Pourquoi la mer est salée

892 Mots
Pourquoi la mer est saléeIl était une fois deux frères, l’un pauvre, l’autre riche. Le riche ne supportait pas son frère pauvre. Un jour, le pauvre vint à manquer de blé. Et pas un sou vaillant en poche pour en acheter ! Il se rendit donc chez son aîné pour lui demander de l’aide. Mais à peine le riche eut-il aperçu son frère, qu’il lui lança avec humeur un jambon moisi par la fenêtre en lui disant : – Va au diable ! Vends-lui ce jambon, tu en tireras peut-être quelque argent ! – Merci pour ton aide, répondit le pauvre. Il ramassa le jambon et, les larmes aux yeux, partit à la recherche de la fournaise infernale. En chemin, il croisa un petit vieux qui l’interrogea : – Qu’as-tu à pleurer ? Le pauvre lui conta son malheur : – Mon frère m’a envoyé au diable vendre ce jambon, mais j’ignore où se trouve l’enfer ! – Sèche tes larmes, le consola le vieux. Suis ce sentier, toujours tout droit, et tu arriveras en enfer. Surtout, n’oublie pas : n’accepte pas d’argent en échange de ton jambon, demande le moulin qui traîne dans un coin. Le pauvre remercia le petit vieux et se mit en route. Après avoir longtemps cheminé sur ce sentier qui semblait sans fin, il parvint enfin à l’entrée de l’enfer et frappa à la porte. Un garde à trois têtes en sortit et lui demanda : – Que veux-tu ? – J’ai un jambon à vendre. – Combien en demandes-tu ? demanda le diable, ravi. – Je ne veux pas d’argent. Je ne le cèderai qu’en échange du moulin qui traîne dans un coin. – Demande tout ce que tu veux, sauf ce moulin. L’homme remarqua que le diable se pourléchait les babines et ne pouvait détacher ses yeux du jambon. Il insista : – Donne-moi le moulin. Je n’accepterai pas d’autre payement ! Finalement, ils tombèrent d’accord. Le serviteur à trois têtes lui remit le moulin et se retira en enfer avec le jambon sous le bras, en refermant les lourdes portes derrière lui. Notre homme s’empara du moulin et prit ses jambes à son cou. Sur le chemin du retour, il vit à nouveau le vieux. – Alors, as-tu obtenu le moulin ? demanda le vieillard. – Pour l’obtenir, je l’ai obtenu. Mais que vais-je en faire maintenant ? Je n’ai même pas un grain de blé à moudre ! – C’est un moulin magique. Demande-lui ce que tu veux, il te le moudra aussitôt ! Puis, le petit vieux lui apprit comment arrêter le moulin en lui recommandant de ne le répéter à personne : – Prends une branche de sapin, pose le moulin dessus et prononce ces mots : « Arrête de moudre, petit moulin ! Repose-toi donc sur ce sapin ! » Dès lors, le frère pauvre vécut riche et heureux. Chaque jour, le moulin lui fournissait les mets et les boissons les plus savoureux. Il lui moulut des biens et de l’or en abondance, ce qui lui permit de faire construire un palais en or. Quand le frère riche l’apprit, il faillit en perdre la raison. Accourant aussitôt, il interrogea son frère : – D’où te vient toute cette richesse ? L’autre lui raconta que sa richesse provenait d’un petit moulin. Le riche se mit à le supplier de lui vendre le moulin. – Pourquoi pas, répondit le frère. J’ai maintenant de tout en abondance, je peux bien partager mes biens avec mon frère ! À ces mots, le riche saisit le moulin et s’enfuit chez lui. Le lendemain matin, le riche se prépara à aller aux champs avec ses journaliers. À sa femme qui voulait rester à la maison pour préparer de la bouillie, il ordonna : – Viens faucher avec nous. À l’heure du déjeuner, je rentrerai à la maison et le moulin nous préparera de la bouillie en un clin d’œil ! La femme les accompagna aux champs sans protester. L’heure du déjeuner s’approchant, le maître courut chez lui et demanda au moulin de faire de la bouillie. Le moulin moulut, moulut, remplissant tous les pots de la maison. Puis la bouillie déborda, envahissant toute la maison, sans que le moulin ne paraisse près de s’arrêter. Le maître cria, tempêta, finit par jeter le moulin dehors. Cela n’affecta en rien ce dernier, qui remplit en peu de temps la cour de bouillie. Finalement, ne sachant plus quoi faire, le riche le rapporta à son cadet : – Fais-en ce que tu veux ! En entendant le récit de son aîné, le frère rit de bon cœur, chuchota les mots magiques et en un clin d’œil l’ordre revint. Un jour, des marins vinrent à passer près de la côte et remarquèrent un toit en or qui brillait au soleil. Ils débarquèrent et découvrirent le palais en or de notre héros. Ils demandèrent : – À qui appartient ce palais ? D’où vient-il ? – Ce palais est à moi, répondit le pauvre, et il est sorti de ce moulin ! Admiratifs, les marins examinèrent le moulin de près et supplièrent le propriétaire de le leur vendre. Devant son refus, ils décidèrent de le voler. Le lendemain matin, le maître de maison chercha en vain son moulin, pendant que les marins étaient déjà en mer. Les marins se rassemblèrent sur le pont du bateau et discutèrent de ce dont ils avaient besoin. L’un d’eux lança : – Il faut moudre du sel, nous n’en avons pas. – D’accord, commençons par du sel. À peine donnèrent-ils l’ordre au moulin que celui-ci cracha une colonne de sel. Lorsqu’il eut moulu assez de sel pour remplir une assiette, les marins voulurent l’arrêter, mais comment donc ! Le moulin continua sa tâche de plus belle. Les marins essayèrent de le bloquer avec leurs mains, en vain. Bientôt, le bateau entier fut recouvert de sel et coula, avec les marins et le moulin à son bord. Au fond de l’eau, le moulin continua de moudre du sel, encore et encore, jusqu’à nos jours. C’est pourquoi l’eau de mer est salée. Hommes
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