đ Chapitre 7 â Le Pacte des Veilleurs
Une pluie fine tombait sur les toits de Noxmere.
Les pierres humides reflétaient la lueur des torches qui brûlaient faiblement dans les couloirs du dortoir des Veilleurs.
Kael marchait seul, le pas lourd, le regard perdu.
Les mots de Maßtre Eryndor résonnaient encore dans son esprit :
> Le Sceau du CrĂ©puscule sâest rouvert.
Et câest elle, Kael. Câest Lyra Noctem.
Il poussa la porte de la salle dâentraĂźnement, vide Ă cette heure.
Sur les murs, des épées anciennes et des arcanes gravées rappelaient les guerres passées.
Kael sâapprocha dâun miroir fissurĂ©, posa les mains sur la surface froide.
â Tu savais que ce jour viendrait.
La voix venait de derriĂšre lui.
Une silhouette se dĂ©tacha de lâombre : Commandant Arion Vale, le chef des Veilleurs.
Grand, drapĂ© dâun manteau noir, il portait au cou un pendentif argentĂ© marquĂ© du symbole du Voile.
â Commandant, murmura Kael, la voix dure.
â Tu mâas fait venir ?
Arion hocha la tĂȘte.
â Oui. Pour te rappeler pourquoi tu es ici.
Il lança un petit cristal sur la table. Une image holographique sâalluma : celle de Lyra, inconsciente, marquĂ©e de la flamme lunaire.
â Le Sceau sâest rĂ©veillĂ©. Câest confirmĂ©.
â Et toi, Kael Nohr, tu es celui que le Pacte a choisi pour lâempĂȘcher de brĂ»ler le monde.
Kael serra les poings.
â âEmpĂȘcherâ ? Ou âĂ©liminerâ ?
Un silence.
Puis Arion répondit simplement :
â Si le feu en elle Ă©chappe Ă tout contrĂŽle⊠oui. Tu devras la dĂ©truire.
Kael dĂ©tourna le regard, son cĆur battant Ă ses tempes.
â Vous mâavez envoyĂ© ici pour la tuer depuis le dĂ©but, nâest-ce pas ?
Arion sâapprocha, le regard impassible.
â Ne joue pas les naĂŻfs. Tu es un Veilleur. Tu connais la loi : aucun porteur du Sceau ne doit survivre Ă son Ă©veil.
Kael sentit la rage monter en lui.
Mais au fond, ce nâĂ©tait pas de la colĂšre â câĂ©tait de la peur.
Il revoyait Lyra, allongée sur le sol, son souffle tremblant, ses yeux pleins de lumiÚre et de douleur.
Elle nâĂ©tait pas un monstre.
Elle était juste⊠perdue. Comme lui.
â Et si elle pouvait apprendre Ă le contrĂŽler ? dit-il dâune voix plus douce.
â Et si elle pouvait ĂȘtre diffĂ©rente ?
Arion le fixa, dur.
â Lâespoir est une faiblesse, Kael. Tu devrais le savoir.
â Ce que tu ressens pour elle brouille ton jugement.
Kael se figea.
â Je ne ressens rien.
â Tu mens.
Le Commandant sâĂ©loigna, ses pas rĂ©sonnant dans le silence.
Avant de franchir la porte, il ajouta, sans se retourner :
> â Le Conseil a ordonnĂ© sa mise sous surveillance totale.
â Si elle perd le contrĂŽle, tu exĂ©cuteras le Pacte.
â Tu es le lien entre le Voile⊠et la mort.
La porte claqua.
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Kael resta seul.
La pluie battait contre les vitres, comme un tambour sourd.
Il ferma les yeux, posant une main sur sa poitrine â juste lĂ oĂč, sous la peau, le tatouage du Voile brĂ»lait faiblement.
> Tuer Lyra Noctem.
Les mots lui donnaient la nausée.
Il savait que le moment viendrait.
Mais chaque fois quâil croisait son regard, il y voyait autre chose.
Quelque chose qui le ramenait Ă ce quâil avait presque oubliĂ© : lâhumanitĂ©.
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Plus tard, dans lâaile des soins
Lyra dormait encore.
Sa peau était pùle, mais sa respiration réguliÚre.
Naeris, assise Ă son chevet, sursauta en voyant Kael entrer.
â Tu ne devrais pas ĂȘtre ici, dit-elle sĂšchement. Le Conseil a interdit toute visite.
â Jâai besoin de la voir. Juste un instant.
Naeris hésita, puis se leva, les bras croisés.
â Tu la regardes comme si tu la connaissais depuis toujours. Tu sais qui elle est, pas vrai ?
Kael ne rĂ©pondit pas. Il sâassit Ă cĂŽtĂ© du lit.
Lyra remua dans son sommeil, des larmes silencieuses coulant sur ses joues.
â Elle rĂȘve, murmura Naeris. De ce quâelle a perdu, peut-ĂȘtre.
Kael baissa les yeux.
â Ou de ce quâelle va devenir.
Il effleura doucement la marque brûlante sur sa clavicule.
Un frisson parcourut lâair. Le Sceau pulsa, comme sâil reconnaissait sa prĂ©sence.
> Deux ùmes liées par le Voile.
Un lien quâil nâavait pas choisi.
Mais quâil ne pourrait plus jamais rompre.