Chapitre 5 — Se regarder sans fuir

489 Mots
Aïcha n’écrivait plus pour prouver quoi que ce soit. Elle écrivait pour respirer. Les mots sortaient parfois lentement, parfois d’un seul coup, comme une digue qui cède. Elle n’embellissait plus sa douleur. Elle la posait. Simplement. Elle comprit quelque chose d’essentiel : elle avait longtemps survécu, mais elle n’avait pas toujours vécu. Elle avait accepté des demi-présences, des efforts incomplets, des silences lourds déguisés en amour. Pas parce qu’elle manquait de valeur, mais parce qu’elle manquait de repos intérieur. Ce soir-là, elle se regarda dans le miroir plus longtemps que d’habitude. Pas pour se juger. Pour se reconnaître. Elle vit une femme fatiguée, oui. Mais aussi une femme debout. Une femme qui avait appris à dire non sans crier. À rester sans se perdre. Elle murmura presque pour elle-même : Je ne veux plus être choisie par défaut. Je veux être choisie consciemment. Le lendemain, elle sortit. Sans attente particulière. Juste pour changer d’air. Dans un endroit simple, presque banal, leurs regards se croisèrent. Rien de spectaculaire. Pas de promesse. Juste une présence calme. Il ne parla pas beaucoup. Il n’en fit pas trop. Il écouta. Et cela surprit Aïcha plus que n’importe quelle déclaration. Ils échangèrent quelques mots, rien de profond, rien d’engageant. Mais en partant, elle sentit quelque chose de nouveau : pas l’excitation… la sécurité. Elle ne savait pas encore si cette rencontre avait un avenir. Et pour une fois, ça ne l’inquiétait pas. Parce qu’elle avait compris l’essentiel : quoi qu’il arrive, elle ne se perdrait plus. Aïcha pensait avoir tourné la page. Pas oublié. Mais rangé. Puis un message apparut sur son téléphone. Un nom qu’elle n’avait pas lu depuis longtemps. Un nom qui, autrefois, faisait battre son cœur trop vite. Son souffle se coupa une seconde. Le passé ne revient jamais par hasard. Il revient quand il sent que tu n’es plus la même. Elle n’ouvrit pas le message tout de suite. Elle posa le téléphone, comme on pose quelque chose de fragile. Son cœur, lui, se souvenait. Elle se rappela cette version d’elle : celle qui attendait, celle qui comprenait tout, celle qui se taisait pour garder quelqu’un. Quand elle finit par lire, les mots étaient simples. Presque banals. Comme si rien ne s’était passé. Comment tu vas ? Aïcha sourit, sans joie. Elle comprit alors que ce message n’était pas une question. C’était un test. Il voulait savoir si la porte était encore entrouverte. Elle sentit une vieille douleur remonter. Pas violente. Mais familière. Avant, elle aurait répondu vite. Pour prouver qu’elle allait bien. Pour montrer qu’elle n’était pas rancunière. Aujourd’hui, elle respira. Elle ne devait plus rien à cette version du passé. Ni explication. Ni disponibilité. Elle écrivit, puis effaça. Puis elle posa le téléphone, sans répondre. Ce soir-là, elle comprit une chose essentielle : le passé peut frapper… mais il n’a plus le droit d’entrer sans invitation. Et en refusant de répondre, Aïcha ne perdait rien. Elle se retrouvait.
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