Le taxi fonce dans la circulation du matin, klaxonnant tout ce qui bouge. Raven, Maëlia et Lune sont écrasées à l’arrière, coincées entre leurs sacs, des dossiers et la culpabilité de leur retard. Pourtant, Raven garde les bras croisés, la tête haute, comme si elles n’étaient pas en train de courir vers la plus grande chance (ou catastrophe) de leur vie.
— “On est mortes,” répète Lune pour la septième fois en une minute.
— “Arrête de dire ça,” grogne Raven. “On est peut-être mortes, mais on sera mortes belles.”
Maëlia ouvre la fenêtre en grand pour faire entrer un peu d’air, puis se retourne vers elles :
— “Ok. On arrive dans cinq minutes. On respire. On se calme. On sourit.”
Raven lève un sourcil.
— “Je souris pas. Ça donne l’impression que je suis aimable.”
— “Le but d’un entretien, Raven, c’est justement de paraître aimable !” répond Maëlia, exaspérée.
Raven hausse les épaules.
— “Ils mentiront sur le salaire, je mens sur mon attitude. Tout le monde gagne.”
Le taxi s’arrête enfin devant La vesser corp, un immeuble tellement grand qu’il donne presque le vertige. Une façade entièrement en verre, scintillant comme un diamant géant. Le genre de bâtiment qui crie : Tu n’es pas assez riche pour entrer ici.
Lune déglutit.
— “On est sûres qu’ils recrutent des gens comme nous… ?”
— “Chérie,” dit Maëlia en lui tapotant le bras, “ils recruteront ce qu’on leur dira de recruter.”
Raven sort du taxi en première, paye rapidement le chauffeur, puis se tourne vers la tour.
Elle la fixe.
Elle fronce les sourcils.
— “Pourquoi j’ai l’impression que ce bâtiment veut me juger ?”
Maëlia lève les yeux au ciel.
— “Parce que tu te sens coupable d’être un gobelin mal élevé 80 % du temps.”
— “J’accepte le compliment,” répond Raven.
Elles avancent vers l’entrée, où deux immenses portes automatiques s’ouvrent dans un souffle silencieux. Le hall, gigantesque, est encore plus impressionnant que l’extérieur : des lustres modernes, un sol en marbre noir, des ascenseurs en verre qui montent à une vitesse vertigineuse, et des employés tirés à quatre épingles.
Raven se penche vers ses amies :
— “Bon… On entre, on respire, et on essaie de pas avoir l’air de trois clowns perdues dans le 7ᵉ arrondissement.”
Les deux autres hochent la tête.
Jusqu’à ce que Maëlia murmure :
— “Raven… regarde le sol…”
Elle baisse les yeux.
Le café qu’elle a renversé ce matin… est sur sa robe.
Raven murmure un “putaaaaaaaaain…” presque religieux.
— “Telllllement professionnel,” commente Maëlia, sarcastique.
— “m***e, c’est visible ?” demande Raven en tirant sur le tissu.
— “Non, non, ça va…” répond Lune.
Puis après une seconde :
— “Enfin… si tu ne bouges pas. Ni ne respires. Ni ne marches.”
Raven roule des yeux, attrape son sac, l’accroche devant elle comme un bouclier.
— “Personne remarquera.”
Mais bien sûr, quand elles s’approchent du comptoir d’accueil, la réceptionniste — une femme parfaitement maquillée et coiffée, qui semble avoir été téléchargée depuis un catalogue de mode — les regarde… de haut en bas… puis s’arrête sur la tache.
Elle sourit, froidement.
— “Mesdemoiselles, puis-je vous aider ?”
Raven répond avant les autres, un sourire ironique aux lèvres :
— “Oui. Nous avons un entretien. Et avant que vous demandiez : oui, nous sommes en retard. Oui, c’est de ma faute. Et non, je ne suis pas désolée.”
Maëlia et Lune se tapent littéralement le front en même temps.
La réceptionniste cligne un instant des yeux, puis reprend son sourire professionnel.
— “Vos noms, s’il vous plaît.”
Elles les donnent.
La femme vérifie sur son écran, puis annonce :
— “Les directeurs vous attendent déjà au trentième étage. Je vous recommande de vous dépêcher.”
Raven sourit.
— “Ça tombe bien, j’adore faire attendre les milliardaires.”
La réceptionniste se fige.
Maëlia attrape Raven par le bras et la tire vers les ascenseurs.
— “FERME. TA. BOUCHE,” chuchote-t-elle entre ses dents.
— “Quoi ? J’ai pas menti.”
Lune appuie sur le bouton de l’ascenseur en tremblant.
Les portes s’ouvrent.
Les filles entrent.
Les portes se referment.
Et là…
Raven murmure :
— “Ok. Peut-être que… je devrais pas trop l’ouvrir.”
Maëlia et Lune hurlent en même temps :
— “OH VRAIMENT ? TU CROIS ?”
Raven éclate de rire.
— “Quoi ? J’aime faire bonne impression.”
— “NON,” grogne Maëlia. “Tu aimes provoquer des infarctus.”
Lune se tord les mains.
— “Les filles… et si on échoue… ?”
Raven lui prend la main.
— “Alors on échouera ensemble. Mais on n’échouera pas parce qu’on était nous-mêmes.”
Leur ascenseur s’arrête brutalement au trentième étage.
Un “ding” retentit.
Les portes s’ouvrent sur un couloir immense, calme, luxueux… presque intimidant.
Raven souffle lentement.
— “Ok. C’est l’heure.”
Maëlia inspire profondément.
Lune ferme les yeux une seconde.
Elles font un pas.
Leur destin les attend… derrière une seule porte.
Une porte où trois noms brillent en lettres dorées :
Aiden Vesper
Cassian Drayko
Elias Rowan
Raven sourit.
— “Bon… allons humilier trois milliardaires.”
Et elle frappe.