Chapitre 7

1131 Mots
La journée s'était écoulée à un rythme effréné, entre discussions avec ma famille et les préoccupations liées au travail. J'avais finalement pris ma décision. Mon choix était fait, mais l’incertitude restait toujours là, tapie dans l'ombre de mes pensées. J’étais sur le point de m’engager dans un monde que je ne comprenais pas encore totalement, mais qui avait, indéniablement, le pouvoir de changer ma vie. Peut-être pas pour le mieux. Mais je n'avais plus vraiment de choix. En fin de journée, après un dernier regard dans le miroir de mon appartement, je me dirigeai vers l'adresse du lieu de mon nouveau travail. L'entreprise IC&S avait un nom prestigieux, mais derrière cette façade se cachait un univers que je ne connaissais pas. L'adrénaline, la peur et l'anticipation se mélangeaient en moi comme un cocktail de sentiments contradictoires. Arrivée devant le bâtiment, j’observai la structure imposante. Le verre et l’acier semblaient se fondre dans le ciel d’un gris menaçant, comme un reflet de mon propre état d'esprit. Ce monde-là, celui que je m'apprêtais à intégrer, était celui des affaires, des décisions rapides et des conséquences impitoyables. Tout semblait trop parfait, trop lisse pour être vrai. Un coup d'œil furtif à l'horloge me rappela que j’étais en retard. Avec un dernier souffle, je poussai les portes du hall. – Bonjour, vous devez être Ndella, la nouvelle recrue ? La voix venait de ma droite. Je me tournai pour faire face à un homme dans la quarantaine, vêtu d’un costume impeccable, les cheveux grisonnants et les yeux perçants. Il m’adressa un sourire poli, mais froid. – Oui, c’est bien moi, répondis-je, tentant de garder mon calme malgré l’anxiété qui montait en moi. Il s’avança vers moi, tendant la main. – Enchanté, je suis M. Ndiaye, responsable des ressources humaines ici. Suivez-moi, je vais vous montrer vos bureaux et vous présenter l’équipe. Je le suivis sans dire un mot. À l’intérieur, tout semblait en ordre. Des lignes épurées, des meubles modernes, une décoration minimaliste. Chaque détail semblait avoir été pensé pour l’efficacité, pour l’image. Tout était un jeu d’apparences, et je n’étais qu’une pièce parmi tant d’autres. Mais je n’étais pas là pour admirer la décoration. M. Ndiaye m’amena jusqu’à un bureau spacieux, situé dans un coin tranquille de l'étage. Il y avait déjà un ordinateur allumé, un carnet ouvert et une pile de dossiers. Mon espace, le premier d’une longue série qui allait m’emmener bien plus loin que je ne l’imaginais. – Voici votre bureau, me dit-il en s’asseyant de l'autre côté de la table. Je vous ai laissé tout ce dont vous aurez besoin. Nous avons une réunion dans une heure avec l’équipe de direction. Je vous conseille de vous préparer. C’est dans ces moments-là que l’on voit si l’on est fait pour ce genre d’environnement. Je le regardai, mais il ne semblait pas chercher à me rassurer. Ce n'était pas un travail de cœur, c'était un travail de survie. Tout cela était en train de se concrétiser, et je n'avais pas de retour en arrière. Le contrat était signé, et j’allais devoir m’engager totalement. – Merci, répondis-je, essayant de cacher mon appréhension. Je vais m’organiser. Il se leva et se dirigea vers la porte sans un mot de plus, me laissant seule face à ce qui allait être, sans aucun doute, le plus grand défi de ma vie. Mais j'avais déjà vécu pire. L’incertitude me terrorisait, mais je savais que je n’avais plus le luxe de me poser des questions. Maman avait besoin de soins, et si cela signifiait devoir naviguer dans ce monde froid et calculé, alors je ferais ce qu'il fallait. Quelques minutes plus tard, je rejoignis la salle de réunion. C’était une pièce immense, dominée par une grande table en bois sombre, autour de laquelle étaient assis plusieurs hommes et femmes, visiblement plus âgés et expérimentés que moi. Ils m’observèrent d’un regard perçant, comme si chacun d’entre eux attendait que je fasse une erreur. J’avais l’impression d’être un oiseau pris au piège dans une cage, prêt à être jugé. M. Ndiaye prit la parole pour m’introduire. – Mesdames et messieurs, voici Ndella, notre nouvelle recrue. Elle sera en charge de la gestion des projets à partir d’aujourd’hui. Elle aura la responsabilité de vous assister dans vos dossiers. Accueillez-la comme il se doit. Je fis un sourire nerveux et hochai la tête. Aucun mot, juste une poignée de mains, mais l’air était lourd. Chacun d’eux me scrutait avec une froideur qui n’avait rien de rassurant. Je savais que la première impression était cruciale, mais tout ce que je voulais, c'était m'enfuir de cette pièce. Au fur et à mesure que la réunion avançait, je compris qu’ils attendaient de moi bien plus que ce que j’étais prête à offrir. Les échanges étaient durs, directs, sans aucune forme de bienveillance. On parlait de chiffres, de contrats, de bénéfices, mais jamais de personnes. C’était une danse macabre où l’humain était mis de côté pour ne laisser place qu’à l’ambition. Et moi, au milieu, j’étais là, une simple figure dans ce grand jeu. La réunion se termina enfin, et je sortis en silence, épuisée par le flot d’informations et la tension palpable. Mais avant que je ne puisse rejoindre mon bureau, une silhouette m’intercepta. – Ndella, attends un instant. Je levai les yeux et vis un homme grand, aux cheveux noirs soigneusement coupés, un air décontracté mais qui cachait une détermination évidente. Il se présenta. – Je suis Mamadou, l’un des directeurs ici. Nous n’avons pas eu l’occasion de discuter, mais je tenais à m’assurer que tout allait bien pour toi. Je sais que ce monde peut être un peu… intimidant au début. Sa voix était calme, presque rassurante, mais je ne pouvais m’empêcher de rester sur mes gardes. – Ça va, merci. C’est juste… beaucoup d’informations d’un coup, répondis-je, essayant de paraître plus calme que je ne l’étais réellement. Il sourit légèrement. – C’est normal. Mais sache que tu n’es pas seule. Tu fais partie d’une équipe maintenant, et parfois, tu dois savoir sur qui tu peux compter. Si tu as besoin de conseils ou même d’un peu de soutien, n’hésite pas à venir me voir. Je lui rendis son sourire, même si une partie de moi restait sceptique. Était-ce une offre sincère ou un geste stratégique pour m'attirer de l'autre côté, celui du jeu impitoyable ? – Merci, Mamadou. Je n’oublierai pas. Il se tourna pour repartir, mais son regard s’attarda un instant sur moi. – N’oublie jamais pourquoi tu es là, Ndella. Parfois, dans ce milieu, c’est tout ce qu’on a. Ses mots me suivirent toute la journée, résonnant dans ma tête comme un avertissement ou un conseil, difficile à démêler. Ce monde serait difficile, c’était une certitude. Mais j'avais une mission. Et pour cela, je devais avancer, peu importe les sacrifices.
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