Chapitre 2 : Le silence du bâtiment C

610 Mots
Chapitre 2 : Le silence du bâtiment C POV : Ender Le bruit. C’est la première chose que je fuis dans cette cité. Les cris des gamins qui tapent dans un ballon, le vrombissement des bécanes et les discussions à n’en plus finir au pied des blocs. Dans mon appartement du quatrième, il n’y a rien. Juste le tic-tac d’une horloge et le sifflement du vent contre les vitres. C’est comme ça que je survis : en ne laissant personne entrer, ni dans ma vie, ni dans ma tête. Je me suis rincé le visage, fixant mon reflet dans le miroir piqué de la salle de bain. Mes épaules étaient encore tendues. Mon corps, tout le monde en parlait comme d’un avantage, mais pour moi, c’était juste une armure sculptée par des années de boxe et de survie. Un corps de rêve, peut-être, mais une âme en chantier. Je suis redescendu pour bouger la voiture. C’est là que je l’ai vue. Encore elle. Inaya. Elle traversait la place avec cette démarche qui n'appartenait qu'à elle, un mélange de grâce et d'insolence. Son teint métissé captait la lumière du couchant d'une manière presque insultante pour ce décor de béton. Elle était belle, d’une beauté sauvage et naturelle, avec ses cheveux afro qui encadraient son visage comme un halo et ses formes que même un jean large ne pouvait pas cacher. — Tu devrais faire attention où tu regardes, l’aguerrie. Tu vas finir par te prendre le poteau. Les mots sont sortis tout seuls. Une protection. Si je l’attaquais, elle ne verrait pas que, pendant une seconde, elle m’avait coupé le souffle. — Et toi, tu devrais faire attention à ta voiture, Ender. Elle prend toute la place, comme ton ego, m'a-t-elle balancé sans ciller. Cette petite avait un cran incroyable. Elle ne savait pas qui j'étais, ce que j'avais fait pour en arriver là, ou pourquoi mes propres parents préféraient vivre à l'autre bout de la France plutôt que de croiser mon regard. Elle voyait juste un défi. — T'as toujours autant de répondant, à ce que je vois. Tu sais que c'est dangereux pour une petite de 18 ans de chercher les problèmes ? Je voulais lui faire peur. Je voulais qu'elle s'éloigne de moi, parce que les gens comme elle, pleins de vie et de lumière, finissent toujours par se brûler à mon contact. Mais Inaya n'était pas n'importe qui. — Déjà, je suis pas une petite. Et les problèmes, c'est moi qui les crée, je les subis pas. Elle a ri. Un rire franc, qui a résonné dans ma poitrine comme une décharge. J'ai détaillé ses courbes malgré moi, sentant une chaleur monter que je n'avais pas ressentie depuis longtemps. Elle était dangereuse. Pas comme les mecs qui portent des calibres, non. Elle était dangereuse parce qu'elle me donnait envie de parler. — Pourquoi tu vis tout seul ? T'as peur que ta famille voit qui tu es vraiment ? m'a-t-elle demandé. L'impact a été immédiat. Ma mâchoire s'est contractée. Elle venait de poser le doigt sur la plaie, pile là où ça faisait mal. — Occupe-toi de tes baguettes et de tes darons, Inaya. Ma vie, c'est pas un film que tu regardes le soir. Je l'ai regardée partir. Elle balançait ses hanches avec une assurance qui me rendait dingue. Je suis monté dans ma caisse, j'ai écrasé l'accélérateur, mais son odeur — un mélange de vanille et de quelque chose de plus épicé — était restée coincée dans l'habitacle. Elle pensait m'avoir percé à jour. Elle se trompait. Mais une chose était sûre : ce n'était plus seulement l'insoumise du bâtiment B. C'était devenu mon obsession.
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