Nyx
Cela faisait trois mois que j'avais repris le lycée, quatre mois que j'étais enceinte et cinq mois que j'étais mariée. Ma vie avait la même routine tous les jours, me lever, m'apprêter, aller au lycée et éviter tout le monde, rentrer et avoir les enseignements de La Luna, faire mes devoirs et m'écrouler sur ceux-ci lorsque je n'en pouvais plus. Quelqu'un me changeait et me mettait au lit, et une personne rangeait mes affaires et les préparait pour le lendemain. Je ne savais vraiment pas qui faisait cela pour moi mais Zéphyr devait l'avoir demandé. Lorsque je me réveillais, je sentais la chaleur à côté de moi mais le grand lit était vide. J'évitais soigneusement mon mari et il faisait de même. Je n'allais pas aux visites de contrôle pour ma grossesse et ma doctoresse s'énervait sur moi à cause de cela. Je ne voulais pas être enceinte, je voulais encore moins être mariée et de plus avec quelqu'un qui m'évitait. Je ne comprenais toujours pas pourquoi il m'avait choisie, nous n'étions plus proche depuis ses seize ans et d'un coup il disait m'aimer. Tous les vendredis, j'allais chez ma thérapeute, je ne savais pas si cela m'aidait réellement ou non mais je pouvais sortir toutes mes frustrations avec elle. Mon père m'y amenait, attendait les deux heures puis me ramenait dans ma nouvelle maison où ma vie recommençait et la routine continuait. J'évitais mes amis comme la peste, j'ignorais Hermès et me tenais le plus éloignée possible de mon mari. C'était de sa faute si j'avais dû souffrir de ces épreuves, de ces stupides traditions. J'étais devenue comme un zombie ou un fantôme. Le weekend, j'allais au club de débat mais l'envie n'y était plus et la motivation encore moins. Le reste du temps, j'apprenais à devenir une Luna, je m'entrainais au combat et je faisais mes devoirs. L'entraînement me procurait encore un peu de satisfaction car je pouvais libérer ma rage et j'en avais à revendre. Mon père entraînait les loups le weekend, il me demandait de ne pas faire certains exercices à cause de mon état, mais je les faisais quand même. Je m'en fichais si je perdais le bébé, pour moi il était le fruit d'un viol malgré toutes les fois où Zéphyr avait dit m'aimer. Je lui avais demandé de l'espace pour moi et il m'en laissait, peut-être trop. Ce vendredi, je rentrais dans le bureau de ma thérapeute et je lui demandais de suite ce que je voulais.
Je voudrais tout oublier et revenir à mon ancienne vie. Elle me répondait toujours que cela était impossible alors je me mettais en colère, je criais, je cassais, je lançais tout ce qui me tombait sous la main et finalement je me calmais. Je rentrais toujours épuisée des séances comme si je venais de courir un marathon. Je me douchais et m'endormais de suite sans jamais prendre la peine de souper.
Mais aujourd'hui, lorsqu'elle me répondit que personne ne pouvait changer le passé, mon père entra dans son bureau et me regarda avec les yeux brillants de larmes.
- S'il te plait ma petite ombre, arrête de te faire du mal en te mettant dans des états impossibles. J'entends tous les vendredis tes colères, je vois tes larmes, ton visage rougi et tes yeux gonflés chaque semaine. Je n'en peux plus de te voir dans cet état.
Je fondais en larmes dans ses bras en hoquetant des choses incompréhensibles pour lui, mais cette femme incroyable avait tout compris depuis longtemps.
- Monsieur, elle ne comprend pas pourquoi il l'a choisie, ni pourquoi il dit l'aimer alors qu'ils ont été comme des étrangers ces six dernières années. Elle en veut au monde entier pour tout ce qu'elle a dû subir dernièrement et surtout, elle ne voulait pas être enceinte si jeune, elle avait des projets d'avenir très concrets et elle a toujours pensé que sa vie suivrait sa propre volonté, pas celle de notre Alpha.
- Oh, au nom de la déesse pardonne-moi Nyx. J'aurai dû l'en empêcher, si seulement j'avais su.
- Tu n'y es pour rien papa. Tu n'aurais rien pu faire, personne ne l'avait vu venir.
- Je comprends, et j'ai eu une altercation avec lui la semaine dernière, il m'a tout expliqué. Crois-moi, bientôt tu comprendras tout.
- Dis le moi s'il te plait.
- Désolé, j'ai promis d'attendre que tu le découvres par toi-même.
La colère arriva avec force et je me mis à crier et à frapper mon père, je voulais le blesser car ses paroles me blessaient. En réalité, c'était Zéphyr que je voulais à la place de mon père mais il était là et lui non. Mon père se laissa faire et ne broncha même pas.
La séance se passa ensuite comme d'habitude. Elle essayait toujours de me convaincre de laisser entrer mes amis dans ma vie à nouveau. Peut-être que cette fois ci j'allais essayer. Je voulais que tout cela change, j'étais fatiguée de mes nouvelles routines, et je me sentais incroyablement seule.
Sur le trajet du retour, j'observais mon père, il était couvert de griffures, d'ecchymoses et avait des traces de gifles. Je m'en voulais de lui avoir fait subir ma colère. Je le regardais, les yeux larmoyants.
- Ma petite furie, ce n'est rien, je vais bien, tu avais besoin de te défouler.
Je descendais de la voiture et vis Zéphyr en train d'attendre. Il m'examina de la tête aux pieds puis il regarda mon père. Il avait un visage légèrement surpris mais il n’était pas choqué. Mon père avait dû le prévenir. Il se dirigea vers moi et m'enlaça.
- J'irai avec toi vendredi prochain.
Il s'éloigna et me laissa plantée là au milieu de l'allée. Ça devenait trop pour moi. Je courrais derrière lui en criant son nom. Il s'arrêta au milieu du hall d'entrée et se retourna vers moi avec une expression neutre sur son visage. Je sentais la colère remonter en moi, elle allait être la pire de toutes, je le sentais.
Zéphyr
Nyx se dirigeait vers moi, ses yeux presque noirs de colère et son teint virait au cramoisi. Elle m'empoignait par le col de ma chemise et me soulevait contre le mur. Elle commença à hurler des choses incompréhensibles et inintelligibles, puis elle me reposait au sol et commença à me gifler et à frapper mon torse avec ses poings, elle attrapa la petite table où reposaient les clés et autres petites affaires et la lançait vers moi. Je l'esquivais, cela la fit devenir plus rouge, elle attrapa la chaise à côté et voulu me frapper avec lorsque son visage devint livide. Elle lâcha la chaise et se mis à hurler de douleur en tenant son abdomen. Merde, les bébés ! Je pensais tout de suite au pire. Je voulais aller la prendre dans mes bras mais elle m’éloignait d'elle en appelant son père. Je regardais ma femme souffrir et je voulais juste souffrir à sa place. Je vis son pantalon commencer à devenir rouge à son entrejambe. Son père l'avait prise dans ses bras et courait vers l'hôpital. J'appelais la doctoresse mentalement. Lorsque j'arrivais à l'hôpital, la doctoresse était furieuse mais j'en ignorais la raison. Elle me regarda.
- Alpha, votre femme n'est venue à aucun de ses rendez-vous, ceci aura peut-être pu être évité.
- Comment elle n'est pas venue ?
- Non, à aucun depuis le premier avec vous.
Elle était en train de poser une perfusion et je voyais Nyx allongée et blanche comme la mort sur le lit d'hôpital.
- Elle est la plus importante, sauvez-la en priorité.
Elle l'examina puis nous demanda ce qu'il s'était passé aujourd'hui. Son père raconta la crise de colère qu'elle avait eu plus tôt et puis je racontais la seconde. La doctoresse secoua la tête. Son père expliqua tout ce que la thérapeute lui avait dit.
- Elle a dû en demander trop à son corps. Les bébés vont bien.
- Merci.
- Vous devez la trainer à ses rendez-vous car elle n'y viendra pas d'elle-même. Veillez à ce qu'elle se repose suffisamment aussi, je peux voir qu'elle est très fatiguée.
Je repensais à tout. Tous les soirs, je la lavais, je la changeais et je la mettais au lit sans qu'elle ne se réveille. Je rangeais également ses affaires et préparais son sac pour le lycée. C'était la seule chose que je pouvais faire pour elle étant donné qu'elle m'avait demandé de lui laisser de l'espace. Cette situation était très difficile pour moi, tout ce dont j'avais envie était de la coller, de la couvrir de baisers et d'amour, d'être avec elle partout où elle allait. Je dormais avec elle, mais je veillais toujours à me lever avant elle et à partir de la chambre avant son réveil. Je posais de temps en temps la main sur son ventre et parlais aux jumelles. J'étais le seul à savoir qu'il y avait deux petites filles dans son ventre. Elle disait toujours qu'elle n'en avait rien à faire du bébé mais Hermès l'avait surprise un jour en train de parler à son ventre et aussi les jours suivants. Elle se préoccupait quand même un peu de la vie qui grandissait en elle. Je m'allongeais à côté d'elle dans le petit lit d'hôtel et lui répétais que je l'aimais et ce depuis très longtemps. Dans un mois, elle aurait dix-huit ans et elle comprendrait. La doctoresse arriva et me parla doucement pour ne pas la réveiller. Elle pourrait retourner chez nous une fois réveillée, mais les entraînements étaient finis pour elle et il fallait qu'elle subisse moins de stress. Je contactais ma mère pour qu'elle diminue les entraînements de la Luna.
Elle voulait également faire une échographie lorsqu'elle serait réveillée. Selon elle, Nyx avait besoin de rendre sa grossesse réelle pour qu'elle puisse prendre soin d'elle et des bébés. Il est vrai qu'elle ne semblait pas enceinte et qu'elle ne faisait pas vraiment attention. Son ventre avait toujours l'air aussi plat et elle était pourtant enceinte de quatre mois et de jumeaux. Quelques heures plus tard, elle se réveilla.
Nyx
Je me réveillais dans un lit d'hôpital. Mon ventre n'était plus douloureux. Je sentais une pression sur ma main gauche et je regardais de ce côté-là, Zéphyr était endormi en tenant ma main fermement. Pendant quelques secondes, je trouvais cela attachant qu'il soit resté près de moi, mais je me rappelais très vite qu'il avait passé nos premiers mois de mariage à m'éviter. Je savais que j'étais celle qui lui avait demandé de l'espace et je croyais que cela me ferait du bien, c'était en réalité tout le contraire. Les larmes commençaient à couler le long de mes joues et je me penchais pour caresser ses cheveux. Il releva la tête et me dévisagea pendant une minute avant d'approcher sa main de mon visage et d'essuyer les larmes.
- Tout va bien ? Pourquoi pleures-tu ?
- Tu m'as laissée seule. Non, je suis là, je ne t'ai pas quitté une seconde.
- Je veux dire avant, tu m'évitais...
- Non, je te laissais de l'espace comme tu me l'avais demandé.
- C'était trop difficile toute seule...
Les émotions tourbillonnaient en moi, je m'étais sentie abandonnée mais j'avais fait en sorte d'éloigner tout le monde de moi. J'avais passé ces derniers mois à fuir la réalité, je ne voulais absolument pas admettre que j'étais mariée, enceinte et j'étais encore moins prête à accepter tout ce qui s'était passé le premier mois de notre mariage. Un mois entier à être considéré comme une machine à faire des bébés, je n'étais là que pour la reproduction et donner un héritier à l'alpha de la meute. Je ne savais toujours pas les raisons de Zéphyr pour m'avoir choisie. Des fois, je pensais que c'est parce que j'étais forte et des fois, je croyais qu'il voulait juste me faire souffrir. Je rêvais souvent d'une femme qui me racontait une histoire qui ressemblait à la mienne ou à ce qu'aurait pu être ma vie. Mes larmes étaient devenues incontrôlables et je pleurais bruyamment en laissant échapper beaucoup de soupirs. Il m'enlaça et me serra très fort.
- Je vais mieux m'occuper de toi à partir de maintenant, je te le promets.
- Je me sens abandonnée, je sais que j'ai éloigné tout le monde de moi.
Je reniflais et m'essuyais avec la robe de l'hôpital.
- Zéphyr ....
Ma voix se brisa, je continuais de pleurer. - Je vais tout faire pour que ça aille mieux, je te le promets. - Ne m'abandonne plus jamais... - Jamais, je te le promets. Je réalisais qu'il était ma seule issue possible. Si je voulais m'enfuir, les gens de la meute me traqueraient pour notre enfant et ensuite, ils m’exécuteraient ou m'emprisonneraient. Si j'arrivais à leur échapper, je serais seule et je ne savais pas si j'étais capable d'endurer cela. En plus, je devrais simuler ma mort pour être sûre que personne ne me retrouve. Je dois terminer mon année d'école, c'est la dernière et après une année pour m'occuper du bébé, je rentrerai à l'université pour des études de droit. Je venais de le décider pleinement, je deviendrai avocate et je mettrai fin aux traditions barbares que je venais de subir ainsi qu'à celle du mariage à vingt-deux ans pour les mâles. Je regardais Zéphyr, il était très beau, il aurait pu avoir n'importe quelle fille. Je ne m'étais jamais considérée spécialement belle, j'étais normale pour moi.