Le soleil se couchait lentement sur Dakar, teintant le ciel de nuances d’orange et de rose. Ndella se tenait devant son miroir, scrutant son reflet avec une légère nervosité. L’invitation de Rahim pour un dîner informel à sa villa l’avait troublée plus qu’elle ne voulait l’admettre. Ce n’était pas seulement l’idée de se retrouver seule avec lui, mais l’étrange mélange d’appréhension et de curiosité qu’il suscitait en elle.
Elle choisit une tenue simple mais élégante : une robe longue en soie bleue, discrète mais mettant en valeur sa silhouette. Ses cheveux étaient relevés en un chignon lâche, laissant tomber quelques mèches autour de son visage. Elle voulait rester fidèle à elle-même, même dans cet univers qui n’était pas le sien.
– C’est juste un dîner, murmura-t-elle pour se rassurer. Rien de plus.
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Lorsque Ndella arriva à la villa, Rahim l’attendait sur la terrasse. Vêtu d’une chemise blanche légèrement déboutonnée et d’un pantalon en lin beige, il était l’image même de l’homme charismatique et sûr de lui. Mais ce soir, il semblait légèrement différent. Il laissa échapper un sourire sincère lorsqu’il la vit approcher.
– Tu es ravissante, Ndella, dit-il en l’invitant à s’asseoir. J’ai fait préparer un dîner léger. J’espère que tu apprécieras.
– Merci, Rahim, répondit-elle, essayant de cacher son trouble. Votre villa est magnifique.
– Elle est spacieuse, mais parfois, le silence peut être pesant, avoua-t-il, ses yeux scrutant l’horizon.
Le dîner se déroula dans une ambiance étonnamment détendue. Rahim était moins arrogant, ses questions plus sincères. Il voulait comprendre Ndella, découvrir ce qui se cachait derrière cette façade de détermination et de calme.
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– Alors, Ndella, dit-il en posant son verre, raconte-moi. Qui es-tu vraiment ? Au-delà de cette femme forte et indépendante que j’ai rencontrée.
Elle hésita, le fixant un instant. Rahim semblait sérieux, presque vulnérable. Elle décida de répondre honnêtement.
– Je suis une fille ordinaire, Rahim. Je viens d’un quartier modeste. Ma famille compte tout pour moi, surtout ma mère, qui est malade. C’est pour elle que je me bats, que je travaille dur.
Rahim hocha la tête, visiblement touché par ses paroles.
– Tu es plus qu’ordinaire, Ndella. Peu de gens sont prêts à faire autant de sacrifices pour leur famille.
Elle haussa les épaules, un sourire triste sur les lèvres.
– Parfois, je me demande si tout cela en vaut la peine. Si je ne perds pas quelque chose de moi-même dans ce processus.
– Et qu’est-ce que tu penses perdre ? demanda-t-il, curieux.
– Mon authenticité, répondit-elle sans détour. Dans ce monde, tout semble se résumer à des jeux de pouvoir et d’argent. Mais je crois encore en certaines valeurs, et j’ai peur qu’elles s’effacent.
Rahim resta silencieux, ses yeux rivés sur elle. Il n’était pas habitué à entendre ce genre de discours, encore moins de la part d’une femme qu’il considérait d’abord comme un simple pion dans une négociation.
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Après le dîner, ils se déplacèrent vers le salon, où une ambiance plus intime s’installa. Rahim, pour la première fois, baissa légèrement sa garde.
– Tu sais, Ndella, j’ai toujours eu tout ce que je voulais. L’argent, le pouvoir, le respect. Mais parfois, je me demande si ce n’est pas justement ce qui me rend… vide.
Elle le regarda, surprise par son aveu. Rahim, cet homme arrogant et sûr de lui, semblait soudainement vulnérable.
– Peut-être que tu cherches au mauvais endroit, répondit-elle doucement. Ce n’est pas l’argent ou le pouvoir qui comblent ce vide. C’est quelque chose de plus profond.
– Et toi ? Tu as l’air de savoir ce que tu veux, mais est-ce que tu es vraiment heureuse ?
La question la prit au dépourvu. Elle baissa les yeux, jouant avec le bord de sa robe.
– Je ne sais pas, murmura-t-elle. Je pense que le bonheur est un luxe que je ne peux pas encore me permettre. Pas tant que ma mère n’est pas guérie, pas tant que ma famille n’est pas à l’abri.
Rahim sentit un étrange pincement au cœur. Ndella était différente. Sa naïveté, sa sincérité, sa bonté… Tout cela contrastait avec le monde cynique dans lequel il évoluait. Et pour la première fois depuis longtemps, il se surprit à vouloir protéger quelqu’un d’autre que lui-même.
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La soirée se termina dans une atmosphère douce et troublante. Rahim, fidèle à son habitude, raccompagna Ndella à la porte, mais cette fois, il ne put s’empêcher de retenir sa main un instant de plus.
– Merci d’être venue ce soir, dit-il, son regard plongé dans le sien. Tu es… différente, Ndella. Et je crois que j’aime ça.
Elle rougit légèrement, retirant doucement sa main.
– Merci pour le dîner, Rahim. C’était agréable de vous voir… sous un autre jour.
Il sourit, amusé par son effort pour maintenir une certaine distance.
– J’espère te revoir bientôt, dit-il finalement.
Alors qu’elle s’éloignait, Rahim resta debout, la regardant partir. Quelque chose en lui avait changé, mais il n’était pas encore prêt à l’admettre. Quant à Ndella, son cœur battait plus vite qu’elle ne l’aurait voulu. Rahim Aidara, avec tous ses défauts, était en train de s’immiscer dans ses pensées, et cela la terrifiait autant que cela l’intriguait.
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Les jours suivants furent marqués par un étrange mélange de tension et d’attente. Rahim cherchait des prétextes pour revoir Ndella, tandis qu’elle essayait de se concentrer sur son travail et sa famille. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne pouvait nier l’évidence : un lien s’était formé, un lien qu’ils ne comprenaient pas encore, mais qui promettait de bouleverser leurs vies respectives.