Sur le chemin, l'ambiance était lourde. Leah fulminait, son regard noir fixé sur la route devant elle.
— Non mais quelle g***e, lâcha-t-elle finalement.
Alicia, silencieuse, se contenta de fixer le paysage qui défilait derrière la vitre.
Aubrey jeta un coup d'œil à Leah avant de soupirer.
— T'énerve pas pour elle, ça lui ferait trop plaisir.
Leah secoua la tête, les doigts crispés sur son téléphone.
— Non mais sérieusement, c'était quoi ça ? Elle voulait juste nous faire sentir comme de la m***e.
Alicia, qui fixait toujours la vitre, haussa légèrement les épaules.
— C'est Cassidy. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Dit Aubrey
Leah lâcha un rire sans joie.
— Je veux juste qu'elle arrête de se croire au sommet du monde. Exprime Leah
Aubrey accéléra légèrement alors qu'elles quittaient le centre-ville pour s'approcher du quartier résidentiel.
— Oublions-la. Ce soir, on fait notre propre soirée. Un bon film, des pizzas et on parle plus d'eux.
Leah haussa un sourcil.
— Même pas un petit commentaire sur Hadrian ?
Aubrey lui lança un regard d'avertissement.
— Leah...
Alicia, elle, resta silencieuse. Elle aurait aimé dire que ça ne l'affectait pas, que voir Hadrian entouré de ses amis, embrassant Cassidy comme si elle était la seule fille qui comptait, ne lui faisait rien. Mais c'était faux.
Arrivée devant chez elle, Alicia poussa un soupir et détacha sa ceinture. Elle se sentait lourde, vidée, comme si toute son énergie avait été aspirée depuis qu'elle avait vu Hadrian avec Cassidy.
— À demain, les filles, dit-elle en ouvrant la portière.
— Courage, souffla Aubrey en lui lançant un regard compatissant.
Leah, fidèle à elle-même, ajouta avec un sourire en coin :
— N'oublie pas si c'est un désastre, appelle-moi.
Alicia esquissa un sourire, mais son cœur n'y était pas. Elle referma la portière et se dirigea vers la maison.
Une fois à l'intérieur, elle retira ses chaussures et monta directement dans sa chambre. Elle n'avait pas faim, pas envie de parler à qui que ce soit. Ce b****r entre Hadrian et Cassidy tournait en boucle dans sa tête, comme une vidéo impossible à mettre sur pause. Plus elle y pensait, plus ça l'énervait.
« Pourquoi ça me touche autant ? »
Elle le savait, au fond. Depuis des années, elle avait ce crush secret pour Hadrian, un sentiment qu'elle n'avait jamais réussi à faire disparaître. Mais ce n'était plus un simple béguin d'adolescente. Ça devenait une obsession.
Et elle détestait ça.
Agacée contre elle-même, Alicia se laissa tomber sur son lit et tira la couverture sur elle. Elle voulait juste fermer les yeux et oublier cette journée pourrie.
•••
De l'autre côté de la ville, Hadrian Raiden Wellington, l'un de ces garçons que tout le monde connaissait. Pas seulement parce qu'il était populaire, mais parce qu'il dégageait quelque chose d'inaccessible, presque magnétique.
À 18 ans, il est en terminale à Harrington Ridge High, il était le genre de garçon dont on murmurait le nom dans les couloirs. Grand, athlétique, avec des épaules larges et une carrure de sportif, il avait été pendant longtemps le capitaine de l'équipe de football du lycée. Ses cheveux bruns, légèrement ondulés, retombaient parfois sur son front d'un air faussement négligé, et ses yeux bleu acier avaient ce pouvoir étrange d'attirer l'attention sans qu'il ait besoin de parler. Il avait cette démarche assurée, ce sourire en coin un peu arrogant qui le rendait à la fois séduisant et agaçant.
Toutes les filles bavaient sur lui. Celles qui ne l'avaient pas encore eu le voulaient, celles qui l'avaient eu regrettaient qu'il soit incapable de s'attacher. Mais Hadrian n'était pas du genre à se poser. Il avait bien une copine, Cassidy Ellis, la capitaine des cheerleaders, mais leur relation relevait plus du statut social que d'un véritable amour. Une sorte d'accord tacite : lui, le sportif populaire, elle, la reine du lycée. Pourtant, Hadrian n'avait jamais eu besoin de Cassidy pour exister. Il était déjà au sommet, avec ou sans elle.
Mais derrière cette façade de garçon intouchable, Hadrian traînait des blessures bien plus profondes. Depuis la mort de sa mère, il n'était plus le même. Il avait arrêté le football, malgré les supplications du coach et de ses coéquipiers. Il passait ses soirées à boire, à traîner avec Carson, Oliver et Tristan, à enchaîner les fêtes comme pour anesthésier quelque chose en lui. Son père, Charles Wellington, tentait de le ramener sur le droit chemin, mais Hadrian ne voulait rien entendre.
Alors, quand Charles lui avait demandé de venir à ce foutu dîner pour rencontrer sa nouvelle fiancée et sa fille, Hadrian avait explosé.
Le soir après être rentré des cours, Hadrian se dirige directement vers sa chambre pour se préparer pour la soirée de sa copine.
Il sortit de la douche en passant une serviette sur ses cheveux encore humides. Il jeta un coup d'œil à son reflet dans le miroir. Son visage était fatigué, ses traits tendus par une lassitude qu'il traînait depuis des mois. Il soupira et enfila un t-shirt noir et un jean délavé avant d'attraper son téléphone posé sur la table de nuit.
Un message de Cassidy:
"Dépêche-toi, beau gosse. La soirée commence à peine, mais t'as déjà des mecs qui me tournent autour. Fais-moi honneur. 😘"
Hadrian esquissa un sourire amusé. Cassidy aimait toujours lui rappeler qu'elle attirait l'attention, comme si ça pouvait le rendre jaloux. Mais ça ne fonctionnait pas. Il savait exactement ce qu'ils étaient l'un pour l'autre : un couple parfait en apparence, une relation légère, sans complications.
Il va dans le salon, attrapa ses clés et s'apprêtait à sortir quand une voix grave l'arrêta dans l'entrée.
— Hadrian.
Il se crispa légèrement avant de se retourner. Charles Wellington se tenait là, bras croisés, son regard sérieux posé sur lui. Hadrian soupira. Il savait où cette conversation allait mener.
— Tu vas quelque part ? demanda son père.
— Oui.
— À ce dîner, j'espère ?
Hadrian esquissa un sourire sarcastique.
— Non. À une fête.
Charles ferma brièvement les yeux, comme s'il s'attendait à cette réponse.
— Hadrian... Tu ne peux pas fuir éternellement.
— Je ne fuis pas, répliqua-t-il en haussant les épaules. Je choisis mes priorités. Et rencontrer ta nouvelle femme et sa fille n'en fait pas partie.
Un silence tendu s'installa. Charles passa une main sur son visage, visiblement frustré.
— Ce n'est pas une question de priorité, mais de respect. Ali va devenir ta demi-sœur. Tu pourrais au moins faire un effort.
Hadrian ricana.
— Ma demi-sœur ? C'est ça ton grand argument ? Il secoua la tête, incrédule. Depuis quand tu veux jouer les pères de famille modèle ?
Charles serra la mâchoire.
— Depuis que j'essaie de reconstruire quelque chose. Depuis que j'essaie d'aller de l'avant, contrairement à toi.
Les mots le frappèrent de plein fouet, mais Hadrian ne laissa rien paraître. Il se contenta d'un sourire froid.
— Aller de l'avant ? En remplaçant maman par une femme plus jeune ?
Il vit son père se raidir. Il avait touché un point sensible.
— Ce n'est pas ce que je fais, répondit Charles d'un ton calme, bien que son regard trahisse une pointe de colère.
— Bien sûr que si. Et maintenant, tu veux que je joue les grands frères parfaits pour "Ali" ? Il insista sur le surnom avec mépris. Désolé, mais très peu pour moi.
Charles soupira lourdement.
— Je ne te demande pas d'être parfait, Hadrian. Juste d'essayer.
— J'essaie déjà de ne pas exploser chaque jour en voyant ce que t'as fait de notre famille. C'est largement suffisant.
Et sur ces mots, il attrapa sa veste et ouvrit la porte.
— Si tu veux me remplacer, vas-y. Mais ne me demande pas de jouer un rôle dans ta petite vie parfaite.
Sans attendre de réponse, il claqua la porte derrière lui et rejoignit la voiture de Carson, qui l'attendait moteur allumé.
— T'en as mis du temps, mec, lança Tristan depuis le siège passager.
Hadrian ne répondit pas et s'installa à l'arrière.
— Direction la soirée ? demanda Oliver en démarrant.
— Ouais.
Il sortit son téléphone et rouvrit le message de Cassidy, s'accrochant à l'idée d'une soirée où il pourrait oublier, ne serait-ce que quelques heures, ce qui lui pesait sur la poitrine.
...
Lorsqu'Hadrian poussa la porte de la maison de Cassidy, une vague de musique assourdissante et d'éclats de voix l'assaillit immédiatement. L'endroit était déjà bondé, des groupes de lycéens dispersés entre le salon et la cuisine, des gobelets rouges à la main. L'odeur mêlée de bière et de parfum flottait dans l'air, typique des soirées chez Cassidy.
A suivre..