Dans la voiture qui la ramenait au manoir, Diana souriait. Angy s’était endormie, épuisée après avoir joué avec Victoire à l’inauguration. Enfin… surtout après avoir fait un nombre incalculable d’allers-retours entre l’énorme coffre à jouets et sa copine, pour tout lui présenter.
Le seul point noir de la soirée : elle avait croisé son ex à la sortie, accompagné de sa nouvelle copine. Ils allaient boire un verre. Il n’avait pas insisté en apercevant Jeff.
Dans le rétroviseur, le garde du corps l’observe. Le sourire de Diana vient de s’effacer. Elle a l’air soudainement contrariée :
"Tout va bien, mademoiselle ?
— Hum ? Oh… oui, ça va. Un peu fatigant, mais toujours plus… classe qu’une distribution de nourriture.
- Monsieur râle beaucoup, mais au fond, il apprécie ce que vous faites. Tout s’est arrangé avec Maître Verniers : l’association a retiré sa plainte. Lynx s’en sort avec une engueulade… et Henry l’a condamné à pelleter le crottin. Il faut juste qu’il ne recommence pas.
— Je ne lui ai rien demandé, si c’est ce que vous sous-entendez.
- Je ne sous-entends rien, mademoiselle.
— Bien sûr… J’aurais très bien pu y aller seule, à cet événement. S’il m’a imposé votre présence, c’est pour me faire parler. Parce qu’il a encore peur que je vrille. Comme avant".
Il sourit. :
" Ne lui en voulez pas… il a juste peur que votre ex vous perturbe.
— Je lui ai dit que ce n’était pas le cas. Il me rappelle surtout un passé que je préfère laisser derrière moi… une version de moi, surtout. Et cette version me ramène à Gregory.
— Vous n’avez pas encore fait votre deuil. C’est normal.
- Je ne sais même pas comment on fait le deuil de quelqu’un qui nous a fait du mal… et qui compte quand même.
— Vous ne l’avez pas aimé, mademoiselle. Ce n’était pas de l’amour, mais un attachement. Une dépendance affective.
— Je sais… mais une part de moi veut l’oublier, le détester. Et une autre refuse de le laisser partir.
- Il faut du temps. Vous avez l’impression que ça fait longtemps, mais pour le corps et l’esprit, c’est encore récent. Vous portez encore les séquelles."
elle essuit une larme :
« Je ne sais pas comment faire… C’est vrai que je suis un peu perturbée, mais… promis, je ne suis plus comme avant.
— Tant que vous ne vous mettez pas en danger.
— Le vrai danger, c’était les autres mères hystériques. Surtout cette saloperie de Priscilla.
- Vous avez très bien défendu Victoire. Votre répartie s’améliore.
— Philippine perd toujours ses moyens quand il s’agit de la petite. Heureusement, elle va bientôt épouser Vincente : plus personne n’osera lui dire quoi que ce soit.
Laissez-moi dans la cour, je vais finir à pied. Angy se réveille.
— Comme vous voulez, mademoiselle." Elle ajoute...:
" merci... de m'avoir écouté...".
C’est à pieds, que William aperçoit sa compagne et sa fille, rentrer.. il ouvre la porte à Liam qui court à leur rencontre :
« mom !! Mom !! »
il embrasse sa sœur :
« hello little sister.. tient, je t’ai ramené une little car ! J’ai payé avec mes sous..
- tu as des sous toi ?
- yes, c’est tonton Alex qui me les as donnés.. »
il lui tend les bras et elle le prend :
« C’etait bien avec tonton..?
- yes ! Et on a vu Tom avec tonton ! Et c’etait croc drôle ! Parceque du coup tonton Alex, il était avec son tonton aussi ! And you ? C’etait bien ?
- moui.. c’etait marrant.. un peu long.. mais, je t’ai trouvé quelques nouveaux vetements.. on les essayera demain
- des vetements neufs..? But mom.. et la planete ?
- c’est une marque qui fait attention à la planete, les vetements sont fait pour durer tres longtemps, et petite soeur pourra les mettre apres toi, il y a des renards dessus
- cool !
- est ce qu’on irais pas à la douche ? Tu sens la voiture..
- ho yes.. un monsieur m’a laissé toucher un moteur ! Un vrai ! Et je suis montée dans toutes les voitures ! ».
Elle sourit.. le terrain où ils faisaient leurs spectacles était à Victor.. il leur louait chaque année pour pas grand chose.. mais ça permettait un revenu supplémentaire aux commerçants du quartier, car ça attirait du monde et une distraction pas chère à la population..
Angelina trottine vers son père et lui montre sa voiture qui clignote :
« beautiful sweetie.. va montrer à parrain.. ».
William sourit et embrasse sa compagne :
« hello.. ma gauchiste préférée..
- merci d’avoir rien dit..
- de rien.. j’espere que je serais.. recompensé.. Alex est là..
- chouette.. il fait des crêpes ?
- evidemment.. ».
Elle enlace son ami par derrière :
« Salut beau gosse..
- salut ma jolie, quoi de neuf depuis tout à l’heure ? T’as des nouvelles copines ?
- on m’a proposé qu’Angy soit mannequin pour la prochaine collection.. alors.. j’ai eu beaucoup de regards noirs.. jusqu’à ce que je dise non.. puis j’en ai re eu quand j’ai proposé de demander à Philippine.. pour plus de diversité..
- tu m’étonnes..
- je vois Charles ce soir..
- je sais, c’est pour ça que je viens squatter ».
Il l’embrasse sur la joue et elle part donner une douche à son fils. Pendant ce temps, William s'occupe de leur fille, qui tient à garder une crêpe avec elle, sans la manger.
Diana laisse son fils aux deux hommes, mais se résout à prendre Angy, qui préfère rester avec elle. Blake sourit tendrement :
" je crois que tu lui manquais trop depuis dix minutes
- ma belette.. pourtant je veille à toujours passer le plus de temps possible avec eux..
- Angy a été fille unique quelque temps.. je crois qu'elle aime toujours avoir ses parents rien qu'à elle, surtout sa maman
- tu crois..?
- et puis, je lui ai interdit de prendre ma prothèse alors.. elle va bouder jusqu'à demain
- ha.. oui c'est surtout ça.. et bien, viens ma chérie, on va retrouver tonton Charles.. et peut être que Catherine sera là..
- si tu veux, tu peux passer la soirée au manoir, on peut se débrouiller avec Alex et Liam
- pourquoi pas.. c'est vrai qu'on avait promit de passer du temps, chacun, avec un enfant, pour avoir des moments de qualités
- yes.. et des soirées rien que nous deux aussi
- je pensais à ce week end..".
Ils s'embrassent sous l'oeil de leur fils qui grimace..le major lui ébouriffe les cheveux en riant. Diana prend le porte-bébé et y installe Angelina, avant de prendre la route du manoir.
Fenrir vient à leurs rencontres, pour le plus grand plaisir de la fillette qui aboye pour le saluer :
" Angy.. sois sage mon grand, oui, tu es beau ! c'est toi le plus beau ! t'es un bon chien.. viens !"
c'est avec lui, qu'elle rentre dans le salon , où l'attend son demi-frère :
" Roussy.. je commençais à m'inquiéter
- j'ai dû doucher Liam, il sentait la vieille voiture.. on va dans mon bureau ?
- je te suis.. tu veux la laisser à Cathe ?
- non, je vais la garder, viens Fenrir..".
Les deux frères et sœurs s'enferment dans la pièce, et mettent de la musique. La jolie rousse pose sa fille par terre et fait monter le chien sur un fauteuil :
" pas bouger.. alors Charly ? tu as du nouveau ?
- j'ai les résultats pour Eddy.. je ne les ai pas ouvert..
- on devrait peut- être le prévenir ?
- je le ferai dès que l'agence m'aura donné la réponse.. il a demandé de chercher, si il est de ses parents, tu dois ouvrir ..
- ça me stresse un peu.. imagine, il est bien d'Hector..
- allez.. tu es la détective.. du courage..".
Elle soupire..
et se lance ..
elle déchire l'enveloppe et commence à lire les résultats..
en la voyant se ronger les ongles, il devine la réponse :
" c'est leur demi-frère ?
- heu.. apparemment oui.. mais.. y'a un autre truc.. visiblement, l'Adn d'Edmond est trop éloigné de celui de sa mère pour que se soit vraiment sa mère..
- hein !? montre !"
il lui prend la lettre et fronce les sourcils :
" ho ben ça ! merde.. c'est assez proche pour.. une soeur..
- sa mère c'est sa demi-sœur ?!
- l'hypothèse, c'est que la mère d'Edmond, a eu un transfert d'embryon fait à partir de l'ovule de la mère de Catherine et d'Hector..
- beurk.. les deux ensemble.. c'est.. dégoûtant.. ça me donne un peu la gerbe.. tu crois que sa mère est au courant..? cette vieille peau a pu manipuler sa fille chérie..
- ça.. c'est à l'agence Double D de le découvrir Roussy.. je vais donner rendez vous à Edmond des demain.. ho merde.. ça va être dur de ne pas rire devant Victor..
- y'a rien de drôle.. ça lui fait de la peine, je le sais.. il en souffre, même si il ne le dit pas
- justement.. mieux vaut en rire, d'ailleurs, du nouveau pour le furet ?
- ils reviennent demain, ils ont trouvé un os.. qui pourrait être le doigt .. alors.. L'ami de Lynx pense que la bague n'est pas loin.. j'y vais demain.. voir le père de Guillaume..
- j'essaierai de distraire Victor.. pour qu'il ne pense pas à toi
- j'espère qu'il ne me fera pas
chaperonner par Jeff.. je l'aime bien, mais c'est une balance.. je suis sur qu'il est en train de lui raconter que j'ai du mal à faire mon deuil..
- Jeff t'adore.. il sait ce qu'il peut dire à Victor et ce qui est vraiment intime..
- moui.. je pense qu'il lui dit tout.. bon.. en fait Charles .? si quelqu'un voulait récupérer l'enfant d'Aicha ? tu crois que se serait pour les mêmes motivations que ton père..?
- possible.. si tu savais tout ce qu'on peut faire avec de l'argent.. en fait.. mon père donne une réception demain soir.. il aimerait t'inviter.. avec William..
- il me méprise toujours ?
- sûrement, mais il essait de me faire plaisir pour que je defende un de ses amis, Victor et Catherine sont invités aussi
- pourquoi pas... j'espère qu'on aura vite les résultats pour l'enfant.. je ne suis pas tranquille.. je vais le faire surveiller par Lynx.. bon, viens Angy.. allons faire nos yeux doux pour dîner ici ce soir..
- tu n'as pas besoin de demander tu sais..
- oui, mais c'est plus polie, allez Fenrir, viens mon chien..".
Ils partent à la recherche du majordome, qu'ils trouvent en arrivant au salon :
" bonsoir monsieur Gustave
- bonsoir Mademoiselle.. mademoiselle Angelina.. souhaitez vous rester dîner ce soir ?
- j'allais vous demander si c'était possible..
- bien sûr.. Madame sera ravie, et Monsieur le comte aussi, toujours de la purée de brocolis pour Mademoiselle Angy ?"
l'enfant pousse un cri de joie.. elle raffole des brocolis.. de manière générale, elle raffole de tout les légumes, tant que c'est pas ses parents qui les cuisinent.. le trio entre dans le salon, et retrouve la comtesse qui sourit :
" tu as bien fait de rester dîner trésors.. venez vite me voir "
elle tend les bras à sa petite fille adoptive qui babille joyeusement.
Diana s'installe à côté sur le canapé :
" on essaie de passer du temps chacun avec un enfant..Liam aime ça.. alors vu qu'Alex est chez nous.. une soirée entre hommes ne peut pas lui faire de mal..".
Charles acquiesce :
" et puis, moi, je profite de ma petite sœur d'amour.. bien que la compagnie de mes meilleurs amis me comble toujours de joie..".
Fenrir couine et jappe doucement quand Victor passe la porte, il lui caresse le flanc :
" bon chien.. Gustave m'a dit que mes deux anges préférés restaient dîner ?"
son ami lui tend un verre :
" je compte dans les deux ?
- toi, tu es loin d'en être un..
- tu m'en veux encore pour tout à l'heure ?
- voyons.. tu ne faisais que ton travail.. "
il sourit à sa petite fille qui tente de s'approcher de son mollet :
" aussi discrète que ta mère..".
Il l'a laissé mordiller son pantalon, comme il ne réagissait pas, elle se lassait vite. Il s'assoit à côté de sa protégée :
" l'inauguration s'est bien passée ?
- oui.. comme j'ai fait du tri tout à l'heure, j'ai pu leur prendre quelques vêtements neufs..".
Il sourit, amusé :
" tu as de la chance que tout se soit bien fini..
- c'est la meilleure... c'est vous qui teniez absolument à entrer sur cette propriété privée.. si vous étiez aller ailleurs, il n'y aurait eu aucuns soucis.. vous avez encore les yeux rouge d'ailleurs..".
La comtesse rit :
" pas de disputes vous deux.. allons plutôt dîner.. cette petite termite semble mourir de faim.."
elle prend la fillette dans ses bras et Charles sourit :
" je suis bien d'accord avec Cathe.. même si Roussy a raison..
- ha ! c'est la loi qui le dit ! vous voyez bien !".
Ils se lèvent, et Victor lui pince la nuque :
" la loi interdit aussi le vol je te signale !
- si c'est sur un parent, c'est pas considéré comme tel !
- je suis ton père quand ça t'arrange !
- je vous rassure ! c'est pas souvent !".
C'est avec un petit sourire que Catherine sermonne son ami :
" tu n'as pas pu t'en empêcher..?
- j'aime les voir se disputer.. pas toi ?
- j'avoue que c'est assez amusant.. tu as raison Angy.. bouches toi les oreilles.. maman va dire un gros mot..".
Effectivement.. ils entendent distinctement la jeune femme :
" c'est pas de ma faute si vous vous comportez plus souvent en connard qu'en père !
- et toi en petite peste insolente !
- fallait en adopter une plus moche mais plus sage alors !
- j'aurais peut-être dû adopter Lisa !".
Diana tourne les talons.. et rejoint sa mère adoptive :
" c'est vraiment un abrutit ! vous méritez mieux..
- je sais, mais il est riche.." elle lance un regard moqueur à son mari, et entraîne sa fille vers la salle à manger.
Malgré quelques regards noirs échangés, et quelques coups de pieds, donnés sans faire exprès, par Diana, le dîner se passe plutôt bien.
Angelina s’endort en grignotant son dessert, comme chaque fois qu’elle a bien mangé. Sa mère monte alors dans sa chambre pour la coucher. En caressant doucement son visage, elle est submergée par une vague d’émotions.
Quand Angelina dort, elle a toujours cet air un peu renfrogné… mais sous les caresses, peu à peu, ses traits s’adoucissent, se détendent. Elle est si belle. Ses longs cils reposent sur ses joues rebondies, ses boucles blondes encadrent son visage paisible.
Sa mère se penche et l’embrasse tendrement sur le bout du nez.
« Je t’aime, ma belette… J’espère que ta vraie maman ne te manque pas trop, et que tu es heureuse avec nous. Les débuts ont été un peu compliqués, c’est vrai… mais ce n’était pas de ta faute. Papa et moi, on a fait des erreurs, tous les deux. Maintenant, tout ça est derrière nous. Et même s’il y a Liam, ça ne change rien : on t’aime très fort. »
Elle attrape le babyphone et retourne au salon. Victor est en train de boire un verre avec sa femme et leur ami. Elle s’assoit à côté de lui.
" Désolée pour tout à l’heure…
— C’est moi qui m’excuse. C’est vrai que tu peux être insolente et insupportable parfois… mais jamais je n’aurais adopté une autre que toi."
Elle pose la tête sur son épaule, attendrie.
" Je vais peut-être rester dormir. Angy fait souvent des nuits complètes ici.
— C’est parce qu’on met des somnifères dans sa purée.
— Haha… Et toi, Charles, tu fais quoi ?
- Je vais sûrement rentrer chez mon père. J’ai encore un peu de travail, et la gouvernante commence à me faire la tête… Je ne la vois plus autant depuis que je suis avec Alex.
— Tsss… les riches et leurs problèmes de petit personnel…"
Il l’embrasse sur la joue
"Tu devrais venir chez moi de temps en temps. Tu ne viens jamais.
— Je n’aime pas ton père… mais je viendrai demain à sa soirée. J’espère que William pourra venir.
Charles se lève et prend congé de ses amis, puis de sa sœur.
— Je vais aller dire au revoir à Alex. Je lui demanderai au passage.
— Merci…".
Catherine repose délicatement sa tasse de thé.
" Bon… il va te falloir une robe. Voyons. Son père est un catho de droite, très à cheval sur les traditions… enfin, surtout quand ça l’arrange.
— Évidemment.
- Il te faut quelque chose qui couvre les cuisses et les épaules. Pas de blanc. Ni de bleu pâle.
— Laisse-moi deviner… je ne suis pas assez pure pour la couleur de la Vierge ?
— Voilà. Tu suis très bien.
Et pas de tailleur-pantalon, j’imagine que tu t’en doutais.
- J’aurais tenté le costume trois-pièces, mais je sens que ça passerait mal.
— Hélas. La bleue nuit sera parfaite : élégante, sobre… presque inoffensive.
Tu as une médaille de baptême ?
— Non. Je ne suis pas catholique. Mais j’ai une croix.
- Ça fera illusion. Talons carrés, collants fins. Et essaie de t’attacher les cheveux.
— Pour ne pas provoquer les foules ?
— Exactement. Il y aura beaucoup de gens… disons…
— Fermés d’esprit et moralisateurs ?
— J’allais dire très attachés à leurs valeurs, mais oui.
- Pfff… je n’irai pas avec les enfants, alors. Et pour le maquillage ?
— Très léger. Trop, ce serait vulgaire."
La comtesse esquisse un sourire faussement sévère, clairement moqueur.
" Évidemment. On ne voudrait pas scandaliser la bonne société."
Victor grimace.
— Je n’aime pas ce genre de soirées… Si quelqu’un te manque de respect, préviens-nous.
— Promis. Guillaume sera là, de toute façon.
— Hum…
Sa femme sourit.
— Il n’a pas voulu se joindre à nous ce soir. On devrait peut-être lui proposer un studio, ce serait plus pratique avec Tom.
Diana fait la moue.
— J’ai essayé. Il ne veut rien, juste la chambre. Il refuse de profiter.
— C’est tout à son honneur. Il a beaucoup changé. Je suis rassurée qu’il soit avec toi, trésor.
— Oh oui… Il me connaît presque aussi bien qu’Alex. Il sait quand je veux me taire, ou quand j’ai besoin de parler sans m’arrêter… tous mes petits tics quand je suis mal à l’aise.
"Tu n’as plus de soucis à l’école, d’ailleurs ?
— Non… enfin, elle ne me regarde plus en chuchotant.
Sa mère l’embrasse sur le front.
— Tant mieux. Ça te chagrinait beaucoup trop. Je vais dans mon bureau, ne vous disputez pas.
Son mari sourit.
"Oh… je ne promets rien."
Diana lui tire la langue, puis rassure sa mère adoptive :
" Je resterai calme. Je ne l’insulterai pas. Parce que je suis adulte."
Quand Cathe quitte la pièce, le commissaire se tourne vers sa protégée.
— Est-ce que je peux t’aider à faire ton deuil, mon ange ?
Elle soupire.
"Je ne sais pas… Je fais tout ce que dit mon psy. J’avance, un peu. Je m’occupe des enfants, je laisse Will m’aider, je prends du temps pour moi, pour William, pour les autres…
Mais j’ai toujours l’impression qu’il manque quelque chose. Comme quand Jenny est morte. À l’époque, c’était normal : c’était ma sœur, j’ai grandi avec elle. Dix-neuf ans…
Lui, je ne l’ai connu que six mois. Un peu plus, si on compte après. Je ne devrais pas le pleurer…"
Elle se réfugie dans ses bras.
" Je sais que vous me comprenez… mais je ne sais même pas comment faire. Alors comment les autres pourraient m’aider ? Être là me suffit. Et vous… ?
— Moi… mon père est mort depuis longtemps, pour moi. Et Gregory… parfois, celui qu’il était avant me manque. Avec le recul, je crois qu’il était malade depuis très jeune.
— Ce n’est pas parce qu’il m’a fait du mal que vous n’avez pas le droit d’être triste.
- Je sais…
— Dites… euh…
— Oh non. Tu vas me demander quelque chose qui ne va pas me plaire.
— Est-ce que je peux retourner à la maison de retraite demain, s’il vous plaît… ?
— Diana…
- La dernière fois, tout s’est bien passé. Jeff peut en témoigner. Je veux juste voir le père de Guillaume et la mamie d’Alex. Je vous demande l’autorisation, en plus.
— Alexis devait y aller aussi. Allez-y ensemble.
— Vous me faites chaperonner… mais c’est mon meilleur ami, alors j’accepte.
— Vincente est libre après-demain pour ton affaire.
- Parfait. Je sens que ça va être une soirée merveilleuse.
— Si tu n’es pas ouverte à la discussion, ce sera forcément houleux.
— J’allais vous dire la même chose.
— Tu es sacrément gonflée.
— J’ai dû prendre exemple sur vous."
Elle se dégage de ses bras et esquisse un sourire.
"Au fond, je trouve ça plutôt amusant que vous me surveilliez.
— Ça me plaît aussi… tout dépend de ce que je vais découvrir.
— Sauf s’il n’y a rien à découvrir."
Il s’approche et lui attrape les joues d’une main.
" Si tu veux jouer, mon ange, on joue. Mais ne viens pas pleurer si tu perds."
Elle se dégage en grimaçant.
" Je ne pleurniche pas !
— Tu as pleuré quand j’ai gagné aux échecs la semaine dernière.
— C’était les hormones.
— Mauvaise foi.
— Justement… je crois qu’elles reviennent. Je vais me coucher.
— Bien sûr. Va bouder, mon petit canard."
. Elle fronce les sourcils :
" Je vous déteste…
— Moi aussi, je t’aime, mon ange."
Sa moue boudeuse se transforme en sourire furtif. Elle l’embrasse vite sur la joue.
" Bonne nuit, Victor."
Il la retient et l’enlace.
" Bonne nuit, ma gauchiste préférée. J’ai hâte de te voir demain, au milieu de tout ce que tu détestes.
— Pfff… je ne répondrai même pas."
Elle se dégage et file dans sa chambre.
Elle envoie un message à William pour se rassurer, il répond : Alex reste dormir. Même s’il la désire terriblement, elle lui répond :
" Si Alex est là, peut-être que tu peux me rejoindre… Dans une heure, je dormirai. Décide-toi vite.
— Je pensais exactement la même chose ! J’arrive !
— Je t’attends."
Puis elle débriefe rapidement avec Guillaume et Khais :
— Bon… félicitations, Guillaume. Tu es grand frère.
— Oh non… franchement, ça craint. Il est chelou.
— Heureusement qu’Alex n’a pas couché avec. Comme quoi, l’instinct… Bref. Charles lui donne rendez-vous demain. À voir s’il veut que je sois là.
Khais, demain à la maison de retraite il y aura Alex. Tu joues juste le chauffeur, il ne faut pas qu’il comprenne que tu connais Serpent.
— T’inquiète, Renarde. Je serai discret. Et le doigt ?
— Planque-le bien. Dès qu’on a l’anneau, on l’envoie à la police. Je suis sûre que tout ça est lié aux cambriolages.
Bon, Will arrive. À demain.
Elle n’a pas le temps de lire les réponses. La porte s’ouvre, et le capitaine se précipite pour embrasser sa compagne.
" Ma future femme… j’ai très envie de toi, là, maintenant.
— Chut… ne réveille pas Angy ou tout est fichu. Viens, dans la salle de bain."
Elle l’entraîne avec elle. Leurs gestes sont pressés, fébriles, tandis qu’ils se déshabillent mutuellement. Diana se mordille la lèvre, le regard brillant.
"Bon sang… tu es terriblement sexy. Tu as pris un kilo ou deux, non ?
— Le fauteuil roulant n’a pas vraiment aidé, je crois.
— Tes abdos sont un peu plus moelleux… j’adore."
Elle le pousse doucement contre la vasque, l’embrasse avec envie, puis grimpe sur le meuble.
" Ça ira comme ça ?
— Oui… ne t’inquiète pas.
- Il dépose des baisers lents et tendres, et la pièce se remplit de leurs souffles mêlés"
Elle chasse ses pensées intrusives. Ce n’était vraiment pas le moment de lui parler de ce demi-frère inattendu — et encore moins du lien avec Catherine, si sa mère biologique était bien cette vieille harpie. Elle grimace, ce qui l’inquiète aussitôt.
" Je m’y prends mal ?
— Non… je pensais à quelque chose, mais ce n’est pas important."
Elle secoue la tête, s’apaise.
" C’est passé. Je suis toute à toi.
— J’y compte bien. Je ne veux pas te partager ce soir. Même pas en pensée.
— Je ne pensais pas à quelqu’un d’autre.
— Et à une autre ?
— Non plus.
— Dommage… ça aurait pu me plaire.
— Un jour, peut-être…"
Diana rougit. Elle ne se sentait pas vraiment bi, mais certaines femmes l’attiraient, par leur beauté, leur présence. Désir ou simple jalousie ? Elle n’aurait su le dire.
Un soupir de contentement lui échappe. Il la connaît par cœur, sait exactement comment la faire frissonner. Elle le retient doucement, juste avant de perdre pied trop vite, savourant encore l’instant.
Elle l’encourage d’un léger mouvement, le laissant mener la danse. Depuis son amputation, certaines positions étaient devenues plus compliquées ; souvent, elle prenait le dessus. Blake en éprouvait parfois une frustration silencieuse, lui qui avait aimé être plus… sauvage autrefois.
Elle embrasse son cou, ses épaules, lentement. Son regard glisse jusqu’à sa prothèse.
"J’adore ton corps… tout ton corps.
— Thanks, Foxy. Le tien n’est pas mal non plus. Tu veux qu’on termine autrement… ?
— Comme ça, ça me plaît. Et toi ?
— Moi aussi. Comme ça, je peux toucher tes fesses."
Il rit, puis l’embrasse avec fougue. Le rythme s’intensifie, jusqu’à sentir ses ongles se planter dans son dos. Il adorait ce petit détail, quand ses orteils s’écartaient juste avant qu’elle ne lâche prise — terriblement mignon.
Quand tout retombe enfin, il embrasse le bout de son nez.
"I love you… my wife.
— N’allez pas trop vite, capitaine. Je peux encore changer d’avis.
— Oh… c’est donc pour ça, ce dîner avec Vincente ? Tu hésites encore ?
— Hum… il est très beau, tu sais…
— Peut-être. Mais moi… je te fais très bien l’amour.
— Redis-le.
— Oh… je fais bien l’amour.
— J’adore ton accent. D’accord… je te choisis.
- ouf.. me voilà rassuré..
- j'ai hâte d'être Madame Blake.. madame Blake Roux De Saint- Martin..
- yes.. j'ai hâte qu'on se marie.. c'est bête mais.. j'ai toujours l'impression que tu n'es pas vraiment ma copine.. comme si on étaient pas vraiment un vrai couple..
- c'est vrai.. je n'aime pas le reconnaître, parce que j'ai l'impression que c'est assez patriarcale..mais moi aussi j'ai l'impression qu'on est pas un vrai couple.. que n'importe qui peut nous séparer du jour au lendemain.. Cathe et Victor.. ils sont tellement soudés.. rien ne les sépare jamais...
- c'est vrai.. ils s'aiment vraiment.. mais je suis sur qu'on s'aime au moins autant qu'eux..."
ils échangent des tendres baisers et le capitaine se rhabille :
" tu veux que je reste..?
- ça m'embête qu'Alex se retrouve à garder Liam.. mais, je peux rentrer avec Angy..
- se serait dommage de l'a réveiller..
- profite de cette nuit de célibataire Angel..
- je vais passer la nuit au bord de mon lit, si je ne finis pas poussé par mon meilleur ami ou mon fils.
- Liam ne ronfle pas aussi fort qu'Alex, mais il gigote beaucoup... moi je vais très bien dormir...
- comme toujours après un orgasme... un vrai mec.."
elle lui tire la langue :
" jaloux..." .
Ils s'embrassent une nouvelle fois, et William se penche sur sa fillette :
" good night sweetie... daddy t'aime fort..".
Il dépose un b****r sur son front et quitte la pièce.. Diana se précipite à la fenêtre pour le regarder s'enfoncer dans la nuit.. elle lui souffle un dernier b****r avant qu'il ne disparaisse.. la jeune femme se glisse dans ses draps.. Elle y trouve sa fille... elle avait dû se glisser dedans, pendant qu'elle était à la fenêtre.. elle carresse ses boucles blondes et retire les couvertures..
Elle s'endort, bercée par le souffle et les petits bruits de sa fille. Demain, elle allait avoir une grosse journée.. la soirée allait être difficile et pénible.. mais c'était aussi l'occasion de fréquenter des personnes qui pourraient être des clients potentiels..
Dans son bureau, au bout du couloir, Victor échange quelques mots avec Jeff.
"Alors… du nouveau ?
— Rien, patron. On a fouillé la chambre de Guillaume, celle de Lynx aussi. Rien à signaler."
Victor serre la mâchoire.
"Elle m’a presque avoué qu’elle cachait quelque chose. Et qu’elle adorait jouer au chat et à la souris. Tu connais Diana… elle triche toujours quand elle joue.
— Vous pensez qu’elle cache quoi, exactement ?
— Aucune idée. Son ex. Son deuil. Gregory lui a laissé son manoir… est-ce qu’elle y retourne ?
-Non, monsieur. Peut-être que vous vous inquiétez trop à propos de cette agence. Vous voulez qu’on s’y replonge ?
Victor plisse les yeux.
— Je vais finir par croire que tu la couvres."
Jeff soutient son regard, imperturbable.
" Vous savez à quel point j’apprécie votre fille. Mais ma loyauté ne s’achète pas avec un battement de cils."
Un silence. Puis Victor esquisse un rictus.
" Bonne réponse. Tiens… prends un verre. Et parlons de cette agence."