Comme une ombre

837 Mots
Le club battait son plein. Les lumières dansaient sur les murs, les verres s’entrechoquaient, et la musique électro résonnait jusque dans ma cage thoracique. Karine, elle, bougeait comme une flamme libre au rythme des basses. Elle me tira par le bras. — Aliaaa ! Allez viens danser ! T’as pas le droit de juste regarder ! Je ris et la suivis. Le sol vibrait sous nos pieds. Je me laissai aller, un peu. Mes épaules se délièrent. Mon regard se perdit dans la foule colorée. Karine dansait comme une folle, les bras levés, les cheveux volant dans tous les sens. Elle était vivante, libre, et pour une fois, j’étais heureuse de l’avoir suivie. Après quelques morceaux, on revint vers le bar, essoufflées et riant comme deux gamines. — Je me sens tellement bien, souffla Karine en s’éventant avec sa main. J’en avais besoin. Toi aussi, tu devrais faire ça plus souvent. Elle avala une gorgée de son cocktail. Je la regardai, surprise. Elle semblait ailleurs. Plus vulnérable. — Tu sais, dit-elle en regardant son verre, des fois, j’ai peur que ma vie soit juste ça… Travailler, sourire, et me battre contre mes angoisses. Je posai ma main sur la sienne, touchée par sa sincérité. — Je comprends. Moi aussi, j’ai peur. Et je me sens seule parfois. J’ai l’impression que je dois toujours tout encaisser sans jamais faiblir. Karine me regarda dans les yeux, émue. — T’es une bonne personne, Alia. T’es forte. Et t’as un grand cœur. Je suis vraiment contente de t’avoir comme amie. — Merci, répondis-je doucement. Et merci à toi pour cette soirée. On se mit à rire à nouveau. Le genre de rire qui soulage. Celui qui réchauffe. Mais dans ce moment suspendu, je le sentis. Un frisson. Une présence. Je tournai légèrement la tête. Deux hommes, assis à quelques mètres, nous observaient. Ils n’avaient rien dit. Rien fait. Mais leurs regards ne m’avaient pas quittée depuis quelques minutes. Ils nous faisaient un petit signe de la main. Sourire aux lèvres. Karine, toujours dans son état euphorique, leur répondit. — Viens, murmura-t-elle. On va pas fuir deux beaux mecs. Ils veulent juste discuter. Je ne répondis pas. Mais je ne refusai pas non plus. Les deux hommes s’approchèrent. L’un était brun, peau mate, un regard mystérieux. L’autre plus grand, les cheveux châtains clairs et un sourire charmeur. — Bonsoir mesdemoiselles. Vous permettez qu’on vous offre un verre ? Karine accepta sans hésiter. Je haussai les épaules. Un verre de plus, et je partirai. La conversation était banale au départ. D’où on venait, si c’était la première fois ici, ce qu’on faisait dans la vie. Mais rapidement, je sentis que quelque chose clochait. L’un des deux — le brun — posait trop de questions. Sur moi. Sur mes habitudes. Sur mes horaires de boulot. Je détournais les réponses, mais mon malaise grandissait. Mon téléphone vibra. Une notification silencieuse. Encore un message anonyme : > "Rouge te va bien. Tu devrais éviter les clubs." Mon cœur s’arrêta. Je me sentais déconnectée de la scène. Je portai le verre qu’ils nous avaient offert à mes lèvres, mais je ne bus qu’une petite gorgée. Quelque chose n’allait pas. Mon corps me l’hurlait, mais ma tête ne comprenait pas encore pourquoi. — Tu vas bien ? me demanda Karine en me regardant. — Oui… oui, je suis juste un peu fatiguée, mentis-je. — Tu veux qu’on bouge un peu ? proposa un des hommes. L’ambiance est bonne, y’a une salle plus calme à l’étage si vous voulez... Je levai les yeux vers lui. Il souriait, mais ses yeux n’étaient pas sincères. Non. Ce sourire-là n’était pas pour me mettre à l’aise. Il me donnait froid dans le dos. — Non merci, dis-je d’une voix ferme. Un léger silence flotta. Karine me regarda, surprise, puis se tourna à nouveau vers les hommes pour détendre l’atmosphère. — Alia a un radar à enfoirés. Si elle dit non, on suit, rit-elle. Ils rirent aussi, mais c’était un rire nerveux. Forcé. Et dans leur regard, je sentis l’agacement. Ou peut-être… quelque chose de plus sombre. Je sortis discrètement mon téléphone. Une fois de plus, une notification silencieuse apparut sur l’écran. > "Ce serait dommage qu’une si belle soirée se termine mal." Je me raidis. Ce n’était plus de la paranoïa. Quelqu’un me suivait. Et il était probablement dans cette salle. Je me tournai brusquement vers Karine. — On part. Maintenant. — Mais... — Karine. Maintenant. Elle me regarda sérieusement cette fois. Elle hocha la tête et attrapa son sac. — On va rentrer, dit-elle aux hommes. Merci pour le verre. Ils ne réagirent pas tout de suite. Puis le brun hocha la tête, un sourire en coin. — Rentrez bien, mesdemoiselles. Je fis trois pas. Trois pas à peine. Mon cœur battait à cent à l’heure. Et là, tout bascula. Ma vue se brouilla. Mon souffle se coupa. Mon corps se déroba sous moi. BAM. Le sol me happa. Le froid me heurta. Et puis… plus rien. Un mur noir. Silencieux.
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