Chapitre 8 Mary s’était confortablement installée dans la véranda de la célèbre hostellerie devant un jardin ravissant qui s’avançait comme une étrave de torpilleur immobile cernée par les flots tumultueux d’une rivière gonflée par les pluies d’automne. En s’engouffrant dans le bief qui, autrefois, actionnait la roue du moulin, les eaux bouillonnantes faisaient imperceptiblement vibrer la vieille bâtisse, comme si elles voulaient l’emporter. Campée sur des blocs de pierres colossaux, celle-ci tenait bon depuis cinq siècles et paraissait de taille à affronter cinq autres siècles sereinement. Sans qu’elle n’eût rien commandé, le maître d’hôtel, avec un clin d’œil complice, avait déposé devant Mary une flûte de champagne ainsi qu’une coupelle d’amuse-gueules tout à fait délicieux et lui a


