Cheick
Le silence dans la salle était devenu organique, presque vivant. Les murmures des élèves s'étaient tus dès que ses doigts avaient rencontré l'acier de mes muscles. Kadi me tenait plaqué contre le mur, et alors qu'elle feignait la colère, je sentais la chaleur de sa paume s'imprimer sur mon sexe à travers le tissu de mon pantalon. Elle serrait. C’était une agression, une provocation, et pourtant, mon corps trahissait ma volonté en réagissant à son contact interdit.La porte s'ouvrit à la volée. Le bruit sec des pas du Proviseur, M. Diop, résonna sur le carrelage.
__ Que se passe-t-il ici ? N'Diaye ? Mademoiselle Sow ?
Lança-t-il d'une voix de tonnerre.Kadi retira sa main si brusquement que l'absence de contact me fit l'effet d'un choc électrique. Elle recula de deux pas, ses yeux brusquement embués de larmes, jouant la victime à la perfection.
__ Monsieur le Proviseur... je suis désolée,
Balbutia-t-elle en tremblant.
__On m’avait prévenue que certains élèves se croyaient tout permis, mais je ne pensais pas... Mon téléphone a disparu juste après qu'il soit passé près de mon bureau.
Le Proviseur fronça les sourcils, tournant un regard sévère vers moi. Derrière lui, deux professeurs de permanence observaient la scène avec une déception visible.
__ Cheick ? Le capitaine de notre équipe ? C’est absurde.
Intervint le prof de philo.
__ Fouillez son sac.
Trancha Kadi, la voix brisée par un sanglot simulé qui me donna envie de rire de rage.Le Proviseur fit signe à un surveillant. Le silence revint, plus lourd. On vida mon sac sur la table. Mes cahiers, mes baskets de rechange, et soudain... le bruit métallique. Un iPhone dernier cri glissa du milieu de mes affaires.
__ Je ne l'ai pas pris.
Dis-je d'une voix calme, presque glaciale.
__ Elle l'a mis là.
__ Assez !
Rugit M. Diop.
__Les faits sont là, N'Diaye. Ton arrogance ne te sauvera pas cette fois.
Il s'approcha de moi, l'air grave.
— Tes parents sont en voyage d'affaires au Gabon, je ne peux pas les joindre immédiatement. Mais sache que ton statut de star du lycée s'arrête ici. Tu es suspendu de l'équipe de basket pour une durée d'un mois. Pas de match, pas d'entraînement.
Le coup fut dur. Le basket était mon seul exutoire. Je sentis mes poings se serrer jusqu'à ce que mes articulations blanchissent. Je fixai Kadi. Elle ne me regardait plus, elle essuyait une larme imaginaire, mais je vis le coin de ses lèvres s'étirer en un sourire narquois que moi seul pouvais percevoir.
__ Et pour que tu réfléchisses à ton acte.
Continua le Proviseur.
___Tu feras deux heures de colle immédiates. Puisque Mademoiselle Sow doit finir ses rapports, c'est elle qui te surveillera ici même, dans cette salle.
Les autres élèves furent évacués. La porte se referma dans un déclic sinistre. Nous étions seuls. La lumière du soleil couchant filtrait à travers les persiennes, découpant des ombres zébrées sur le sol.Je restai debout, immobile, le cœur battant à tout rompre. Kadi posa son sac sur le bureau, s'assit lentement, et croisa ses jambes gainées d'un collant fin. Elle n'avait plus rien d'une victime.
__ Alors, Capitaine..
Murmura-t-elle en sortant son téléphone de sa poche (celui qu'elle venait de récupérer).
__ On fait moins le malin quand on est privé de son précieux ballon, n'est-ce pas ?
Elle me fixa intensément, un éclat de folie et de désir dans les yeux.
— Viens ici, Cheick. On a deux heures à tuer. Et je crois qu'on a beaucoup de choses à apprendre l'un de l'autre...