Chapitre 4 : L'ombre sur le seuil

1341 Mots
Chapitre 4 : L'ombre sur le seuil Point de vue : Élena Le silence de l'appartement est trompeur. Depuis que je suis rentrée, escortée par Viktor et ses hommes, j'ai l'impression que les murs se sont resserrés. Mes frères dorment encore, mais ma mère, elle, est restée debout, une tasse de thé vide entre les mains, les yeux fixés sur la porte. — Élena, qui sont ces hommes en bas ? murmure-t-elle, la voix tremblante. Ils ressemblent à des soldats... ou à des bandits. Je retire la veste d'Alexander. Elle est lourde de son parfum, un rappel constant de sa présence étouffante. Je me retrouve en nuisette, les épaules nues, les marques rouges du Russe commençant à bleuir sur mon bras blanc. Ma mère étouffe un cri en voyant mon état. — Ce n'est rien, maman. Juste une dispute au club. Ces hommes sont là pour nous protéger. — Nous protéger de qui ? De quoi ? On n'a jamais eu besoin de gardes du corps pour vivre dans la misère ! Je n'ai pas le temps de répondre. Un coup frappé à la porte fait sursauter ma mère. Ce n'est pas le coup de poing brutal d'un huissier ou d'un créancier. C'est un frappement calme, mesuré, presque poli. Mais il dégage une autorité qui me glace le sang. Je sais qui c'est. Je jette un peignoir usé sur mes épaules, serrant la ceinture pour cacher ma taille fine et la cambrure de mes hanches, mais le tissu est trop vieux pour masquer la vérité de mon corps. J'ouvre la porte. Alexander est là. Le couloir décrépit de notre immeuble semble trop petit pour lui. Ses épaules larges frôlent presque les cadres des portes. Il ne porte plus sa veste, ses manches de chemise blanche sont retroussées, révélant des avant-bras puissants couverts de tatouages sombres et complexes. Ses yeux noirs balaient immédiatement l'entrée avant de se fixer sur moi. — Tu n'as pas ouvert aux hommes que j'ai envoyés pour t'apporter à manger, dit-il d'une voix grave. J'ai dû venir moi-même. — Je n'ai pas besoin de votre charité, Alexander. — Ce n'est pas de la charité. C'est de l'entretien. Un investissement doit être nourri. Il entre sans que je ne l'y invite. Ma mère se lève, terrifiée. Alexander retire son regard de moi pour le poser sur elle. Son expression s'adoucit d'une fraction de seconde, une lueur de respect que je ne lui connaissais pas. — Madame, dit-il en inclinant légèrement la tête. Je suis Alexander De Doh. Un... associé de votre fille. — Un associé ? répète ma mère en me regardant avec confusion. Alexander pose un sac de voyage en cuir sur notre petite table de cuisine branlante. Il l'ouvre, et j'en sors des médicaments, des inhalateurs pour Léo, des fruits frais, et de la viande de qualité. Des choses que nous n'avons pas vues depuis des mois. — Qu'est-ce que vous voulez vraiment ? je siffle en m'approchant de lui, ignorant la présence de ma mère. Il se tourne vers moi. Sa proximité est une agression sensorielle. Je sens la chaleur de sa peau. Il baisse les yeux sur mon bras bleui. Sa main se lève, ses doigts longs et calleux effleurant la marque avec une douceur qui me donne envie de pleurer. — Je veux que tu comprennes que le Velvet est terminé, Élena. Ta dette envers Marco est payée. Mais maintenant, tu as une dette envers moi. Point de vue : Alexander De Doh L'appartement est une insulte à sa beauté. Tout ici est propre, soigné, mais délabré. Il y a une odeur de pauvreté digne, celle qui s'efforce de cacher les fissures derrière des napperons brodés. Et au milieu de ce chaos, il y a elle. Même emmitouflée dans ce peignoir minable, elle est magnifique. Son visage d'ange est pâle, ses yeux clairs brûlent d'une fureur qui me fascine. Elle est mince, si fragile en apparence, mais je sais quelle force se cache sous cette peau de porcelaine. Ses rondeurs, qu'elle essaie désespérément de cacher, sont les seules choses qui semblent vivantes dans cette pièce grise. Ses seins pointent sous le tissu, trahissant son émotion. Est-ce de la peur ? De l'excitation ? Je l'ignore, mais cela me rend fou de désir. Un bruit de pas vient de la petite chambre au fond. Deux garçons, d'environ sept et dix ans, apparaissent sur le seuil, se frottant les yeux. — Élena ? C'est qui le monsieur ? demande le plus petit, Léo, entre deux quintes de toux. Je vois Élena se raidir. Elle se place instantanément entre moi et ses frères, telle une lionne protégeant ses petits. Cette vulnérabilité me frappe plus fort qu'une balle. Elle ne se bat pas pour elle. Elle se bat pour eux. — C'est un ami, Léo. Retourne te coucher avec Mathis, je vous apporte de la soupe dans une minute. Les enfants me regardent avec curiosité. Je n'ai pas l'habitude des enfants. Dans mon monde, ils sont soit des héritiers cachés, soit des monnaies d'échange. Mais ici, ils sont juste... des enfants qui ont faim. Je sors une liasse de billets de ma poche et la pose sur la table, à côté des médicaments. — Pour les petits, dis-je simplement. — Reprenez ça, dit-elle, la voix tremblante de fierté. Je ne vends pas ma famille. — Je n'achète rien, l'ange. J'assure la sécurité de ce qui m'appartient. Marco ne reviendra pas, mais les Volkov ont de la mémoire. Mes hommes resteront devant la porte. Je fais un pas vers elle, l'obligeant à reculer contre le buffet. Je pose ma main sur le bois, l'emprisonnant. Ma mère s'est éclipsée dans la chambre avec les garçons, sentant sans doute la tension électrique qui menace de faire exploser la pièce. — Demain, à midi, une voiture viendra te chercher, murmurai-je. On va discuter des termes de ton nouveau contrat. — Je ne signerai rien. — Tu le feras. Pour eux. Je laisse mon regard dériver une dernière fois sur son corps. Sa taille fine semble si petite face à mon torse, et l'arrondi de ses hanches frôle mon pantalon de costume. Je lutte contre l'envie de la plaquer contre ce mur et de lui montrer à quel point son caractère me rend possesseur. — Ne sois pas en retard, Élena. Je n'aime pas attendre ce qui est à moi. Je quitte l'appartement sans un regard en arrière, mais je sens son regard brûlant dans mon dos jusqu'à ce que la porte se referme. En descendant les escaliers, je donne un ordre à Viktor par radio. — Viktor, trouve un appartement décent. Un quartier sécurisé. Haut standing. Je veux qu'ils déménagent d'ici avant la fin de la semaine. — Et pour la jeune femme, patron ? — Elle ? Elle ne vivra pas là-bas. Elle viendra au manoir. Elle ne le sait pas encore, mais son visage d'ange va devenir la seule chose que je verrai en me réveillant. Point de vue : Élena Je reste pétrifiée au milieu de la cuisine. Le silence est revenu, mais il est différent. Il est lourd de menaces et de promesses. Je regarde les médicaments sur la table. Je regarde l'argent. Je devrais le jeter par la fenêtre. Je devrais prendre mes frères et m'enfuir. Mais pour aller où ? Alexander De Doh a des yeux partout. Je passe une main sur mon ventre, sentant mon cœur battre la chamade. Ma peau brûle encore là où il m'a touchée. Ce n'est pas seulement de la peur. C'est quelque chose de plus sombre, de plus dangereux. C'est l'attraction d'un abîme qui me promet de sauver ma famille si je consens à m'y perdre. Je regarde mon reflet dans la vitre de la cuisine. Un visage d'ange. Mais ce soir, dans mes yeux, je vois l'ombre d'un démon qui commence à s'installer. — Élena ? demande ma mère en revenant. C'est qui cet homme, vraiment ? — C'est notre sauveur, maman, dis-je avec une amertume qui me déchire la gorge. Et c'est sans doute le diable en personne.
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