Prologue-1

1022 Mots
Prologue Des siècles auparavant : Aikaterina était assise au bord de la rivière d’or, ses doigts caressant les symbiotes qui grandissaient et formeraient un jour un compagnon vivant pour un guerrier dragon. Elle en tirait de la force, sachant que l’essence de son sang protégerait les dragons de Valdier pendant de nombreux siècles à venir. Les Valdiers la considéraient comme une « déesse », mais elle n’en était pas une. Les membres de son espèce étaient des vagabonds sans autre foyer que l’univers. Ils vivaient de l’énergie qui les entourait. C’était l’essence de la vie pour eux et sans, ils périraient. À vrai dire, son espèce dépendait probablement plus des Valdiers que le peuple de métamorphes dragons dépendait d’eux. Après tout, la première fois qu’elle était venue sur cette planète, c’était pour mourir. Le courage et l’esprit des Valdiers lui avaient donné une nouvelle vie et en échange, elle leur avait offert un soupçon de son essence : les symbiotes d’or vivant. Au fil du temps, elle avait trouvé d’autres membres de son espèce qui, comme elle, étaient faibles et mourants ; elle les avait alors amenés ici pour qu’ils guérissent. Un sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu’elle vit Arosa et Arilla s’ébattre dans le ruisseau. Bien que les jumelles soient âgées de milliers d’années, elle les voyait toujours comme de très jeunes enfants. Elles lui faisaient penser aux étoiles jeunes. Ayant été témoin de la création de nombreux corps célestes, elle trouvait toujours aussi fascinant d’observer la naissance d’une étoile. Elle avait découvert Arosa et Arilla dans le cosmos des siècles auparavant, leurs vies ne tenant qu’à un fil. Arilla leva la tête, les sourcils froncés, et bougea lentement sa main pour tester l’air. La confusion assombrit les yeux dorés de la jeune déesse. Elle la regarda et pencha la tête. — Qu’est-ce, ce que je sens, Aikaterina ? Cette dernière leva la tête, ressentant elle aussi la perturbation. Elle ferma les yeux et se concentra sur le flot d’énergie qui coulait dans la rivière. Une grande tristesse l’envahit lorsqu’elle reçut une vision de la mort de rares dragons jumeaux, les premiers à être nés. Elle ressentit l’intense douleur de leurs symbiotes qui assistaient à la mort des hommes et des dragons. Ils auraient besoin d’elle à présent. Les symbiotes ne pouvaient survivre là-bas sans leurs dragons. Elle baissa la tête et laissa la vague de chagrin la transpercer avant d’appeler les symbiotes orphelins. Elle se leva et ouvrit un portail afin qu’ils rentrent auprès elle. Derrière eux, elle vit les décombres fumants d’un village et entendit les cris de douleur. Deux dragons identiques gisaient morts au milieu du c*****e. Son regard passa d’eux aux deux jeunes garçons pressés contre le flanc d’une des huttes. Leurs paroles la hanteraient à jamais car en son for intérieur, elle savait que c’était la conséquence de son interférence. C’était elle qui avait fait don des jumeaux au village afin qu’ils en assurent la protection, peu de temps après avoir amené Arilla et Arosa dans ce monde avec elle. — Est-ce que tu penses que… ? murmura le jeune garçon du nom de Calo en fixant la dépouille fumante du dragon vert et blanc. — Non. Tu l’as entendu. Nous mourrons au combat, comme des guerriers, avant qu’on laisse ça nous arriver. Nous ferons ce qu’il faut avant de blesser quelqu’un, répondit Cree, son frère jumeau, les lèvres pincées par la détermination. — Nous mourrons au combat, approuva Calo en regardant le symbiote de leur père le guérir. Ou on mettra fin à nos jours avant de blesser quelqu’un. Les symbiotes de Brogan et Barrack, les premiers dragons jumeaux, tombèrent faiblement à travers le portail, invisibles aux yeux des mortels du village. Aikaterina les caressa pour tenter de leur apporter du réconfort. La forme qu’elle avait prise scintilla et s’effaça partiellement en réaction au pur chagrin que les symbiotes partagèrent avec elle. C’était une nouvelle sensation pour elle, celle d’une douleur et d’une angoisse atroces. La recherche constante de l’espoir, seulement pour se le voir arracher à maintes reprises… et la solitude suffocante de savoir qu’ils ne sentiraient jamais la tendre caresse de la main de leur compagne. Elle n’avait jusqu’alors jamais compris la solitude que les hommes et leurs dragons ressentaient. — Qu’y a-t-il, Aikaterina ? demanda Arosa, venant vers elle en flottant. Que leur arrive-t-il ? — Sont-ils malades ? demanda Arilla, inquiète. Aikaterina ordonna aux symbiotes de retourner dans la rivière. Elle fut choquée quand ils résistèrent. Ils connaîtraient une mort certaine s’ils n’y retournaient pas. Elle pouvait déjà voir leur couleur s’estomper à tel point qu’ils étaient presque translucides. Elle réitéra son ordre, un peu plus fermement cette fois. Les créatures se détournèrent d’elle, mais ne retournèrent tout de même pas dans la rivière. Elle les regarda d’un air perplexe reculer dans un coin sombre de la caverne et se blottir l’un contre l’autre. — Les hommes qui leur avaient été donnés sont morts, murmura Aikaterina. — Ne pouvais-tu pas les sauver comme tu nous a sauvées ? demanda Arilla. Aikaterina pouvait comprendre ce qu’Arilla ressentait. Il était difficile de comprendre et d’accepter pourquoi les membres de l’espèce qui leur donnait la vie et qui rendait leur monde intéressant devaient mourir. — Je crains qu’ils n’aient péris à cause de quelque chose que j’ai fait, avoua Aikaterina, se tournant et flottant vers les deux symbiotes. Elle les caressa doucement, leur donnant une grande quantité de son essence. Ils tentèrent de résister, mais elle refusa de les laisser disparaître. Elle les encouragea plutôt à partager tout ce qu’ils avaient vécu aux côtés de Brogan et Barrack avec elle. Plus elle en voyait, plus sa certitude d’être responsable de la dévastation se renforçait. Finalement, elle fit la seule chose qu’elle pouvait afin de soulager leur détresse : elle les plaça dans un sommeil profond. Elle s’éleva dans les airs et traversa la magnifique caverne vers la plate-forme sur laquelle elle avait créé un portail vers l’univers. — Pouvons-nous t’accompagner, Aikaterina ? demanda Arosa avec une expression d’espoir. — Pas cette fois, Arosa. Je dois entreprendre ce voyage seule, répondit-elle en franchissant l’ouverture.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER