L’année 1942 s’était achevée dans le froid. Après le jour de l’An, il avait neigé. Un bref redoux avait suivi, mais, dès la première semaine de février, le gel avait étreint dans ses serres glacées le nord du Dauphiné qui ne se trouvait plus en zone libre depuis quelques mois, et une température polaire régnait dans les appartements mal chauffés. Aussi, Camille Chastain s’éveilla transie, en dépit du gros édredon de plumes qui recouvrait son lit. Un de ses affreux cauchemars l’avait encore hantée. La jeune femme passa une main tremblante sur son front et elle s’assit, s’adossant aux oreillers. Il faisait sombre, encore, et elle distinguait à peine les contours de la chambre, la forme de l’armoire et de la commode. Elle se leva, enfila vite ses bas et des chaussettes pardessus, glissa les

