Quelques jours plus tard, Diana enfile la robe trouvée par Guillaume.
William n’osait pas encore assister à trop de soirées : les gens lui posaient encore beaucoup de questions sur son nouveau nom… et puis, il avait prévu de voir Simon ce soir. Il y avait un match de rugby. Le capitaine l’aide à bien ajuster le vêtement.
" Magnifique…
— Oui, il connaît bien mes goûts. J’espère que ça va marcher… c’est frustrant de ne pas avoir plus de clients.
— Tu nous as déjà beaucoup aidés, ça compte.
— Oui, je sais… mais ce n’est pas pareil."
Il la prend dans ses bras.
" Tu veux la gloire, c’est ça ?
— Évidemment.
— Je suis sûr que tu vas gérer. Le bouche-à-oreille va fonctionner. Tu renseignes déjà quelques clients, même si ce ne sont pas encore de vraies affaires.
— Oui… mais ce sont surtout des recherches sur les réseaux. Rien de très… excitant.
— Si tu veux de l’excitation… je suis là."
Elle le repousse en souriant.
" Peut-être en rentrant… J’entends Victor arriver. Enfin… j’entends surtout Liam hurler derrière la porte que « papy est là ».
En effet, le garçon est surexcité. Angy, elle, mâchouille un jouet sans prêter attention à l’homme : elle en a déjà un autre en vue.
Guillaume attend dans un coin de la pièce que Diana descende. Il surveille sa nièce, qui le mord dès qu’elle en a l’occasion. Sa belle-sœur a beau lui dire que c’est bon signe, il préfère éviter ses petites dents. Son demi-frère se moque :
" tu as peur d’une petite fille ?
— Mademoiselle m’a demandé de surveiller les enfants, pas de jouer avec."
Il n’a pas le temps de répondre : sa protégée le coupe en descendant les marches.
"Ne déconcentrez pas mon garde du corps.
— Ce n’était pas mon intention… très jolie robe."
Elle l’embrasse sur la joue.
" Où est Alexis ?
— Il a décommandé. Il ne se sentait pas bien."
Elle se tourne vers William.
" Ah oui ? Il t’a dit quelque chose à toi ?
— Heu… non. Mais c’est vrai qu’il avait l’air un peu pâle aujourd’hui.
— C’est dommage… tu lui diras que me planter pour un match de rugby, c’est presque vexant.
— Oh… mais il ne comptait pas venir."
Victor soupire.
" C’est ça… Au moins, Charles sera là. Allons-y, mon ange.
— Viens, Guillaume. Angy, ne le mords pas, laisse-le passer… sois sage, ma belette."
Elle embrasse Liam et lui interdit de libérer ses pigeons, puis part avec Victor et leurs gardes du corps respectifs.
Jeff observe Guillaume du coin de l’œil. Il l’a en partie entraîné. Pour ce soir, il a mis un costume : il semble de plus en plus à l’aise dans ce rôle. La police, c’était trop de pression, trop de compétition. Avec Diana, il a des responsabilités, et il se sent plus utile.
Il ouvre la portière à sa patronne, devançant Victor, et l’aide à ne pas salir sa robe.
Dans la voiture, le père et la fille bavardent.
" J’espère que Cathe ne va pas trop s’ennuyer à son dîner.
— Elle est en bonne compagnie.
— Dites… vous en avez trouvé d’autres ?
— De quoi ? Des amantes ?
— Non… des demi-frères.
— Pourquoi ?
— Comme ça… je me disais qu’il doit sûrement y en avoir d’autres.
— Tant qu’ils restent loin de notre famille… ça t’inquiète ?
— Un peu."
Il l’embrasse sur la tempe.
" J’ai entré les ADN dans les bases de données. Si quelqu’un se fait arrêter et que ça correspond, je serai prévenu immédiatement.
— Dans ce cas… je vous fais confiance."
Elle se blottit contre son épaule et ils arrivent à destination.
Guillaume aide la jeune femme à descendre. Elle pose une main sur son bras.
" Mêle-toi aux invités et obéis à Jeff s’il le faut. Je ne crains pas grand-chose avec Victor, alors…"
Elle chuchote :
" Essaie de parler à la blonde qui était avec tu-sais-qui, et vois si des escortes ont eu affaire à lui. Lisa t’a envoyé les photos de ses ex-collègues ?
— Oui, mademoiselle.
— Parfait. Je te fais confiance."
Elle sourit à son père adoptif et prend son bras.
L’endroit est magnifique. L’hôte, un galeriste, présente ce soir les œuvres d’un jeune artiste prometteur. Le lieu est un petit château, un peu… encombré par bien trop d’œuvres d’art. Elle soupire.
" Si je ne casse rien, ce sera un miracle.
— J’ai une bonne assurance, ne t’inquiète pas pour ces babioles. La moitié sont des fausses."
Diana sourit en apercevant son demi-frère. Même si le psy avait vendu la mèche pendant leur kidnapping au commissariat quelques mois plus tôt, ils gardaient encore une certaine distance. Tout le monde n’était pas au courant, et ils préféraient rester discrets.
Elle laisse Victor discuter avec des admiratrices et va à sa rencontre. L’avocat lui embrasse la main.
" Un peu décolleté… mais j’imagine que c’est fait exprès.
— Ne fais pas ton Victor. Il est là ?
— Oui… viens."
Il l’emmène jusqu’à Monsieur Grosjean.
" Vous vous souvenez de la fille de Victor, j’imagine ?"
Il se retient de grimacer en voyant l’homme lorgner la poitrine de sa demi-sœur.
"Bien sûr."
Il lui prend la main.
" Ravi de vous revoir, mademoiselle. Vous êtes encore plus jolie que la dernière fois.
— Je suis comme mon vin : je me bonifie avec l’âge. Avez-vous goûté la bouteille que je vous ai envoyée ?
— Justement, je voulais vous en parler. Avez-vous reçu mon mail ?
— Je n’ai pas eu le temps de tous les lire. Il vous a déplu ?
— Bien au contraire ! Je souhaiterais vous en commander quelques bouteilles, pour mettre mes clients dans de bonnes dispositions… et pour offrir lors des signatures.
— Nous devrions en parler un de ces jours.
— Excellente idée. Accepteriez-vous de dîner avec moi un soir ?"
Une main se pose sur son épaule, manquant de la faire sursauter.
" Qui dîne avec qui ?
— Commissaire !"
Elle lui tape la main et sourit à son interlocuteur.
" Ne vous occupez pas de lui… j’en serais ravie. Je suis libre vendredi.
— Parfait. Dix-neuf heures trente ?"
Elle fait signe à Guillaume de la rejoindre.
" Pouvez-vous noter dans mon agenda : vendredi soir, dix-neuf heures trente, avec monsieur ici présent.
— Oui, mademoiselle."
Il sort son téléphone, enregistre le rendez-vous, puis s’éclipse.
Victor prend sa fille par la taille.
" Pourquoi veux-tu dîner avec ma fille ?
— Pour parler affaires. Figure-toi que son vin m’intéresse.
— Vraiment ?"
Diana sourit.
" Vous doutez de mon vin, père ?
— Bien sûr que non.
— D’ailleurs, je meurs de soif. Emmenez-moi boire un verre. À vendredi, monsieur."
Elle entraîne Victor vers un serveur et attrape une coupe de champagne.
" Vous m’aviez promis de me laisser me débrouiller.
— J’étais seulement surpris que tu veuilles dîner avec lui.
— Pourquoi donc ?
— Parce qu’il avait l’air plus intéressé par ton décolleté que par tes vins.
— Mon décolleté n’est pas plus sexy que d’habitude. De quoi avez-vous peur ? Mon garde du corps sera là.
— Je ne sais pas…
— Est-ce que vous savez quelque chose que je devrais savoir ? S’il est pervers, j’aimerais le savoir tout de suite.
— Non… disons que j’ai entendu certaines rumeurs. Il tromperait sa femme.
— Eh bien, je n’ai pas l’intention de céder à ses avances s’il m’en fait.
— J’espère bien. Il est vieux et terriblement quelconque.
— Commissaire…"
Elle lève les yeux au ciel.
" N’intervenez plus dans mes discussions d’affaires, je vous prie."
Elle l’embrasse sur la joue et retrouve avec plaisir Vincente.
Le cousin de Victor, seul fils de l’une des sœurs de son père, lui ressemble beaucoup, en moins sévère. Il est désormais fiancé à Philippine, la nièce de Catherine, bien qu’il soit toujours un peu amoureux de sa cousine par alliance.
"Diana, quel plaisir de te voir… toujours aussi belle.
— Plaisir partagé, mon cher. Comment va Philippine ?
— Très bien. Elle est avec Cathe et Victoire à un dîner. Elle a beaucoup progressé, merci encore pour l’ergothérapeute.
— De rien. C’est normal.
— Comment est ton nouveau père ? Mon cousin est-il moins protecteur ?
— Hélas non… il me surveille encore. Il a toujours l’air prêt à surgir derrière moi."
Une voix murmure à son oreille. Cette fois, elle étouffe un cri.
"Tu parlais de moi ?"
Elle lui donne un coup sur l’épaule.
" Arrêtez de faire ça, bon sang !"
Vincente rit.
" Bonsoir, Victor. Ravi de te revoir.
— Moi aussi. Tu t’es débarrassé de ta future femme ?
— Elle est avec la tienne.
— Alors c’est décidé ? Toujours prêt à l’épouser ?
— Toujours. Diana est encore avec William, alors…"
Elle sourit.
" De toute façon, s’il arrive quelque chose à Will, ou si on se sépare, c’est Alex que j’épouserai. Vieille promesse d’amis."
Elle s’éloigne.
" Je dois aller me rafraîchir. Et si l’envie vous prend de me suivre, mon garde du corps s’occupera de vous, père."
Elle fait signe à son beau-frère de la suivre. Il passe devant Victor sans un regard.
Vincente sourit.
"Il n’a pas l’air commode.
— Tu parles… Si Diana n’avait pas lourdement insisté, je l’aurais volontiers laissé en prison.
— Il n’avait rien fait.
— Il l’aime. Il était obsédé par elle.
— Je l’aime aussi, et je ne compte pas lui faire de mal. Laisse-lui une chance, non ?
— Mouais…
— D’ailleurs… est-ce qu’elle et William sont toujours fidèles l’un à l’autre ?
— J’ai envie de te frapper.
— C’est juste comme ça… tu pervertis tout le monde avec ton couple libre."
Pendant ce temps, Diana entraîne l’ancien policier dans les toilettes.
" Bon. La voie est libre, on est seuls. As-tu appris quelque chose ?
— Une escorte m’a dit qu’il aimait se montrer avec de jolies filles, mais qu’il n’allait pas plus loin — avec elle, en tout cas. J’ai aussi parlé à un serveur du restaurant : il vient souvent, avec des femmes différentes. Il a loué deux fois une chambre dans leur hôtel. J’attends un rendez-vous avec une femme de chambre.
— Parfait. Tu as ce que je t’ai demandé ?
— Oui. Tenez."
Il lui tend une petite pochette et un enregistreur, qu’elle glisse aussitôt dans son sac.
" D’autres informations croustillantes ?
— Berthe Detrenet serait dans une mauvaise passe financière.
— Vraiment ?
— Addiction au jeu. Quant à Blanche Bertelieu, elle voudrait divorcer. Son mari mènerait une double vie.
— Quand je pense que Victor ne voulait pas que je t’engage… tu es très doué. Quelqu’un arrive."
Ils se taisent. Diana sourit en voyant entrer trois jeunes femmes, anciennes collègues de Lisa. L’une d’elles, blonde, pose les mains sur ses hanches.
" On dérange ?
Sa copine murmure :-
" C’est la fille de Victor, non ?"
Diana acquiesce.
" C’est ça.
- vous faites quoi avec un homme dans les toilettes ?" La derniere sourit :
" c'est son garde du corps.. pas vrai..?" Diana acquiesse :
" on allaient coucher ensemble" son applomb, et le rougissement du jeune homme, font rire le trio.. la blonde se remaquille :
" qu'est ce qu'il en penserait "papa" ?
- il serait tres faché..
- la vraie raison ?
- je suis tout simplement indisposée, il m'apportait de quoi regler le souçis, c'est tout les mois la même chose.. je me laisse toujours surprendre.. "
Elle sort une serviette de sa pochette, la brune regarde l'ancien poliçier :
" il est serviable en plus d'être mignon.." La fille de Victor sourit :
" j'ai terminé ce que j'avais à faire, alors je vous le laisse, enfin.. si vous me promettez de ne pas trop l'abimer.." Guillaume fait un pas en arriere : " hé..!? "
Il rougit franchement. Diana l’avait fait exprès, et il le savait. Ce n’était pas la première fois.
Il avait interdiction de jouer avec les sentiments des femmes pour obtenir des informations — règle numéro un, répétée vingt fois par Diana, et Jeff, qui avait ajouté un très paternaliste « je te tue si tu fais le con ».
En revanche, il pouvait utiliser… son corps.
Diana l’encourageait vivement à avoir des aventures, surtout pour qu’il arrête de penser à elle. Au début, ça avait été compliqué. Il n’était pas vraiment du genre à attirer les regards. Avant, il était maladroit, mal habillé, et surtout… persuadé que tout le monde lui devait quelque chose.
Mais maintenant, il avait pris des muscles, portait des costumes à sa taille, et savait quand se taire.
Apparemment, ça suffisait.
Diana lui avait même donné — très sérieusement — des « cours accélérés sur le consentement ».
Il avait dû faire un truc incroyablement compliqué : se déconstruire.
S’intéresser au féminisme.
Au patriarcat.
À ses propres comportements.
Et, contre toute attente, il avait compris un truc absolument terrible : S’il n’avait jamais eu de succès avec les femmes avant…
C’était peut-être parce qu’il était, objectivement, un gros connard.
Machiste.
Sexiste.
Et persuadé d’avoir raison.
Réalisation douloureuse.
Diana s’empresse de sortir en pouffant de rire et rejoint Charles et Victor. Ils discutent avec deux hommes ; elle se faufile naturellement à côté de son père adoptif.
L’un des hommes se plaint :
" Je suis sûr que mon père n’est pas mort tout seul…"
Le commissaire pose une main apaisante sur son bras.
"Je n’ai rien trouvé concernant la maison de retraite.
— Je sais… mais c’est quand même bizarre."
Charles attrape un verre au passage.
"Tu as pensé à prendre un détective privé ? Sans vouloir manquer de respect à notre commissaire, les détectives privés ont parfois plus de moyens…"
Le comte grimace.
" Pff… la plupart sont des incapables."
Son ami s’y intéresse aussitôt.
" Tu en connaîtrais un bon ? J’avoue que l’idée m’a effleuré l’esprit.
— Je n’en connais pas personnellement, mais j’ai entendu parler d’une agence. J’ai déjà orienté certains clients vers eux pour de petits renseignements, et ils ont été plutôt efficaces."
L’autre homme acquiesce.
" Je leur ai demandé un renseignement moi aussi. Ils sont rapides et très discrets."
Victor fronce les sourcils.
" Quels genres de renseignements ?
— Oh… sur de futurs employés."
Charles sourit.
" Ils ne font rien d’illégal. Leur site est clair, et mes clients m’ont montré leurs contrats.
— Qui sont-ils ?
— Aucune idée."
Le deuxième homme se tourne alors vers Diana avec un sourire curieux.
" Et vous, mademoiselle ? Avez-vous déjà eu recours à leurs services ?
— Oh… je suis entourée de policiers qui n’apprécient pas vraiment ce genre de méthodes, alors…"
Elle hausse les épaules avant d’ajouter, faussement détachée :
" Mais j’en ai entendu parler. J’ai vu leurs annonces sur les réseaux… il paraît qu’ils peuvent se renseigner sur n’importe qui.
Elle sent le regard du commissaire se poser sur elle et rougit légèrement, puis se tourne vers l’homme endeuillé.
" Je suis désolée pour votre père… vous soupçonnez la maison de retraite, alors ?
— En effet.
— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
— Ils disent qu’il est tombé dans l’escalier de service parce qu’il était désorienté, alors qu’il avait toute sa tête. Et puis… il avait des bleus à des endroits étranges pour une simple chute de quelques marches. D’ailleurs… vous qui étiez du métier… peut-être pourriez-vous m’aider ?
— Oh, je n’ai jamais travaillé en maison de retraite. Je pense que des détectives seront plus efficaces que moi. Mais si vous souhaitez en discuter, simplement pour vous soulager, je serais ravie de vous écouter."
Elle lui adresse un sourire chaleureux. Il lui embrasse la main.
"Vous êtes un ange…"
Maître Verniers éclate de rire.
" Ouh là… attention. N’emploie pas ce surnom devant Victor, ou tu risques de rejoindre ton père…"
Ils éclatent tous de rire, et Victor passe un bras autour de la taille de sa fille.
"En effet… mais je te pardonne pour cette fois. Viens, trésor, j’aimerais te présenter quelqu’un."
Ils laissent le trio poursuivre la conversation. Diana soupire doucement.
" Je vous préviens : si vous pensez que je suis détective privée, je démissionne… et je déménage.
— Ça ne m’étonnerait pas, répond Victor, mais non, je ne pensais pas que c’était toi.
— Alors pourquoi aviez-vous l’air grognon ?
— Parce que je me demande si tu comptes fourrer ton nez dans le soi-disant meurtre du père d’Albert.
— Je mentirais si je disais que je ne trouve pas ça suspect… mais vous avez enquêté, non ? Si vous n’avez rien trouvé, c’est probablement qu’il n’y a rien. Les personnes âgées marquent vite, leur peau est fragile. Les bleus peuvent être normaux. La désorientation aussi : déshydratation, choc émotionnel, fièvre, médicaments… Il faudrait quelque chose de vraiment solide pour conclure à un meurtre.
— En effet.
— J’ai juste voulu être gentille et compréhensive. J’espère qu’il arrivera à accepter la situation… ce serait dommage qu’il dépense la moitié de son héritage pour payer cette mystérieuse agence. J’ai regardé leurs tarifs : ça chiffre très vite.
— Pourquoi as-tu regardé ?
— Par curiosité. Vous n’êtes pas curieux, vous ?
— Non. Pour moi, les détectives privés ne valent pas mieux que les journalistes : des charognards incompétents. Des amateurs trop lâches pour être de vrais flics.
— Je croyais qu’il fallait avoir fait du droit pour exercer ?
— Les cartes de détective se trouvent très facilement sur Internet. Beaucoup encaissent les avances et disparaissent, laissant les gens dans des situations parfois délicates.
— Il y a vraiment des profiteurs partout…"
Elle grimace, un peu déçue. Victor sourit.
" Il n’y a que toi qui crois encore qu’il y a des gens bien dans ce monde, mon ange.
— Vous me faites danser ?"
Elle l’entraîne sur la piste où quelques couples valsent déjà.
"Vous ne me lâchez pas, hein ?
— Je ne suis pas Simon, ne t’inquiète pas."
Ils dansent une valse, puis une seconde, jusqu’à ce que Charles vienne demander à sa sœur de danser avec lui, pour le plus grand plaisir de quelques dames ravies de valser avec le comte.
L’avocat et sa demi-sœur en profitent pour discuter.
"Charly… tu crois qu’il se doute de quelque chose ?
— Continue d’agir comme tu l’as fait et tout se passera bien. Il est juste un peu pénible parce qu’il vient de revenir, c’est tout. En tout cas, tu as un nouveau client : je suis sûr qu’Albert va vouloir les services de l’Agence Double D.
— Merci, associé.
— Je t’en prie."
L’avocat lui sourit, dévoilant lui aussi des canines pointues.
De loin, Victor ne peut s’empêcher de remarquer que son ami et sa demi-sœur ont exactement le même sourire. Ce sourire-là. Celui qui disait :
"Je manigance quelque chose, mais je suis trop mignonne pour être soupçonnée."
Il soupire. Il se faisait sûrement des idées. Charles était un grand frère strict et protecteur ; contrairement à Simon, il ne laisserait jamais sa sœur se mettre dans des histoires dangereuses.
Il fait tourner sa cavalière et concentre son attention sur son décolleté. Il n’avait couché qu’avec Cathe ces derniers mois. Désormais, sa femme était prête à redevenir comme avant, désireuse de retrouver leur sexualité libérée.
Il était donc temps pour lui de reprendre des maîtresses.
Maintenant qu’il était comte, il avait l’embarras du choix.
Sa cavalière était très jolie et lui courait après depuis longtemps. À la fin de la danse, ils s’éclipsent vers un endroit plus tranquille.
Diana accepte ensuite de danser avec l’artiste avant de prendre un verre avec lui. L’artiste, soi-disant prometteur, lui raconte comment il a trouvé l’inspiration lors d’un voyage initiatique en Inde. Elle s’efforce de ne pas fuir : il était vraiment soporifique… pourtant, il devait être plus jeune qu’elle.
" En tout cas, vous savez que vous êtes très inspirante. Vous dégagez quelque chose… surtout vos yeux.
— Mon père me le dit souvent.
— Qui est votre père ?
— Le comte.
— Ah… c’est vous, l’ancienne pauvre ? C’est encore plus inspirant ! J’aimerais peindre votre histoire… ou la sculpter !
— C’est gentil, mais je ne suis pas très… art. Et mon histoire n’a rien d’inspirant. Je suis une ancienne pauvre kidnappée par un psychopathe qui se trouvait être le demi-frère d’un homme très riche qui se sentait très coupable.
— J’ai vu des photos de vous à votre libération… une œuvre avant-après serait vraiment—
— Je suis désolée, j’essaie d’avancer. Et il y a sûrement plein d’autres femmes très inspirantes ce soir.
— Laissez-moi une chance de vous convaincre…"
Elle recule d’un pas devant son insistance, obligeant Guillaume à intervenir. Il se place entre eux avant que l’artiste ne puisse toucher sa patronne.
" Mademoiselle, votre père vous cherche."
Elle acquiesce.
"Votre travail est remarquable, mais je ne veux plus penser à cette histoire."
Elle suit son employé jusqu’à être hors de vue de l’homme, puis souffle enfin.
"ouf.. alors tu as pu parler avec elles ?
- un peu
— Un peu, ou un peu beaucoup ?" demande Diana, faussement innocente.
Il devient encore plus rouge.
" Disons que… la brune est très bavarde après l’o*****e.
— Magnifique phrase, je la note pour mon prochain dîner mondain.
—Mademoiselle..
— Je plaisante. Qu’est-ce que tu as appris ?"
Il reprend son sérieux.
"Elles disent toutes la même chose : il adore se montrer avec de jolies femmes, surtout quand il y a du monde. Ça flatte son ego. Mais il ne va pas plus loin en public. En privé, c’est plus flou… certaines disent qu’il parle beaucoup, qu’il boit trop, et qu’il devient… collant.
— Collant comment ?
— Collant qui croit qu’il est irrésistible, mais qui se vexe très mal quand on dit non.
— Charmant programme.
— Ah, et il paye toujours en liquide."
Diana sourit.
" Évidemment."
Elle marche un peu plus vite, ses talons claquant sur le sol.
" Tu as bien fait. Et… merci pour l’intervention avec l’artiste.
— De rien. Il avait l’air de vouloir vous transformer en sculpture traumatique grandeur nature.
— Oui, j’ai senti passer le concept."
Elle s’arrête net et le regarde.
" Tu sais, ajoute-t-elle, tu n’es pas obligé de coucher avec des femmes pour me prouver quoi que ce soit.
— Je sais. Mais… ça aide.
— À quoi ?
— À arrêter d’être obsédé par vous...toi.."
Elle le regarde, surprise, puis sourit doucement.
" Tu progresses vraiment.
- l'une d'elle m'a dit qu'elle avait bientôt rendez vous avec Grosjean..
- parfait.. je vais lui proposer de le seduire un peu.. voir si il tente quelque chose.. mais je ne pense pas qu'il soit du genre à se taper une escorte comme ça.. il est du genre romantique.. il ne doit pas coucher le premier soir.. bon.. on devrait avoir un nouveau client.. cette soirée a été interessante.. j'aimerais rentrer, je vais voir si Victor a encore l'intention de rester longtemps.. par contre.. tu as du rouge à lêvre là.." elle pointe son coup et il rougit encore plus.. Elle avait cet air moqueur qu’elle utilisait autant pour le tester que pour le détendre. Il la trouvait toujours irrésistible. Mais elle avait raison : il l’aimait beaucoup… et ça devait rester un fantasme. Il devait faire attention à ne pas tomber amoureux.
Jeff l’avait prévenu : quand on protège quelqu’un, qu’on partage tout, on finit toujours par s’attacher. Soit on cède — comme lui avec Diana autrefois — soit on se retient. Avoir une vie en dehors aidait énormément.
Il la regarde rejoindre Victor, qui sort d’une pièce en charmante compagnie. Jeff congédie la jeune femme, et Diana prend le bras du commissaire.
" Elle avait l’air bien jeune.
— On a discuté, c’est tout. Il y avait de très belles pièces dans cette chambre.
— Vous sentez son parfum.
— Et toi, dans les sanitaires avec ton garde du corps… et des escortes ?"
Il rit.
" J’ai vu des pornos qui commençaient mieux que ça.
— Guillaume m’a juste apporté quelque chose. J’étais indisposée. Et comme les escortes le trouvaient charmant, je l’ai laissé faire. Il mérite de se détendre.
— Beurk.
— Vous êtes jaloux de votre petit frère ?"
Il lui pince la nuque en souriant.
" Répète ? Je suis dur de la feuille avec l’âge.
— Aïe ! Attention, un geste et il vient vous régler votre compte.
— Le mien réglera le sien. N’est-ce pas, Jeff ?
— Bien sûr, monsieur."
Il la relâche. Elle grimace.
" À quoi ça a servi que je couche avec vous ? Votre loyauté va toujours à lui.
— À passer un bon moment, " répond Jeff, amusé.
Elle rougit.
"C’est vrai…"
Elle rattrape Victor.
" Vous comptez rester longtemps ?
— Tu veux rentrer ?
— Je suis fatiguée… et j’ai un mauvais pressentiment.
— Il est minuit passé. On va rentrer. Laisse-moi juste prendre un dernier verre.
— Vous sentez l’alcool. Vous avez assez bu.
— Je ne suis pas venu avec ma mère, que je sache."
Il tapote sa joue et appelle un serveur. Diana surveille, contrariée. C’est Charles qui finit par l’arrêter.
" Monsieur le comte devient alcoolique ?
— Ne t’y mets pas toi aussi.
— Ramène ma sœur. Tu es un père responsable, maintenant."
Victor soupire.
" Très bien, maître."
Il rejoint Diana, encore coincée avec l’artiste, revenu à la charge. Victor la prend par la taille.
"Mon ange, il est tard.
— Monsieur, que pensez-vous de mes œuvres ? Vous appréciez les belles choses ?
— Absolument. Ma fille en est la preuve."
Diana lui écrase le pied.
"Je proposais à votre fille d’être ma muse !
— Inutile qu’elle se déshabille pour ça.
— Mon art n’est pas sexuel !
— Écoutez," dit Diana calmement,
" c’est mon histoire. Elle m’appartient. Je ne suis pas prête à la partager.
— Mais vous aurez votre mot à dire !
— Je penserai à vous si je change d’avis."
Victor sourit.
" En attendant, évitez de trop penser à elle. Je suis un père très possessif."
Ils s’éloignent. L’artiste insiste :
" Et mes œuvres ? Vous n’avez pas répondu !
— C’est me—"
Diana lui donne un coup de pied.
"C’est merveilleux ! Il vous achètera sûrement quelque chose !"
Elle traîne Victor vers la sortie.
"Vous avez trop bu. Vous êtes insupportable."
Jeff ouvre la portière.
"N’essayez pas de me tripoter."
Victor rit.
"Loin de moi cette idée. Je suis un père respectable maintenant, pas vrai Jeff ?
— Oui, monsieur."
Elle lui tend de l’eau.
"Buvez. Vous allez avoir mal à la tête.
— Sois gentille… j’ai même pas regardé ta poitrine ce soir."
À l’avant, Jeff sourit en voyant Diana lui vider la bouteille d’eau sur la tête.
"Faut intervenir ? murmure Guillaume.
— Non. Elle gère."
Victor s’essuie, amusé.
" Message reçu. Je me tais.
— Et ne vomissez pas."
Il s’endort presque aussitôt, sourire aux lèvres. Diana lui met une couverture. Quand ils arrivent au manoir, Jeff se gare devant la maison de Diana et les deux gardes du corps l'enmene à sa porte.. le plus vieux sourit :
"Ça ira, mademoiselle ? Je vous emprunte Guillaume pour ramener Monsieur…"
Victor sort de la voiture, très droit.
" Foutaises ! Je ne suis pas ivre !"
Il embrasse sa protégée sur les joues. Diana soupire.
" Bien sûr… Je n’ai plus besoin de toi, Guillaume. Merci pour ce soir."
Elle entre. Le trio fait demi-tour.
À peine une seconde plus tard, un cri déchire le silence.
" AAAAH !"
Aussitôt, les trois hommes accourent et franchissent le seuil à leur tour.
Des coussins jonchent le sol.
Des plumes flottent encore dans l’air.
Les deux oiseaux sont hors de leur cage, visiblement ravis.
Diana serre les poings.
"MAIS QU’EST-CE QUI S’EST PASSÉ ICI ?!"
Des ricanements étouffés.
Des chuchotements nerveux.
Soudain, William sort en rampant de derrière le canapé.
"Chuuut… ! Bouge pas… !"
Il se redresse brusquement et lance un pop-corn à travers la pièce.
Simon surgit aussitôt de derrière un rideau.
"Raté ! T’es trop nul !
- s**t !"
Ils éclatent de rire comme deux gamins pris sur le fait.
Diana sent quelque chose mâchouiller à ses pieds.
" Angy… ?! Tu ne dors pas !"
La fillette relève la tête.
Diana étouffe un cri.
Si les gardes du corps et la jeune femme restent figés, médusés…
Le comte, lui, explose de rire.
" HA HA HA !
— Son… son visage… ? Qu’est-ce que… ?"
Le visage d’Angy est couvert de chocolat, décoré de plumes, et barré d’un énorme trait de feutre.
William, très sérieux :
" Elle voulait jouer."
Simon ajoute :
" Et nourrir les oiseaux.
- and.. se maquiller comme mom..".
Victor essuie une larme de rire.
" Magnifique. Une vraie performance artistique."
Diana ferme les yeux.
" Je vais faire semblant que je n’ai rien vu… pendant cinq secondes."