Chapitre III-1

3063 Mots
III L’hôtesse d’accueil déverrouille à peine la porte qu’un homme pénètre dans la galerie : ici, un tel empressement est assez rare, les visiteurs viennent plutôt baguenauder à l’heure de midi, afin d’occuper leur pause-repas, ou en fin de journée, après le travail. À la façon dont celui-ci s’arrête devant chaque toile pour les regarder, Vanessa devine immédiatement qu’il ne s’agit pas d’un acheteur potentiel ni même d’un amateur d’art, ce quidam ne sait pas prendre le recul nécessaire pour englober l’œuvre dans son champ de vision. Son tour fini, l’homme s’approche de l’hôtesse, sortant une carte de sa poche. — Bonjour, Madame, capitaine Adrien Le Gac, de la PJ brestoise. L’air effrayé qu’affiche la jeune femme presse l’officier à la rassurer : — J’enquête sur le meurtre perpétré dans la nuit de mardi à mercredi, au viaduc de Lambézellec. Il paraît que monsieur Romain Jankowski, la victime, était invité ici même la semaine dernière, à l’occasion du vernissage de cette exposition. Étiez-vous présente ? L’étonnement succède à l’épouvante sur le visage de l’hôtesse. — Évidemment ! Ces soirs-là, il y a toujours beaucoup à faire, guider les journalistes qui se sont déplacés, indiquer les tarifs à ceux qui seraient intéressés par une œuvre et mille petites autres choses. Mais, pour ma part, je ne connais pas tout le monde... Le Gac sort une photo de Romain et la présente, la jeune femme acquiesce : — En effet, il était là, invité par D-Man. Alors que, la veille, Sarah avait prononcé « Démane », l’hôtesse l’a dit à l’américaine, « Di-Man, l’homme Di ». Le Gac est heureux de ne pas avoir eu à nommer l’artiste. Déjà, pendant qu’il examinait les toiles exposées, le capitaine a remarqué le regard goguenard que lui lançait la réceptionniste, une telle erreur de diction aurait été fatale au peu d’estime qu’elle lui portait. Vanessa poursuit : — Lorsqu’il est arrivé, beaucoup sont venus le saluer, poignée de main pour certains, bises pour d’autres... — La bise ? Haussement de paupières hautain, cet enquêteur est vraiment peu renseigné. — Vous êtes ici dans le milieu artistique ; la bise entre hommes n’a rien d’exceptionnel, aucune idée d’homosexualité là-dedans, il s’agit d’une pratique très courante... Elle s’est retenue de ne pas dire « hype » que ce rustre n’aurait probablement pas compris. — Avez-vous une liste des personnes conviées ? — Oh non ! D-Man s’est occupé lui-même d’envoyer les invitations : nous sommes une petite galerie, ces expositions sont une occasion pour les créateurs de se montrer, voire de vendre. Mais le voilà qui arrive, vous allez donc pouvoir demander directement à l’organisateur de la soirée... Le quadragénaire aux cheveux bruns et courts qui entre alors étonne Le Gac par la banalité de son look dépourvu d’excentricité. L’enquêteur présente sa carte. — Bonjour, Monsieur, capitaine Le Gac, de la Police Judiciaire brestoise. — Ah, Vanessa a dû omettre de vous révéler mon nom, je m’appelle David Hermet. Étant relativement proche de Romain, je m’attendais à vous voir. Que puis-je faire pour vous aider ? Aucune surprise sur le visage de l’homme qui a par avance répondu à la première question traditionnelle : connaissiez-vous la victime ? Le Gac poursuit : — Et depuis combien de temps le connaissiez-vous ? — De réputation, environ deux ans, sinon, il a été intégré à notre... groupe en septembre dernier. L’artiste a suspendu sa phrase une seconde avant d’utiliser le mot « groupe » — Groupe ? Pouvez-vous développer ce dont il s’agit ? Nous cherchons à découvrir la raison pour laquelle la victime s’est rendue au bourg de Lambézellec mardi soir... — Oui, j’ai vu que le crime avait eu lieu au pont d’la Brass. Je crois que Sarah habite par là... Excusez-moi, mais je ne connais pas son nom de famille ni son adresse précise, je sais juste qu’elle est de Lambé. Mais il s’agit d’une simple fan, elle ne fait pas vraiment partie du... groupe. Nouvelle hésitation : l’artiste s’est encore retenu d’utiliser un terme différent. Il continue : — Elle était d’ailleurs présente lors de mon vernissage, la semaine dernière, mais c’est Romain qui m’a demandé l’autorisation de l’inviter, ainsi que son autre amie : il ne voulait pas faire de jalouses... Il semble que l’homme connaissait les multiples s*x-friends de la victime, et n’en est pas particulièrement choqué. — Quand vous dites « de réputation », pouvez-vous préciser ? J’ai découvert dans son appartement qu’il peignait, tout comme vous. Il a représenté une immense fenêtre, intégrée dans l’ouverture d’un R majuscule, avec un WIN de travers, sur la barre... — Juste une petite correction sur les termes, l’ouverture du R se nomme contre-poinçon ou contre-forme, correspondant à l’endroit situé dans la panse de la lettre : ce sont les vocables de typographie, pour information, mais ils pourront éventuellement vous être utiles pour la rédaction de votre rapport, si cela est d’un intérêt quelconque à votre enquête... — Je le note, cela pourra en effet me servir, mieux vaut employer les mots convenables. — Il semble que, lors de vos rondes, vous ne leviez pas souvent le nez. Mais la voiture de patrouille n’est sans doute pas la place d’un officier de Police Judiciaire. Pouvez-vous repasser plus tard ? Vanessa m’a demandé de venir ce matin, car un client potentiel désirait m’entretenir d’un projet, je pense que cela durera une bonne heure. Ensuite, je vous montrerai quelques petites choses qui vous éclaireront sur certaines activités de Romain que vous paraissez ne pas avoir encore découvertes, mais cela m’étonnerait que ça soit d’une quelconque utilité dans la résolution de votre enquête... Ah ! Je suppose que le voilà... Rendez-vous est pris pour le début d’après-midi alors qu’un homme élégamment vêtu pénètre dans la galerie, saluant d’abord l’hôtesse d’une très martiale flexion du buste avant de serrer la main de l’artiste. * * * De retour au commissariat, Adrien convoque la petite équipe d’enquêteurs en salle de réunion, afin de faire le point sur l’avancée des recherches. Le lieutenant Jocelyn Kerandec commence : — Concernant les appels téléphoniques, rien d’intéressant. Nous avons établi la série des noms et adresses des correspondants au cours des deux derniers mois. Parmi ceux-ci, mis à part la demoiselle Sarah Bothorel que l’on a rencontrée hier, aucun n’habite le quartier de Lambézellec, et personne ne voit qui la victime visitait ce soir-là. La brigadière-chef Virginie Lastourien poursuit : — J’ai bien sûr tout d’abord joint le propriétaire de l’ultime numéro contacté téléphoniquement par Jankowski : il s’agit de Florian Lemarec qui a appelé son ami Romain aux alentours de 18 heures 30 pour lui proposer un ciné. Florian désirait voir le nouvel opus de Mad Max sorti mi-mai, avec le beau Tom Hardy qui reprend le rôle de Mel Gibson, et qu’il n’avait pas encore eu l’occasion de visionner. En fin d’après-midi, Jankowski était d’accord, mais il a rappelé Lemarec peu avant 20 heures, pour signaler qu’il annulait, sans préciser la raison. — Lui arrivait-il souvent de changer d’avis au dernier moment, de la sorte ? — D’après Lemarec, oui, il n’a pas été particulièrement étonné de cela. Même si Jankowski adorait ce genre de blockbuster, il était fréquent qu’il décommande un plan pour un autre plus intéressant, sans trop se soucier de ceux à qui il posait un lapin... « Romain, c’est Romain ! Il vient, il vient pas, on sait jamais ! Il te zappe sans se casser la tête et sans s’inquiéter que ça te fout dans la m***e, comme quand j’avais réservé la table au resto pour la teuf lorsque j’ai eu mon permis. » Voilà la réponse exacte faite par Florien Lemarec à cette question. J’ai préféré l’édulcorer pour le rapport... — Donc, il faut considérer que le plan à Lambézellec était bien plus intéressant que le nouvel opus de Mad Max... Parmi les numéros, avez-vous recensé toutes les femmes ? — Stabilotées en rose sur la liste, Capitaine : on trouve là ses deux principales, la brune Julie et la rousse Sarah. Sinon, pour les autres, ce sont des appels uniques, entrants ou sortants, nous n’avons pas tenté de joindre ces correspondantes, pas sûr que cela soit essentiel. — Pour l’instant, nous nous en dispenserons. Bon boulot, même si cela n’a malheureusement pas donné les résultats attendus. Pour ma part, je suis ce matin passé voir monsieur David Hermet, alias D-Man, artiste-peintre de son état, qui expose actuellement dans la galerie située rue Pasteur. Je vous conseille d’aller y faire un tour, cela vaut le coup, du moins pour une personne comme moi, inculte en peinture. L’homme connaissait Romain en tant que peintre et il a d’autres choses à m’indiquer à son sujet, sans toutefois être persuadé qu’il y ait un lien quelconque avec son meurtre. Bon, faisons un point sur les différentes interrogations en suspens pour cette affaire : en premier, que faisait Jankowski à Lambé ? Réponse immédiate de Jocelyn : — Ben ça, on le sait : b****r ! — Oui, en effet, je reformule la question, mais d’une façon plus correcte : avec qui Romain Jankowski avait-il un rendez-vous galant ce soir-là ? Ensuite, par quel moyen communiquait-il avec cette dame ? Virginie toussote. — Euh, excuse-moi, Adrien, mais qu’est-ce qui nous certifie qu’il s’agisse d’une femme ? Le Gac admet son erreur : — Effectivement. Donc, par quel moyen communiquait-il avec cette personne ? — f*******: ? Il est possible de tchater avec ces trucs. Dommage que Franck soit absent jusqu’à lundi, il nous aurait probablement trouvé des choses sur l’ordinateur... — Oui, à ce propos, nous avons là une nouvelle question : d’après notre expert informatique, le matériel de la victime a été protégé en utilisant des techniques évoluées, et pas uniquement le petit programme gratuit disponible en téléchargement et qui ne fait qu’un cryptage de bas niveau relativement simple à casser. Pour quelle raison prenait-il autant de précautions ? Jocelyn intervient : — Peut-être un rapport avec ses deux s*x-friends... Imagine qu’il fasse des photos coquines, il ne voulait pas que l’une voie celle de sa rivale... Moue dubitative du capitaine. — Étant donné son peu d’égards pour l’une ou l’autre, une telle prévenance m’étonnerait de sa part... — Oui, en disant cela, je me suis rendu compte que je pensais exactement le contraire... C’était juste pour sortir quelque chose ; des fois, une mauvaise idée en apporte une bonne. La tentative de brainstorming initiée par le lieutenant Kerandec ayant lamentablement échoué, Le Gac trouve un moyen de se débarrasser de ce point pour l’instant secondaire. — Quelqu’un se porte volontaire pour aller interroger les parents, savoir s’ils ont une réponse sur ce sujet ? La brigadière-chef lève la main ; sa douceur féminine obtiendra plus facilement des résultats que la rudesse de Jocelyn Kerandec. * * * Après le déjeuner, Adrien rejoint David Hermet devant la galerie où ses œuvres sont exposées. L’artiste s’enquiert de l’avancée de l’enquête. — Nous piétinons, incapables de découvrir la personne que Romain est allé visiter ce soir-là, au bourg de Lambé. Inutile de vous cacher que son rendez-vous était à but sexuel... — J’ai rapidement remarqué que ce jeune homme était du type métrosexuel, il apportait une grande attention à son apparence, aimait plaire, physiquement et par ses actes, et adorait avoir ses groupies autour de lui... Adrien repense à la réflexion de la brigadière-chef : — Groupies féminines, uniquement ? Surveillant le visage de David Hermet en posant cette question, il ne constate ni gêne ni dégoût. — À ma connaissance, oui. Maintenant, il y a des particularités que certains mâles préfèrent cacher, mais, dans le cas de Romain, cela m’étonnerait beaucoup. Venez, nous devons marcher un peu. Surpris, Le Gac désigne la galerie, où deux personnes divaguent de toile en toile. — Ah, je pensais que... — Non, je vais vous présenter un côté de Romain que vous ne semblez pas avoir encore croisé au cours de votre enquête. L’homme part en direction de l’église Saint-Louis sans donner plus de détails sur le but de leur périple. — Il m’était impossible de vous montrer cela plus tôt, mon rendez-vous avec ce client s’est prolongé, son offre était très intéressante... Tournant rue de Lyon pour prendre la direction de l’hôpital militaire, ils longent les Halles ; l’artiste-peintre profite de l’occasion pour indiquer la bijouterie qui se tient là. Sur son rideau de fer, baissé en ce début d’après-midi, ondoie une sirène dans les fonds marins. — Celui-là a eu une excellente idée : ainsi, il n’a pas à subir les tags à répétition que connaissent les autres devantures, même ici en plein centre-ville. En passant, comparez avec celle de son concurrent, juste un peu plus loin en remontant la rue de Lyon vers Siam. C’est souvent le cas aussi avec les portes des garages individuels : si vous traînez du côté de Saint-Martin, voyez ce qui a été fait rue Bugeaud, sous le portrait de Miossec... Avant, l’occupant des lieux perdait son énergie à décaper et recouvrir les déprédations, mais, depuis qu’il a fait réaliser ce trompe-l’œil dessus, sa porte reste nickel. Le Gac approuve, sans comprendre le but du commentaire. Simple discussion en attendant d’atteindre la destination de leur promenade digestive ? Ils continuent à descendre la rue de Lyon, s’éloignant peu à peu de l’activité ; la météo douce et clémente pousse les travailleurs à déambuler dans le quartier pendant leur pause de midi, à la recherche d’une sandwicherie ou de vitrines à regarder. Hermet reprend la conversation : — Faire des toiles n’est qu’un plus pour moi, je préfère m’exprimer en grand, en visible, c’est-à-dire à l’extérieur. Arrivés avant l’école maternelle, ils traversent et virent dans la rue Pierre Puget, longeant l’établissement scolaire jusqu’au milieu. David se tourne vers le côté opposé de la chaussée, levant le doigt pour indiquer à Adrien ce qu’il était venu lui montrer. Le Gac comprend enfin l’impression de déjà-vu ressentie devant la fresque découverte dans l’appartement de Romain Jankowski : sur le mur latéral de l’immeuble jaune situé à l’angle des voies, au niveau du quatrième étage, une représentation quasiment identique, un R majuscule immense dans lequel s’encastre une fenêtre. La seule différence est qu’ici, plusieurs fées ailées s’échappent de l’ouverture béante pour s’égailler sur la façade, détail n’apparaissant pas dans le salon de la victime. — Romain est donc un... David Hermet aide le capitaine à compléter : — Nous avons l’habitude de nous appeler des graffeurs, adeptes du graff. Comme vous le constatez peut-être, le terrain avait déjà été défriché, il y a quelques années, par DKP... — Les décapés ? La moue d’Adrien pousse l’artiste à préciser : — DKP est un crew, maintenant disparu des rues brestoises, il ne comportait que trois membres, dont deux ont dû déménager hors Bretagne pour raison professionnelle. Resté seul, le troisième a composé un autre crew... Visiblement, l’explication n’éclaire pas plus la lanterne du capitaine de police. — Mais, qu’est-ce qu’un crew ? Excusez-moi, mais j’ai du mal à vous suivre... — En effet... Je propose de vous détailler tout cela devant un café. Ce midi, mon client m’a gentiment offert le repas, mais, voyant l’heure avancer et ne voulant pas être en retard à notre rendez-vous, j’ai dû lui fausser compagnie, mon dessert à peine avalé. * * * Le Gac et D-Man trouvent une table libre au fond du Mundo Café, petit bar-restaurant caché derrière les halles Saint-Louis, ayant su préserver l’ambiance paisible des bistrots d’antan et proposant le midi un plat cuisiné maison fort apprécié de la clientèle. Après avoir passé les commandes, David commence son explication : — Je vous ai parlé des crews : ce sont des groupes de graffeurs, les personnes qui réalisent des graffs, à divers endroits. Pour ma part, j’ai créé “Air Iodé” il y a une quinzaine d’années, époque où il y avait encore de la place pour s’exprimer dans les friches du port de commerce. — Air Iodé ? — Cela s’écrit R-I-O-D, la signification est variable, celle que vous trouverez le plus souvent est « Rassemblement d’Individus Obsédés et Délirants ». C’est un principe courant pour les crews d’avoir un nom à sens multiples, qui dit tout et rien : au port de commerce de Brest, l’air iodé n’est pas la fragrance la plus flagrante, ce serait plutôt gazole, soja ou produits chimiques, l’idée est juste là. Tout à l’heure, je vous parlais des décapés : D-K-P, Disorganized Kings of Ponant, ou bien Destroyed, ou Deglingos. Bref, une b***e de zozos peu sérieux, juste à se faire plaisir en réalisant les graffs aux endroits les plus improbables... — Comment ont-ils pu faire pour aller peindre à cette hauteur, rue Puget ? Je suppose qu’ils ne disposent pas d’échafaudages... — À l’époque où les DKP ont exécuté le premier flop, maintenant effacé... un flop, c’est une signature généralement en deux couleurs, une intérieure, une extérieure, avec des lettres aux formes plutôt arrondies, ce que l’on appelle le bubble style, type “bulle de chewing-gum”. Donc, à cette époque, l’accès à l’immeuble était libre, sans digicode ni badge. Ils ont grimpé au dernier étage où une échelle permet d’atteindre la trappe qui mène sur le toit. Une fois là-haut, ils ont descendu le matériel sur le bâtiment contigu à l’aide de cordes et ont travaillé avec un escabeau qu’ils avaient emporté avec eux. Il ne fallait pas traîner parce que le proprio de la maison mitoyenne n’était pas du genre sympa, et ils savaient que celui-ci appellerait les flics dès qu’il les aurait entendus marcher au-dessus de sa tête, d’où l’avantage du flop qui se fait en quelques minutes. C’est ce qu’avaient fait les DKP à l’époque, en prenant tout de même soin de coiffer les deux branches supérieures du K de petites couronnes dorées. Un véritable exploit... Étant donné la façon dont il raconte le périple de ces artistes, Le Gac se demande si David Hermet n’en faisait pas partie : il a tout à l’heure indiqué que ce groupe, ou crew, était composé de trois membres, deux ayant quitté la Bretagne, le dernier resté ici ne serait-il pas D-Man ? — Et donc, ce graff a été rapidement effacé ? — Oui. Certains ont prétendu que cela a été fait sur ordre de l’ancien directeur de la maternelle, en face : selon lui, les enfants risquaient d’apercevoir la signature lorsque les parents les accompagnaient à l’école, et cela leur aurait mis tout un tas de mauvaises idées en tête, dessiner sur les murs, mal écrire, faire des fautes d’orthographe... Bref, ce flop n’a tenu que trois semaines. Ne restent que les photos de l’époque, format papier, c’était avant la généralisation des appareils numériques. — Et donc, pour en revenir à Romain ? — RWIN n’était pas seul : les fées qui s’échappent par la fenêtre sont de Green Bull, un autre membre du crew RIOD. Cela a été fait en août dernier : Romain désirait intégrer notre groupe et s’est approché de lui. — Green Bull ? Un rapport avec la boisson énergisante ? — Tout à fait, il en est un gros consommateur. Et, de plus, il a souvent tendance à utiliser principalement la couleur verte pour ses personnages et ses signatures... Remarquant tout cela, les autres membres du crew lui ont rapidement attribué ce blaze qu’il a conservé. — Le blaze, c’est donc son pseudonyme ? — Exactement, RWIN pour Romain, D-Man pour moi, Green Bull pour lui. — Pouvez-vous me dire comment le contacter ? Je désirerais... D-Man lève immédiatement la main pour stopper le capitaine. — Je m’attendais à cette demande, et je vais être obligé de refuser : ce graff date de près d’un an, juste avant l’entrée de RWIN dans notre crew, il serait étonnant qu’il ait un rapport quelconque avec le meurtre de Romain avant-hier... Si vous le souhaitez, je ferai part de votre requête à l’intéressé, mais je ne vous donnerai jamais ni son véritable nom, ni son numéro de téléphone, ni rien qui puisse vous permettre de l’identifier, et ceci sera valable aussi bien pour lui que pour les autres membres de RIOD... Certains d’entre nous se mettent parfois hors-la-loi pour effectuer leurs œuvres. Pendant vos études pour atteindre votre grade de capitaine, vous avez probablement consulté l’article 322-1 du Code pénal, le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3 750 € d’amende et d’une peine de Travail d’Intérêt Général lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger, et je vous passe les modifications apportées qui aggravent le châtiment en cas de travail en groupe ou avec le visage masqué. Mes camarades n’apprécieraient pas que je dévoile leur identité... Toutefois, vous paraissez être un enquêteur performant, vous ne devriez avoir aucune difficulté à obtenir ces renseignements après quelques recherches. Même si Le Gac accepte les arguments du graffeur, il tente tout de même un compromis : — Vous semblez tenir une place prépondérante dans le crew RIOD. Je vais donc vous demander une chose : faire passer l’information, comme quoi j’aurais aimé connaître la raison pour laquelle Romain s’est rendu au bourg de Lambézellec mardi soir. Nous savons bien sûr que c’était pour un tête-à-tête galant, mais avec qui ? Si qui que ce soit dans votre groupe en a la moindre idée, je suis preneur... Ceci nous aiderait beaucoup.
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