06. La redoutable métisse

1377 Mots
Yves atteignait le bâtiment où se trouvaient les chambres des garçons, toujours aidé par Corinne. Il n'avait rien de vraiment grave mais la jeune fille voulait malgré tout le tenir. Vu ce qui s'était passé quelques heures plus tôt, il était assez mal à l'aise à ses cotés. Quand ils arrivèrent au rez-de-chaussée, le jeune homme se délivra tout doucement de son emprise. - Nous sommes arrivés, merci ; dit-il. - Mais, je doute que tu puisses continuer tout seul jusqu'à ta chambre ! s'exclama Corinne en ne voulant pas le lâcher. - Ça va j'te dis ! répéta-t-il tout en reculant, afin d'éviter qu'elle puisse se rapprocher encore une fois de lui. - Qu'est-ce qu'il y a, tu as peur de moi ? insinua-t-elle en souriant. - Pas du tout ! - On dirait ; tu sembles craindre d'être près de moi parce que je te plais. Yves fut obligé de rester où il se trouvait : il heurta un mur. S'il avait eu le même teint que celle qui lui parlait, il aurait eu la figure toute rouge à cet instant-là. « Arrête de résister Yves, ajouta-t-elle, juste cette fois ! » Yves était un bon garçon et les bons garçons ne prennaient pas ces choses-là à la légère ; cependant, ça se voyait qu'elle ne le laissait pas indifférent. Corinne s'avançait de plus en plus vers celui qu'elle venait de secourir, et qui était très nerveux. Bientôt, ils furent si proches l'un de l'autre que le seul espace qui les séparait se situait entre leur visage. La jeune métisse, sans attendre, le força à retenir le peu de souffle qu'il lui restait en lui donnant un b****r plus passionné que celui des vestiaires. Cette fois, Yves ne sut s'éloigner d'elle. Il perdit le contrôle ; du moins, il l'avait perdu jusqu'à ce qu'elle s'était mise à tirer sur sa ceinture en s'accroupissant vers ce niveau. Il reprit vite ses esprits et la releva. - Quoi ? fit-elle en le regardant dans les yeux. Ce n'est pas bien grave comparé à ce que je t'ai proposé dans les vestiaires ! - Il y a des gens qui passent par ici ! protesta-t-il, gêné. - Et alors ! - Je... Je ne peux pas... Et je ne veux pas ! Il la repoussa, puis l'abandonna dans ce couloir où il n'y avait personne d'autre. - Qu'est-ce qui te prend ? cria-t-elle. Tu es beaucoup trop coincé ! Les autres mecs ne réagiraient pas comme ça ! - Peut-être bien que je ne suis pas comme les autres mecs, moi ! répondit-il en montant les escaliers. Quand il fut à quelques pas de la porte de sa chambre, Yves eut la surprise d'apercevoir le deuxième des trois garçons qui l'avait ridiculisé lors de son bizutage en train de la refermer derrière lui. Il se retourna et quand leurs regards se croisèrent, celui-ci fit un petit sourire, qui indiquait un certain malaise. Ceci frappa le jeune observateur, mais ce n'était pas ce qui le préoccupait le plus : il repensait encore et encore aux deux baisers que Corinne lui avait donnés rien qu'au cours des récentes vingt-quatre heures. Elle revenait dans son esprit dès que ses yeux se refermaient lorsqu'il les clignait : son visage, ses cheveux, son physique lorsqu'elle avait presque retiré sa blouse, et même ses lèvres, presqu'encore présentes sur les siennes. Corinne avait eu ce qu'elle voulait : elle l'obsédait plus qu'au départ, quand il n'avait jamais eu de contact quelconque avec elle. « Ah Célia, pensait-il, si seulement c'était toi au lieu d'elle ! » Yves ne savait que faire. Il voulait tant aimer Célia, qui était drôlement adorable, mais voilà ; c'était Corinne qui lui faisait perdre la tête. En ouvrant la porte de sa chambre, il ne trouva heureusement aucun désordre de plus sur son lit ; cependant, ce qui faillit lui provoquer un début de crise cardiaque, ce fut de voir son colocataire en train de refaire le sien. Ce dernier lui lança un de ses regards qui voulait dire « Occupe-toi de tes affaires au lieu de me fixer comme ça ! ». Yves, une fois son taux d'étonnement revenu au plus bas, alla de son coté en souriant discrètement. Yves regarda sur son téléphone : huit heures. Après avoir constaté que Nathy n'était pas dans la chambre, il avait entrepris de se lever quand on frappa à la porte. Il s'y dirigea pour l'ouvrir et découvrit Corinne, un drôle d'air perceptible jusqu'au fond de ses yeux. - Qu'est-ce que tu viens faire ici, et si tôt en plus ? lui demanda-t-il, à la fois surpris et légèrement exaspéré. - Je suis venue pour te dire quelque chose Yves, dit-elle avec gravité. Je suis désolée de t'avoir embêté. Je me suis rendue compte que c'était idiot de ma part de vouloir insister au près de quelqu'un qui n'en a rien à fiche de moi. Alors j'ai décidé, à partir d'aujourd'hui, de rester le plus loin possible de toi, comme tu sembles le vouloir. Au revoir Yves ! Il fut abasourdi. Jamais il n'aurait imaginé qu'elle prendrait une telle initiative. Elle se retournait afin de s'en aller mais Yves l'attrapa par la main. Il réalisait à ce moment précis qu'il n'avait pas envie de perdre la chance de l'avoir dans sa vie. Sans prendre le temps d'y réfléchir à deux fois, il la tira près de lui et l'embrassa. Corinne ne s'y attendait pas. Yves l'avait embrassé. Il l'avait fait comme si c'était la seule et unique fois qu'il l'aurait fait. Bientôt, il fut devant elle, la guida à l'intérieur de la pièce et, toujours en l'embrassant, l'allongea sur le premier lit qu'il aperçut. « C'est le tien ça ? » lui posa-t-elle, très agréablement étonnée par cette fougue qu'elle n'avait pas augurée. Troublé, il se rendit alors compte que c'était le lit de Nathy. « On s'en fiche de toute façon ! » déclara-t-il subitement, comme pour se venger du désordre de son camarade de chambre sur le sien. Relevé, Yves retira ce t-shirt manche courte qu'il portait avec ce jogging gris bien trop classe pour servir de pyjama. « Dites-moi que je rêve ! » s'exclama Corinne quand elle aperçut son torse bien sculpté, sans doute par le backet. Il sourit, s'agenouilla sur ces draps tout en se rapprochant d'elle, tel un lion près à sauter sur l'unes de ses prises favorites... Malheureusement il avait ouvert les yeux : il s'agissait d'un rêve. C'était une déception de l'apprendre. Tout ça n'était que pure fiction. C'était un rêve. Un rêve qui intensifiait davantage sa passion déjà bien élevée pour Corinne. Yves poussa un soupir, posant amèrement une main sur ce t-shirt noir qu'il avait encore sur lui et qui le lui confirmait, avant de se retourner du coté de Nathy, par mesure de prudence ; comme dans son rêve, il n'était pas là. Il se remit donc à fantasmer. « Si seulement ce à quoi je pense n'était pas un péché mon dieu ! », se disait-il en souriant. Il arrêta pourtant ces délires quand le souvenir de Célia lui revint à l'esprit, le faisant culpabiliser d'avoir une autre en tête. « On ne sort pas ensemble après tout ! » se justifia-t-il avant de se lever et de récupérer sa serviette de bain. Yves sortait de l'église, vu que c'était dimanche, habillé d'une chemise jaune à longue manche, couvert par un gilet gris, et d'un pantalon noir. S'il avait l'air d'un saint, ses pensées par contre contrastaient avec son allure. Corinne, Corinne, et encore Corinne ! C'est tout ce qu'il avait en tête. Le chemin qui menait vers le campus n'étant pas bien long, il arriva à l'université et se mit à la chercher des yeux : elle n'était nulle part. Il aurait pu interroger des gens pour savoir s'ils l'avaient vue, mais il semblerait qu'il y avait encore une part de bon sens en lui. « Eh, bleu ! » fit une voix masculine quelques secondes après son arrivée. Yves se demandait si c'était lui qu'on appelait et c'était effectivement le cas : le deuxième des trois garçons de son bizutage le dévisageait avec, encore une fois, l'air de quelqu'un qui était prêt à lui causer des ennuis.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER