entra dans sa chambre et alla directement s'effondrer sur son lit. Le silence de la pièce lui parut soudain étouffant. Les murs, ornés des tapisseries aux armoiries de sa famille, semblaient la juger. Ses décisions, ce jour-là, avaient été poussées par la peur et sa volonté de préserver les siens. Elle n’avait rien d’une guerrière belliqueuse, et toute sa vie, elle avait tenté de résoudre ses conflits par la discussion. Malheureusement, elle aurait eu beau converser avec cet acariâtre qui lui servait désormais de mari, elle ne serait pas plus avancée. Bien au contraire… La haine qu'il éprouvait pour son père et elle, était trop grande, trop vive. Il était aveuglé par son envie de faire payer à son pays, les années où le sien fut inféodé. ​Elle se leva de sa couche et s'approcha de la grande porte fenêtre. Au loin par-delà les remparts, les feux du campement prétanien constellaient les plaines. Izia fut parcouru d’un frisson d’effroi. Si Soren n’avait pas proposé ce marché et qu’il avait décidé de marcher sur Guive, à l’heure qu’il était, toute la cité royale serait baignée dans le sang et les cendres. ​
Lectura gratis para nuevos usuarios
Escanee para descargar la aplicación
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Autor
  • chap_listÍndice
  • likeAÑADIR