Chapitre 5

1483 Mots
Juliana repéra rapidement une table où un homme attendait, seul. Lorsqu'elles arrivèrent à sa hauteur, il se leva avec un sourire chaleureux. Grand, brun, le costume impeccable, il dégageait une certaine prestance. — Vous êtes enfin là, dit-il en ouvrant les bras. Juliana s'approcha de lui avec un sourire radieux et l'embrassa sur la joue. — Désolée du retard, Alicia s'est endormie en rentrant des cours. Alicia leva les yeux au ciel. Super, maintenant il va me voir comme une ado flemmarde. Charles reporta son attention sur elle avec un sourire bienveillant. — Ce n'est pas grave, je suis content que tu sois là, Alicia. — Merci, répondit-elle simplement en s'asseyant à la table. Juliana s'installa à côté de son fiancé et prit le menu avec enthousiasme. — Charles, où est ton fils ? demanda-t-elle après quelques minutes. Un léger malaise passa dans le regard de l'homme avant qu'il ne repose sa serviette sur ses genoux. — Il... n'a pas voulu venir. Alicia releva la tête. — Pourquoi ? Charles haussa les épaules, visiblement gêné. — Il a encore du mal à accepter la situation. Il préfère prendre ses distances pour l'instant. Alicia baissa les yeux vers son assiette, perplexe. Alicia savait que Charles avait un fils, mais elle ne l'avait jamais rencontré. Et honnêtement, elle s'en fichait. Ce dîner n'avait pour elle aucun intérêt, si ce n'est celui d'échapper à une soirée ennuyeuse passée seule dans sa chambre pendant que tout le lycée faisait la fête. Alors, elle était là, assise à cette table luxueusement dressée, devant une assiette à moitié entamée, tandis que sa mère et Charles échangeaient des regards amoureux et discutaient avec complicité. — Je suis ravie qu'on ait enfin pu organiser ce dîner, dit Juliana en souriant à son fiancé. — Moi aussi. J'aimerais vraiment que l'on devienne une famille unie, ajouta Charles d'un ton chaleureux. Alicia roula discrètement des yeux. Elle n'avait pas envie d'entendre ces discours. À ses yeux, il n'y avait pas de "famille unie". Juste une nouvelle vie qu'elle devait supporter. Soupirant, elle attrapa son téléphone et ouvrit Snapchat, espérant se distraire. Les stories défilaient sous ses yeux. De la musique, des rires, des vidéos de la soirée chez Cassidy. Elle aperçut Carson et Oliver en train de faire un beer-pong, Leah et Aubrey en train de danser dans leur soirée entre filles... Puis, une vidéo postée par Tristan attira son attention. Elle cliqua dessus. C'était filmé comme un vlog. Tristan passait d'un groupe à l'autre, commentant la soirée avec son ton habituel de mec sûr de lui. Mais la dernière séquence la fit se figer. Hadrian et Cassidy. Dans une chambre. En train de s'embrasser. Alicia sentit son estomac se nouer. La vidéo durait à peine quelques secondes, mais c'était suffisant. Hadrian tenait Cassidy par la taille, la serrant contre lui, tandis qu'elle passait ses mains dans ses cheveux. Un b****r langoureux, presque trop théâtral, comme si c'était une scène de film. Elle sentit une vague de frustration monter en elle. Elle n'avait pas de raison d'être énervée. Après tout, Hadrian et elle, ce n'était rien. Rien du tout. Alors pourquoi ça l'agaçait autant ? Dans un geste brusque, elle posa son téléphone sur la table, le bruit attirant immédiatement l'attention de Juliana et Charles. Sa mère fronça les sourcils. — Alicia, qu'est-ce qui te prend ? — Rien, répondit-elle d'un ton sec. — Ne fais pas cette tête toute la soirée, soupira Juliana. Tu pourrais au moins essayer d'être agréable. Alicia leva les yeux vers elle, exaspérée. — Désolée si je n'ai pas envie de faire semblant d'être ravie d'être ici. Un silence pesant s'installa. Charles, qui jusque-là s'était tenu en retrait, décida d'intervenir. — Alors, Alicia, comment se passe le lycée ? Tu es en quelle année déjà ? Elle croisa les bras et répondit d'une voix monotone : — En première. — Et tu as déjà réfléchi à ce que tu voudrais faire après le lycée ? Alicia haussa les épaules. — J'y pense, mais je n'ai pas encore décidé. — Tu as encore un peu de temps, la rassura Charles avec un sourire. L'important, c'est de trouver quelque chose qui te passionne. Alicia hocha vaguement la tête. Elle n'avait pas la tête à parler d'avenir. Pas ce soir. Pas maintenant. Son esprit était ailleurs. Bloqué sur une image qu'elle aurait préféré ne jamais voir. Alicia décrocha complètement du dîner. Elle jouait distraitement avec sa fourchette, coupant des morceaux dans son assiette sans vraiment les manger. Les voix de sa mère et de Charles résonnaient en arrière-plan, parlant mariage, famille, avenir... tout ce qu'elle n'avait pas envie d'entendre. Elle n'arrivait pas à se sortir cette f****e vidéo de la tête. Hadrian et Cassidy, collés l'un à l'autre, comme si le reste du monde n'existait pas. Elle serra la mâchoire. Pourquoi ça me touche autant ? — Alicia ? Elle releva la tête, sortant de ses pensées. Charles la fixait avec un sourire poli. — Hm ? — Je te demandais si tu aimerais visiter mon bureau un jour. Peut-être que ça t'intéresserait de voir comment ça fonctionne ? Alicia cligna des yeux. — Ah... euh, oui, pourquoi pas. Elle s'en fichait royalement. Mais c'était plus simple de répondre ça que d'expliquer qu'elle n'avait aucune envie de faire semblant. Juliana lui lança un regard appuyé, du genre fais un effort, avant de reprendre la conversation avec son fiancé. Alicia attrapa son téléphone et rouvrit Snapchat. La vidéo de Tristan avait disparu de sa story. Évidemment. Mais elle était gravée dans sa mémoire. Son cœur se serra malgré elle. Elle aurait aimé dire que ça ne lui faisait rien. Qu'elle s'en fichait complètement. Mais c'était faux. Lorsque le dîner fut terminé, Alicia posa sa serviette sur la table et se leva sans un mot. Elle voulait partir au plus vite. Charles lui adressa un sourire bienveillant. — J'ai été ravi de partager ce moment avec toi, Alicia. Elle hocha la tête par politesse. — Merci pour le dîner. Elle n'avait pas envie de mentir en prétendant avoir apprécié la soirée, alors elle se contenta de cette réponse neutre avant de se détourner pour quitter le restaurant. Juliana, elle, s'attarda. Alicia l'observa du coin de l'œil alors qu'elle s'approchait de Charles, posant une main affectueuse sur son bras. — Merci pour tout, murmura-t-elle avant de l'embrasser doucement. Alicia détourna les yeux, mal à l'aise face à cette scène qu'elle n'avait aucune envie de voir. Elle poussa la porte du restaurant et sentit l'air frais de la nuit caresser son visage. Une bouffée d'air bien plus agréable que l'atmosphère pesante du dîner. Juliana la rejoignit quelques secondes plus tard, toujours un sourire aux lèvres. — On y va, dit-elle en sortant les clés de sa voiture. Sans répondre, Alicia s'engouffra sur le siège passager et attacha sa ceinture. Elle fixa la route devant elle, espérant que le trajet se fasse en silence. Mais c'était sans compter sur sa mère. À peine Juliana eut démarré que son ton changea. — Non mais sérieusement, Alicia, qu'est-ce qui t'a pris ce soir ? Alicia ferma les yeux, anticipant déjà la dispute. — Quoi encore ? souffla Alicia en s'enfonçant dans son siège. Juliana accéléra légèrement, visiblement agacée. — Ne prends pas ce ton avec moi. Tu sais très bien de quoi je parle ! Ton attitude ce soir était inacceptable. Charles fait tout pour que ça se passe bien, et toi, tu es restée fermée, désagréable... C'était trop demander que tu fasses un effort ? Alicia serra la mâchoire, le regard fixé sur la route. — J'avais pas envie d'être là, répondit-elle froidement. — Ah, super ! lança Juliana en secouant la tête. Tu crois que moi, j'ai envie de tout gérer toute seule ? De me battre pour reconstruire quelque chose pendant que ma propre fille fait tout pour saboter la moindre avancée ? Alicia tourna brusquement la tête vers elle, le cœur battant plus vite sous la colère. — Reconstruire quoi, maman ?! cria-t-elle. T'as tout décidé toute seule ! Le déménagement, ton fiancé, ce mariage dont je me fiche complètement ! Moi, j'ai jamais eu mon mot à dire ! — Alicia... — Non ! explosa-t-elle. Je dois vivre avec un mec que je connais à peine et qui, en plus, refuse même de me voir ! Je dois supporter un lycée où tout le monde me regarde comme une étrangère ! Et maintenant, je dois aussi voir... Elle s'interrompit brusquement, sentant sa gorge se serrer. Juliana la fixa du coin de l'œil. — Voir quoi ? Alicia détourna la tête vers la fenêtre, le regard brouillé. — Rien, lâcha-t-elle dans un souffle. Rien du tout. Mais c'était un mensonge. Un énorme mensonge. Parce qu'Hadrian occupait toutes ses pensées. Parce que cette f****e vidéo tournait en boucle dans sa tête. Parce que, même si elle refusait de l'admettre, ça lui faisait mal. A suivre
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