XIX À mon arrivée à Paris, on eût pu me comparer à un de ces impétueux soldats qui, partis gaiement pour la guerre pleins d’ardeur et d’espérance, en reviennent obscurs, mutilés, le front balafré et le cœur dégoûté des promesses de la gloire. J’étais si changé, que ma famille et mes amis laissèrent échapper un cri d’épouvante en me revoyant ; bien plus grande encore eût été la compassion, si l’on avait pénétré le ravage effrayant de la blessure de l’âme. À quoi allais-je me rattacher ? De quel sentiment pourrais-je vivre ? J’ai toujours peu tenu à la gloire, puisqu’elle ne peut nous donner l’amour. C’est une vérité devenue banale qu’elle nous suscite des envieux et des détracteurs, et détourne de nous les cœurs qu’elle devrait attirer. La puissance de l’esprit, par cela même qu’elle est i


