Préfaced’Alfu
Les Héros de la vie privée paraît dans Le Petit Moniteur, du 16 mai au 26 novembre 1868, période au cours de laquelle se termine la publication du Forgeron de la Cour-Dieu dans La Presse et se déroule la publication de La Femme immortelle dans La Petite Presse. Ce roman fait suite, dans le même journal, au Grillon du moulin et précède Le Capitaine des Pénitents noirs.
Ponson du Terrail est au sommet — et malheureusement bientôt au terme — de sa carrière ; il enchaîne feuilletons sur feuilletons, avec de plus en plus de facilité et de talent. Brillant conteur, plus que jamais, il alterne les romans d’aventures historiques et les romans contemporains ; ceux du cycle de Rocambole, les « romans de village » et les « romans parisiens », tel ces Héros de la vie privée qu’en deux clins d’œil, il rattache à deux autres de ses romans, comme pour les inclure dans un vaste cycle.
Quand Paul Morgan arrive en Sologne au chevet de son oncle, il apprend que, pour le sauver, on a fait appel en vain au Dr Rousselle, l’un des personnages centraux du cycle romanesque Mon village — dont, entre autres, Le Secret du Dr Rousselle, paru l’année précédente. Ce même oncle a vu son argent placé par un notaire parisien « en première inscription sur de vastes constructions évaluées à cinq millions, et affectées à l’usine de MM. Baül et Tompson, les grands métallurgistes de la Villette ». Ces mêmes métallurgistes sont, eux, les héros d’une des grandes réussites de l’auteur : Les Fils de Judas, paru en 1866.
Le thème du jettatore est, pour sa part, au centre d’un autre roman important : Pas-de-Chance, histoire d’un enfant perdu, publié en 1865. Et le Dr Samuel, dans Les Gandins (1860), tient un rôle en partie similaire. Mais là, comme pour tout ce qui touche au fantastique, Ponson joue sur l’ambiguïté et laisse le lecteur finalement dans l’expectative, convaincu ou non des réels pouvoirs du sinistre personnage.
Les Héros de la vie privée est un des rares romans de Ponson qui n’est pas directement un roman criminel. Mais à l’origine de la quête qu’il développe il y a bel et bien un crime. Il y est question d’héritage mais pas de captation, contrairement à d’autres romans ; toutefois le thème de l’argent à restituer constitue une variante.
On relèvera que l’un des personnages se propose de faire « un petit travail à l’Edgar Poë » au sujet de la lettre en partie détruite ; ce qui prouve que l’auteur, même si on ne peut le classer dans les précurseurs du roman policier, n’était pas totalement étranger au genre en gestation.
Les Héros de la vie privée est avant tout un roman sentimental où l’action est dense. C’est aussi un roman moral dans lequel Ponson affirme ses grands principes sur l’honnêteté, la charité, la fidélité. Ce n’est pas une œuvre maîtresse mais un texte de fort bonne qualité tout à fait représentatif du savoir-faire de son auteur.1
Alfu
1 Pour une approche plus complète de ce roman, lire la notice qui lui est consacrée dans : Alfu présente Ponson du Terrail. Dictionnaire des œuvres (Encrage, 2008).