Trois semaines après avoir obtenu son diplôme, Marcia se trouvait à l'hôpital, déshydratée, en état de dépression et émaciée.
Elle était hospitalisée et ne s'alimentait que par intraveineuse, car elle refusait toute nourriture, refusait de parler et refusait même de regarder qui que ce soit.
Sa mère était assise au bord de son lit d'hôpital, se tordant les mains, tandis que son père se tenait debout, les bras croisés sur son large torse, regardant sa fille d'un air découragé.
Il fixait la jeune fille allongée sur le lit, comme s'il la reconnaissait à peine. Contrairement à son personnalité énergique et positive, ses yeux vifs et son large sourire, la jeune fille allongée sur le lit avait le regard trouble, les lèvres sèches et gercées, et la peau cireuse.
La mère de Marcia, le front plissé, toucha le bras de son ex-mari. « Raymond, qu’est-ce qu’on fait ? » demanda-t-elle d’une voix douce.
Raymond jeta un coup d’œil à son ex-femme, une femme grande et mince aux cheveux noirs et aux yeux bruns, tout comme ceux de leur fille. « Je ne sais pas, Tracy », répondit-il d’une voix rauque et à peine audible, contrairement à son ton habituellement doux.
C’est le même ton que Marcia a quand elle parle, songea Tracy ; ... quand elle parle, se répéta-t-elle tristement, reportant son regard sur son enfant allongée dans le lit d’hôpital. Elle n’a pas parlé depuis plus de dix jours.
La porte s’ouvrit et une jeune femme entra – aux cheveux bruns et aux yeux bleus, tout comme le père de Marcia.
« Annette », croassa sa mère.
« Salut, maman. Salut, papa », dit Annette en entrant, prenant la main de sa mère et jetant un regard triste à son père. « Toujours rien ? »
« Toujours rien », répondit sa mère.
Annette s’approcha du lit, passant derrière sa mère. Elle posa une main sur les pieds de sa sœur. « Ah ! » soupira-t-elle, « Marcia, ma Marcia, que s’est-il passé ? Que t’arrive-t-il ? »
Pour la première fois de la matinée, Marcia porta son regard sur les personnes qui l'entouraient. Son regard se posa sur sa sœur aînée, Annette, et soudain, ses yeux se remplirent de larmes qui coulèrent sur son visage.
« Oh non, Marcia, non. Ne fais pas ça. Ce n'est pas nécessaire », dit Annette doucement, se précipitant vers Marcia et s'asseyant à côté d'elle sur le lit, essuyant les larmes des yeux de sa sœur.
Elle n’avait jamais été aussi pitoyable, même lorsqu’elle était sans cesse hospitalisée dans son enfance, songea Annette.
Annette, de quatre ans l’aînée de Marcia, était assez grande pour se souvenir de l’époque où Marcia, enfant, était souvent à l’hôpital pour une urgence, une crise ou une crise cardiaque, quand Marcia était bien plus jeune.
Marcia essaya de parler, mais sa bouche était trop sèche.
« Tiens », dit son père en tendant à Annette une tasse de glaçons. Elle en mit un dans la bouche de Marcia .
La fraîcheur de la glace surprit Marcia, mais elle était trop faible pour réagir ou même la recracher. Elle endura donc la sensation tandis que la glace se réchauffait, fondait et que l’eau glissait dans sa gorge.
Finalement, elle parla à travers ses lèvres gercées, d’une voix à peine audible. Annette se pencha, l’oreille contre les lèvres de Marcia. En se redressant, le regard fixé sur sa sœur, son visage reflétait un torrent d’émotions jusqu’à ce que, finalement, deux sentiments : la colère et la détermination.
« Eh bien, dit Annette d’un ton ferme, je ne peux pas dire que je comprends ce que tu ressens, mais je sais que tu dois faire autre chose que d’attendre quelqu’un qui a disparu. On n’a aucune nouvelle de cadavres, et sa famille n’est pas en deuil, ni n’a signalé à la police qu’il avait disparu ou avait été enlevé. Donc, manifestement, il est toujours en vie quelque part et a simplement décidé de se cacher. »
« Ce n’est pas notre problème. Notre problème, notre seule préoccupation dans cette famille, c’est toi. »
Tandis qu’elle parlait, ses parents s’approchèrent du lit ; la mère de Marcia, Tracy, s’assit à côté de sa sœur, Annette, et le père de Marcia, de l’autre côté du lit, s’avança et posa doucement sa main sur l’épaule de Marcia.
Cela Cela faisait près de sept ans que toute la famille ne s’était pas retrouvée dans la même pièce, songea Annette avec amertume. Eh bien, c’est au moins une chose pour laquelle nous pouvons remercier ce Jullian.
À voix haute, Annette poursuivit : « Et pour nous, en tant que famille, nous avons besoin que tu prennes soin de toi, Marcia. Alors, voici ce que nous allons faire... »
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Quatre semaines plus tard, Marcia se trouvait à l’aéroport international de Miami, en route pour l’Europe.
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Elle se souvenait de son séjour en Europe. Loin de tout et de tout le monde. Elle se remémora ses souvenirs de cette époque.
Les premiers mois furent les plus difficiles : s’adapter au climat, aux gens et à l’éloignement de tout le monde.
Puis, peu à peu, au fil du temps, au fil des saisons, à mesure qu’elle sortait davantage et parlait davantage avec les autres – des gens venus d’horizons divers, avec des espoirs, des rêves et des perspectives différents – elle a commencé à guérir.
Les conversations avec des inconnus – sur la plage, à la montagne ou au magasin – des gens qui parlaient différentes langues, ces petites interactions, l’ont aidée à se recentrer et l’ont sortie du gouffre profond dans lequel elle s’était enfoncée.
Au bout d’un an, elle allait beaucoup mieux. Elle n’était pas redevenue celle qu’elle était, peut-être ne le serait-elle jamais, mais elle allait beaucoup mieux. Elle pouvait à nouveau penser à l’avenir.
Une fois la première année passée, elle a pu travailler, et elle l’a fait avec enthousiasme, se battant pour rattraper le temps perdu.
Elle s’est essayée à différentes choses, mais elle a surtout voyagé dans différentes régions d’Europe et a réussi, d’une manière ou d’une autre, à se recentrer sur ce qu’elle aimait par-dessus tout : le vin.
Les vins, les vignobles, les domaines, l'achat et la vente, la collection et le commerce, le processus de vinification et le potentiel d'investissement du vin : tout la fascinait.
Elle avait même passé quelque temps à travailler de ses mains dans un véritable vignoble, avait travaillé dans les bureaux d'une véritable entreprise viticole et avait même vécu près de six mois dans un véritable domaine viticole, en tant qu'invitée d'une famille se consacrant à la production de vin.
À un moment donné, vers la quatrième année, elle a suivi des cours de gestion et obtenu son MBA. Elle avait décidé de se concentrer sur l’aspect commercial de la production viticole, en particulier la vente de vin. C’est ainsi qu’est né le nouvel amour de sa vie, Oltre Bacchus.
Au début, elle s’est installée dans une petite ville d’Espagne. Lorsqu’elle eut gagné suffisamment d’argent, elle quitta l’Espagne pour s’installer dans un petit coin de France. De là, elle décida qu’il était temps de ramener son bébé et elle-même chez elle, à Miami.
Six mois se sont écoulés depuis son retour. Ses journées ont été occupées par la mise en place d’Oltre Bacchus à Miami : trouver des clients, s’organiser avec les fournisseurs, tenir sa comptabilité et faire tout ce qui était nécessaire pour que son bébé prospère ici, dans son État natal.
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Et aujourd’hui, à l’improviste, un fantôme de son passé fait son apparition, comme ça, sans crier gare.
Elle passe la main dans ses cheveux, les ramenant d’un côté de sa nuque. Elle regarde en direction de la voiture de Jullian, qui a disparu depuis longtemps.
Elle fait demi-tour et retourne dans le bâtiment. Ses pensées s’emballent tandis que son cœur bat à tout rompre dans sa poitrine, sachant très bien que tout cela est loin d’être terminé.