Chapitre 4 : Le Jeu des Apparences

907 Palabras
Lina Un mois. Un mois entier à vivre dans cet entre-deux étouffant, à naviguer dans les eaux troubles du mensonge et du désir. Un mois à observer Evan devenir à la fois mon bourreau et mon salut. Jade a insisté pour une sortie en ville. « Un vrai rendez-vous galant », a-t-elle dit avec ce sourire éclatant qui ne parvient plus à masquer une certaine nervosité. Nous voilà donc dans ce restaurant trop chic, où les couverts en argent brillent sous les lustres et où chaque murmure semble se perdre dans un silence feutré. Je les observe à la dérobée. Jade, rayonnante dans une robe rouge sang. Evan, impeccable dans son costume sombre. Ils forment un couple parfait, irréprochable. L’image même de la réussite sociale, de l’amour triomphant. Mais je vois les fissures. Je les sens. — Tu es bien silencieuse, ce soir, Lina. La voix d’Evan me tire de mes observations. Son regard m’enveloppe, lourd de sous-entendus. — Je vous observe. Vous faites un si beau couple. Le poison dans ma voix est à peine voilé. Jade me lance un regard en biais, un mélange d’agacement et de méfiance. — Evan, chéri, tu devrais goûter mon plat dit-elle en tendant sa fourchette vers lui. Il accepte la bouchée, mais ses yeux restent braqués sur moi. — Délicieux. Mais je parie que le choix de Lina est bien plus intéressant. — C’est juste du poulet. — Rien n’est « juste » quand il s’agit de toi. Le serveur arrive avec le vin, sauvant momentanément l’inconfort. Pendant qu’il verse le bordeaux foncé dans nos verres, le pied d’Evan effleure le mien sous la table. Un contact délibéré, insistant. Je ne bouge pas. Je n’ose pas. — Jade, ma chérie dit soudain Evan sans me quitter des yeux , tu as une tâche de vin sur ton corsage. Jade sursaute, portant immédiatement la main à sa poitrine. — Mon Dieu, où ça ? — À la salle de bain, vite. Un peu d’eau et de savon. Dès qu’elle disparaît, son sourire poli s’évapore. Il se penche en avant, son regard devenant intense, presque sauvage. — Tu me rends fou. Je ne pense qu’à toi. Je rêve de toi. — Arrête. — Pourquoi ? Tu n’aimes pas ça ? Sa voix se fait plus basse, plus intime. Tu n’aimes pas savoir que je suis obsédé par toi ? Que chaque nuit, je pense à ta peau, à ton souffle, à cette façon que tu as de me regarder comme si j’étais à la fois ton cauchemar et ton fantasme ? Mes doigts se resserrent sur mon verre. — C’est dangereux. — Tout ce qui en vaut la peine l’est. Il glisse sa main sous la table, et avant que je puisse réagir, ses doigts effleurent ma cheville. Le contact est électrique, interdit, terriblement intime. Je devrais le repousser, crier, faire quelque chose. Mais je reste paralysée, hypnotisée par l’intensité de son regard. — Tu trembles , murmure-t-il, ses doigts remontant lentement le long de ma cheville. — Je te déteste. — Menteuse. Tu détestes que tu aimes ça. Tout comme moi. Quand Jade revient, il a repris sa position, son expression neutre. Mais son pied reste contre le mien, un contact brûlant à travers le cuir de nos chaussures. Le reste du repas est un exercice de torture raffinée. Chaque regard, chaque mot, chaque geste est chargé de double sens. Evan maîtrise l’art de la manipulation avec une habileté diabolique. Il flatte Jade, la charme, tout en m’envoyant des messages codés qui me font frémir. — Tu devrais inviter Lina à venir avec nous plus souvent , dit-il soudain à Jade. Elle nous manque quand elle n’est pas là. Jade le regarde, surprise. — Vraiment ? — Absolument. Son sourire est charmant, mais ses yeux me transpercent. — Elle apporte une certaine... tension. C’est excitant. Je sens la colère monter en moi, mêlée à une excitation honteuse. Il joue avec nous. Avec elle. Avec moi. Et le pire, c’est que j’aime ça. En sortant du restaurant, Jade s’arrête pour parler à une connaissance. Evan profite de l’occasion pour se pencher vers mon oreille. — Demain après-midi. Ta sœur a son cours de yoga. Tu seras seule. Ce n’est pas une question. C’est une affirmation. Une prédiction. — Je ne serai pas là. — Si. Sa main effleure la mienne, un contact furtif mais brûlant. Parce que tu veux savoir jusqu’où cela peut aller. Tout comme moi. Quand Jade nous rejoint, elle prend le bras d’Evan avec une possessivité accrue. — De quoi parliez-vous ? — De la beauté des choses interdites répond Evan sans ciller. Et de leur pouvoir irrésistible. Dans la voiture qui nous ramène, je regarde la ville défiler derrière la vitre. Je sens le poids du regard d’Evan dans le rétroviseur. Je vois la main de Jade serrer la sienne, comme pour s’assurer qu’il est bien à elle. Mais je sais maintenant la vérité. Dans ce jeu dangereux que nous jouons, il n’y a pas de gagnants. Seulement des complices. Et demain, quand la maison sera vide et silencieuse, je sais que je serai là. J’attendrai. Parce qu’il a raison : je veux savoir jusqu’où cela peut aller. Je veux toucher le fond de cet abîme qui nous attire irrésistiblement l’un vers l’autre. La ligne entre la manipulation et l’attraction n’existe plus. Il n’y a que cette tension électrique qui grandit entre nous, prête à tout embraser.
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