đ Chapitre 15 â Les Voix du NĂ©ant
Le ciel dâObsidienne nâavait ni jour ni nuit â seulement une lueur bleutĂ©e, suspendue comme un rĂȘve sans fin.
Lyra marchait en tĂȘte, son poignet encore marquĂ© de la flamme noire.
DerriĂšre elle, Kael la suivait, silencieux.
Eryn fermait la marche, lâĆil inquiet, tandis quâAshen observait le monde avec lâĂ©trange calme de ceux qui ont dĂ©jĂ vu la mort de prĂšs.
La forĂȘt semblait respirer.
Chaque arbre murmurait des sons indistincts, comme des chuchotements perdus.
Et plus ils sâenfonçaient dans cette immensitĂ© de pierre et dâombre, plus Lyra sentait ces voix sâinsinuer dans sa tĂȘte.
> Lyra...
Tu nous entends enfin.
Elle sâarrĂȘta net.
â Vous avez entendu ?
Kael leva les yeux, perplexe.
â Entendu quoi ?
â Ces voix⊠elles mâappellent.
Eryn fronça les sourcils.
â Depuis la marque, tu entends le Chant. Ce nâest pas une hallucination : câest une connexion.
Ashen ajouta doucement :
â Ou un piĂšge.
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Le murmure du Chant
Cette nuit-lĂ , Lyra sâĂ©loigna du camp.
Elle suivit la lumiĂšre des arbres phosphorescents, jusquâĂ une clairiĂšre oĂč lâair semblait vibrer.
La flamme noire sur son poignet brûlait plus fort à chaque pas.
â Je sais que vous ĂȘtes lĂ , dit-elle Ă voix haute.
â Enfin, rĂ©pondit une voix.
De la brume Ă©mergea une silhouette â faite dâombres et de lumiĂšre Ă la fois.
Son visage nâĂ©tait quâun reflet mouvant, mais ses yeux⊠ses yeux Ă©taient identiques aux siens.
â Qui es-tu ?
â Je suis toi. Celle que tu Ă©tais avant le Chant. Celle que tu devras redevenir pour survivre.
Lyra recula.
â Tu mens.
â Tu crois encore quâil nâexiste quâun Chant ?
Lâair se dĂ©chira, et des milliers de voix sâĂ©levĂšrent Ă la fois : rires, pleurs, priĂšres, hurlements.
Le sol vibra sous ses pieds.
â Nous sommes le NĂ©ant. Le Chant oubliĂ©. Celui que le Conseil a voulu effacer.
Lyra sentit une douleur la transpercer.
Des visions dĂ©filĂšrent : des villes dĂ©truites, des cieux rouges, des corps marquĂ©s du mĂȘme symbole que le sien.
Puis la voix reprit, douce, presque maternelle :
â Tu portes notre sceau, Lyra. Et bientĂŽt, tu porteras notre volontĂ©.
Elle tomba Ă genoux, hurlant.
La marque sur son poignet sâĂ©tendit, serpentant sur son bras jusquâĂ son cĆur.
Une lumiĂšre noire lâenveloppa entiĂšrement.
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Le retour du Néant
Kael fut le premier Ă la trouver.
Il la vit au centre de la clairiĂšre, flottant Ă quelques centimĂštres du sol.
Autour dâelle, la terre se dĂ©sintĂ©grait lentement.
â Lyra ! cria-t-il en sâavançant.
Ses ailes se dĂ©ployĂšrent, battant lâair pour la rejoindre.
Mais dĂšs quâil la toucha, une onde dâĂ©nergie le projeta en arriĂšre.
Eryn et Ashen accoururent.
â Elle est liĂ©e au Chant du NĂ©ant, dit Ashen, horrifiĂ©. Si elle cĂšde, il la dĂ©vorera.
â Alors arrĂȘte-la !
â Je ne peux pas⊠pas seul.
Eryn posa ses mains au sol, traçant un cercle de lumiÚre.
â Jâessaie de stabiliser la frĂ©quence du Chant. Toi, Kael, appelle-la. Rappelle-lui qui elle est !
Kael sâapprocha Ă nouveau, le visage couvert de sang.
â Lyra⊠écoute-moi !
Les ombres autour dâelle se tordirent.
â Tu nâes pas ce quâils disent ! Tu es plus forte que ça !
Les voix du Néant rugirent.
> Il ment. Ils tâont tous menti.
Ils ont peur de toi.
Kael cria plus fort :
â Lyra, je tâai vue affronter le Chant. Je tâai vue me sauver quand tout Ă©tait perdu ! Tu nâes pas leur arme !
Un instant, le regard de Lyra sembla revenir Ă elle.
Puis elle chuchota :
â Kael⊠aide-moi.
Ashen sâĂ©lança, posa sa main sur son Ă©paule.
â Alors partage ton fardeau. Laisse-nous tâaider Ă le porter.
Une lumiÚre éclata.
Le Chant et le Néant se heurtÚrent dans un grondement assourdissant.
Et soudain, le silence.
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LâaprĂšs
Lyra rouvrit les yeux.
Elle était étendue dans les bras de Kael, le souffle court.
Autour dâeux, la forĂȘt Ă©tait redevenue immobile.
â Quâest-ce qui sâest passĂ© ?
Eryn rĂ©pondit dâune voix grave :
â Tu as traversĂ© le Chant et le NĂ©ant. Tu les as liĂ©s.
Ashen observait le ciel, inquiet.
â Ce nâest pas une victoire. Le NĂ©ant ne disparaĂźt jamais. Il dort⊠en toi.
Lyra toucha la marque.
Elle brillait maintenant dâune lueur argentĂ©e â ni claire, ni sombre.
â Alors je veillerai Ă ce quâil ne se rĂ©veille pas.
Mais dans les profondeurs de son esprit, une derniĂšre voix chuchota :
> Tu ne pourras pas mâenfermer pour toujours.