Yves se remémorait le jour de l'enterrement de Corinne. Il se trouvait à ce moment-là en compagnie de plusieurs étudiants au domicile de celle-ci, précisément sur la terrasse, après son inhumation. C'était si triste de percevoir autant de chagrins dans les yeux de sa famille et de tous ses proches. Le jeune homme n'arrivait toujours pas à croire que c'était fini. Corinne, l'ancienne passion de sa vie, n'était plus.
Lorsque Célia arriva, ses yeux croisèrent les siens et dès qu'elle le vit, elle orienta son regard ailleurs avant d'entrer à l'intérieur de la maison, avec son amie Solange, afin de présenter leurs condoléances à la famille de la défunte. Quelques instants plus tard, toutes les deux revinrent chercher un siège. Il n'y avait presque plus de place, mais Solange en trouva une. Seule Célia demeurait à la recherche d'une chaise de libre. Yves se leva et quand elle se tourna vers lui, il lui fit signe de venir s'asseoir à la sienne. Elle n'en avait pas vraiment envie, elle lui en voulait encore, mais elle préférait récupérer un endroit où Yves s'était assis plutôt que de rester debout au beau milieu de cette terrasse pleine. Elle alla s'y mettre, tout en gardant son visage vers une direction opposée à celle de celui qui lui cédait sa place.
- Célia, commençait-il une fois qu'elle fut installée, je...
- Pas maintenant Yves ! chuchota-t-elle pour l'empêcher de poursuivre.
Il ne parla plus. Il aurait tant aimé lui expliquer correctement les choses.
- C'était quand ? demanda finalement la jeune fille, à voix basse.
- Pardon ? voulut-il comprendre.
- C'était quand que ça s'est passé, entre elle et toi.
- Je... Je pense le jour de ma baguarre, avec le type de troisième année.
- Donc, le lendemain de notre premier rendez-vous ?
Ce n'était qu'à ce instant-là qu'il s'en rendit compte.
- Je n'arrive pas à le croire ! fit-elle, choquée. Est-ce que tu as ne serait-ce qu'un seul jour, disons même une seule seconde ressenti quelque chose pour moi ?
- Je te l'assure Célia, répondit-il, je t...
- Et pour elle ?
Un nouveau silence refit subitement place. Célia détourna ses yeux de lui.
- C'était la première fois pour moi, lui dit-il en essayant de réparer le coup, et je ne crois pas pouvoir te dire que j'étais amoureux d'elle. Elle me troublait, elle me faisait perdre la tête, mais ce n'est pas pareil avec toi Célia je t...
- Stop, je ne veux plus en entendre davantage ! l'interrompit-elle encore, tout en restant discrète. Je suis ridicule ; ce n'est pas comme si on sortait ensemble en fait !
- Mais c'est ce que je veux Célia : être avec toi et personne d'autre !
Ces mots semblèrent n'avoir aucun effet sur elle. « Je ne sais pas Yves, déclarait-elle après avoir réfléchi. Je crois que je n'arriverais pas à être avec quelqu'un d'aussi incertain que toi ; et aussi, as-tu songé un instant à ces sentiments à elle par rapport à... Ce moment que vous avez partagé ? » Yves ne s'était jamais posé la question. Qui était-il pour Corinne en réalité ? Et si elle avait menti en disant ne pas être amoureuse de lui ? Il n'y avait plus moyen de répondre à cette question. « Tu vois, terminait Célia, ce serait étrange comme situation pour moi. Et ça prouve encore qu'on n'est peut-être pas fait pour être ensemble toi et moi. » Aucun des deux n'ajouta quoi que ce fût après cela.
Son récapitulatif fini, Yves, vêtu d'un t-shirt blanc et d'un jean bleu foncé, continua de faire ses baguages. Il retournait enfin chez ses parents en ce début des vacances de Noël, après tout ce temps. Il en avait besoin vu que se finissait assez mal l'année pour lui avec la mort de Corinne et le fait que Célia ne veuille plus donner de nouvelles. Nathy pénétra dans la pièce, sans rien dire comme à chaque fois, et prit ses affaires, déjà bien préparés sur son lit. « Bonne vacances de Noël Nathy ! » le souhaita Yves. Nathy le fixa, surpris, puis regarda fièrement vers la porte. « Merci ! » répondit-il avant de l'ouvrir et de s'en aller. Yves sourit et retrouva son occupation. Mais il dût s'arrêter, quand il entendit frapper. Il alla, cependant, avec une certaine tranquillité voir qui c'était et inutile de préciser pourquoi il la perdit peu après l'avoir fait. « Je suis une idiote ! fit Célia, étant donné qu'il s'agissait de nulle autre qu'elle. Je ne suis vraiment qu'une idiote et, j'ai peur d'avoir pris la mauvaise décision mais... » Yves lui coupa la parole à l'aide d'un doux b****r sur les lèvres. Célia fut étonnée, mais le laissant l'entourer de ses bras. Elle se détendit.
- Je craignais que tu ne partes sans qu'on ne se voie et que tu finisses par m'oublier avec une autre quand tu serais chez toi, reprit-elle une fois l'étreinte mise en pause.
- Je ne pourrais pas t'oublier Célia, la contredit le jeune homme. Une fille comme toi, ça ne s'oublie pas.
- J'espère que tu es sincère Yves !
- Je le suis Célia, je le suis.
Elle l'embrassa à son tour avant de se coller contre sa poitrine.
- Est-ce que tu es obligé de partir aussi tôt ? enchérit-elle tristement.
- On se reverra à la rentrée dans deux semaines, et je serai tout à toi.
- Deux semaines c'est trop pour moi !
- Accompagne-moi jusqu'à l'arrêt de bus alors !
- J'aimerais qu'on n'y arrive jamais, parce qu'il faudra te laisser en prendre un sans moi.
- Ne t'inquiète pas Célia ; la rassura Yves. Deux semaines, ça passe vite !
Et il avait raison : bientôt janvier allait arriver, puis février, et s'achèverait ainsi sa dix-huitième année : avec elle dans sa vie désormais.
Fin