Travis
Je n'ai pas beaucoup dormi hier soir, j'ai repensé à ce que m'a dit mon frère, et je dois avouer que son idée, de lui proposer un contrat n'est pas si mauvaise que ça. J'ai tourné le problème dans tous les sens, et je pense avoir trouvé la solution. Je ne pense pas qu'elle voudra changer d'agence, mais je peux au moins lui trouver des contrats. Dans un mois, nous finissons les travaux d'un nouvel hôtel que je viens d'acquérir. Il a été refait entièrement, et je cherchais comment mettre en avant notre espace détente. Avec Maria qui mettrait en évidence notre spa, le salon de massage, notre salle de padel et notre espace aquatique, la publicité serai une réussite.
J'arrive à l'hôtel et il est encore tôt. N'ayant pas réussi à dormir, j'ai préféré mettre à profit ce temps libre pour appeler Elliot et finaliser les derniers détails pour ce soir. Il est 6h30 et je discute avec le chef de la sécurité. Pendant que je lui donne les dernières consignes, je vois un couple qui sort. La femme porte un pull gris, et la capuche lui couvre la tête, le short qu'elle porte me distrait à cause de son fessier rebondit. Elle tient à son bras gauche un casque et son bras droit est enlacé à celui de Giovani, quand elle relève la tête, je la reconnais.
Je n'écoute plus mon employé, la seule chose qui m'intéresse, c'est la scène qui se déroule en face de moi. Ils sont tous les deux plongés dans un fou rire, et ne font pas attention à ce qui les entoure, j'en deviens jaloux. Ils arrivent près d'une moto qui ressemble à celle que je l'ai vu conduire la dernière fois. Elle baisse la tête et semble bouder. Il lui sourit et redresse la tête de Maria en plaçant son index sous son menton, il semble lui essuyer une larme . Il la prend dans ses bras et lui dit quelque chose à l'oreille. À cet instant précis, je n'ai qu'une envie, c'est qu'il s'éloigne d'elle, qu'il ne la touche plus. Je sais que c'est ridicule, mais c'est plus fort que moi et je dois me rappeler qu'elle me déteste pour me calmer et ne pas aller les séparer.
Elle remue la tête de haut en bas et le fixe en souriant. Et là, il fait une chose qui me scotche littéralement, il place ses mains de chaque côté de son visage et lui fait un b****r sur la bouche. C'était court, à peine deux secondes, mais ce geste à suffi à faire remonter en moi une rage que je n'imaginais pas pouvoir ressentir. Il est censé être gay, alors pourquoi l'embrasse-t-il ? D'ailleurs, pourquoi a-t-il passé la nuit avec elle, et qu'est-ce qui a bien pu se passer entre eux ? Une soudaine envie de meurtre me passe par la tête, et j'ai déjà imaginé plusieurs façons de faire disparaître un corps sans laisser de traces. Je ferme les yeux et les ouvre à nouveau, puis je la fixe encore une fois. Elle est debout les mains dans les poches de son pull, à regarder la moto s'éloigner. Une fois qu'il a disparu, elle se tourne et retourne à l'intérieur, toujours sans un regard pour ce qui l'entoure.
- Monsieur ?... Monsieur BARKLEY ?
Je l'avais complètement oublié lui. Malheureusement, je ne suis plus vraiment d'humeur à l'écouter.
- On se verra dans 2H pour en parler Morgan. Passez me voir à mon bureau.
Je ne lui donne pas le temps de répondre et je me dirige vers l'ascenseur. Tout en marchant, je sors mon téléphone pour appeler Greg.
- Allô, salut patron ! Tu es tombé de ton lit ce matin ?
- Si on veut. J'ai un travail pour toi, tu dois tout faire pour que le mannequin que je vais te proposer accepte. Et surtout, mon nom ne doit apparaître nulle part. Ne me mentionne pas, c'est la seule obligation.
- Heuuu... Ok, mais je peux avoir une explication au moins ?
- Pas tout de suite, mais ça viendra.
- Très bien, je t'écoute...
Maria
Cette nuit a été difficile pour moi, et je suis heureuse d'avoir eu Giovani à mes côtés. Ma mère m'a téléphoné, mais je n'ai pas répondu, je n'en ai pas eu la force. Elle m'a quand même envoyé un message pour me dire que mon père et elle partait quelques jours en vacances, et qu'ils me donneront des nouvelles. Mes parents ayant l'habitude de partir plusieurs semaines de façon inopinée, je n'ai pas été surprise. Mais ça a fait remonter ma dispute avec mon père, et une grande tristesse m'a envahi.
À notre réveil ce matin, Giovani à tout-fait pour me changer les idées, mais ce sentiment ne me quittait pas. Je ne sais pas à quel moment mon père et moi, nous sommes éloignés, mais c'est terriblement difficile à vivre pour moi. Quand j'étais plus jeune, nous étions inséparables, il était mon confident, mon ami. Mes frères et sœurs étaient même jaloux de ce lien fusionnel que nous partagions. Tout ça me désole. La chose qui devrait me consoler, c'est que je ne suis pas la seule à endurer tout ça. Il en est de même pour toute la fratrie, et malgré les supplications de notre mère, il n'a rien voulu nous dévoiler, et je ne pense pas qu'il le fera un jour !
Je suis assise sur le lit à regarder mon ami ranger ses affaires pour s'en aller. Ce soir, il ne pourra pas venir me voir défilé, à cause, d'un travail qu'il a accepté.
- Te detesto ! (Je te déteste). Pourquoi tu as accepté ce travail ? Tu m'abandonnes pour une pouf siliconée.
- Arrête de faire l'enfant tesoro, (ma puce), on en a déjà parlé. Moi aussi je dois travailler, et puis cette pouf siliconée comme tu dis, me paye gracieusement.
- Oui ben, vu comme elle est refaite, elle pourrait facilement devenir actrice de films pornos.
- Et nous savons tous les deux que tu aurais regardé ses films ! Idiota. (Idiote). Maria, nous en avons parlé une bonne partie de la nuit, toi et moi savons que ce n'est pas mon absence de ce soir qui te travaille. Penses-tu vraiment qu'à son âge ton père va changer ? Tu ne penses pas que s'il refuse toujours de te le dire c'est que c'est peut-être moins grave que tu ne le penses, et si ça n'avait rien à voir avec les BARKLEY ?
- Je ne sais pas quoi te dire Giovani.
- Bon écoute, arrête de te torturer comme ça. Après ce défilé, tu vas avoir quelques jours de vacances, je te promets qu'on va aller s'amuser.
- Je vais essayer.
- Très bien, je vais y aller. Je t'appelle demain.
- Je t'accompagne.
- Habillé comme tu es ? Tu te souviens que tu es mannequin ?
- No me importa, ( je m'en moque). De toute façon, quand je remonte, je vais dormir encore une heure ou deux, alors tu vas devoir t'y faire.
- Signore Dio ! ( Seigneur Dieu !).
Nous sortons de la chambre et nous dirigeons vers l'ascenseur, malgré les mots de soutien de Giovani, une part de tristesse demeure en moi et je vais devoir faire comme si de rien n'était si je veux assurer ce soir. N'ayant pas sorti un mot depuis que nous sommes rentrés dans cette boîte métallique, mon cher ami décide de me sortir de mon mutisme en enchaînant avec quelques blagues. Je dois dire que ça marche, il m'a redonné le sourire et le fou rire que j'ai en arrivant dans le hall d'entrée en est la preuve.
Nous arrivons bien trop vite à mon goût près de sa moto, et je n'ose pas relever les yeux pour le regarder. Je suis pourtant une femme pleine d'assurance et au caractère bien trempé, et rares sont ceux qui me voient dans cet état.
- Tu as intérêt à te rattraper !
- Je te promets que ça sera le cas amore mio (mon amour). Regarde-moi Maria ! Tu ne dois pas te mettre dans un état pareil, tu sais comment est ton père.
Il passe sa main sur ma joue et en profite pour sécher une larme solitaire avant de me glisser un dernier mot d'encouragement à l'oreille.
- Rappelle-toi que tu es une amazone, alors donne tout ce que tu as pour ce soir. Après ça, je te ferais tellement sortir que tu me supplieras pour rester chez toi. C'est juste un petit moment à passer, un petit coup de mou à cause de la fatigue. Mais si c'est d'un homme qu'il te faut, je peux te donner un petit cadeau avant de partir. Je le fais uniquement pour toi, mais ne t'y habitue pas.
Avant que je ne comprenne son allusion, ce traître sournois que j'appelle ami me fait un french kiss. Il s'éloigne de moi en me faisant un clin d'œil et un sourire Colgate. Cet homme est une bouffée d'air pur, il a le don de me redonner le sourire. Je le regarde mettre son casque et mettre le contact.
- Je t'appelle ce soir pour savoir comment le défilé, c'est passé, en attendant retourne au lit, tu a un teint affreux.
Je retire ce que j'ai dit, c'est un idiot, un parfait abrutit ! Le bruit de la moto qui accélère me donne des frissons, et si je le pouvais, je ferais volontiers un tour pour me détendre. Je ne le vois plus, il est temps pour moi de retourner dans ma chambre et de faire une sieste. Je réajuste ma capuche sur ma tête et prends la direction de ma chambre.
Je referme à peine la porte que mon téléphone sonne. Très franchement, je n'ai pas envie de répondre, je veux juste m'allonger, mais en voyant qu'il s'agit de a mère, je décide de prendre l'appel.
- Hola mi hija. ( Bonjour ma fille).
- Buenos dias mamá. (Bonjour maman).
- Je ne pensais pas que tu décrocherais, je suis vraiment contente.
- Maman... Je ne veux pas de prise de tête s'il te plaît, j'ai un défilé important ce soir, et je ne suis pas en état pour un conflit familial.
- Ce n'est pas le but de mon appel...Cada vez te pareces más a tu padre. ( Tu ressembles de plus en plus à ton père).
Je sais pertinemment ce qu'elle veut dire, nous sommes tous deux bornés et orgueilleux , mais je préfère ne pas relever.
- Écoute, nous revenons dans trois semaines, il faut que tu trouves du temps pour venir a la maison. Tes frères et sœurs sont eux aussi informés. C'est important mi hija. ( Ma fille).
- Qué esta pasando mamá ? (Que se passe-t-il maman) ?
- Nous en parlerons à notre retour, ne t'en fais pas. Je t'embrasse ma fille, et je te souhaite bon courage pour ce soir. On s'appelle la semaine prochaine, té amo. ( Je t'aime).
- Te amo mamá. ( Je t'aime maman).
Je raccroche en fixant mon portable comme s'il allait pouvoir répondre à mes interrogations. Pourquoi veulent-ils réunir la famille ? Maman semblait avoir la voix triste et fatiguée. Je ne sais pas ce qui se passe, mais je commence à m'inquiéter. J'espère vraiment que ce n'est rien de grave, en tout cas, j'essaie de m'en convaincre. Je me dirige vers le lit et m'y allonge, je ne suis pas certaine de pouvoir m'endormir, mais je vais au moins essayer.