Le camp n’avait pas changé. Les mêmes feux au centre. Les mêmes chemins de terre battue entre les tentes. Les mêmes silhouettes qui circulaient avec l’assurance mécanique de ceux qui ont appris à obéir avant d’apprendre à penser. À première vue, la meute semblait intacte, solide, cohérente. Mais Kaël savait. Il savait parce que le pouvoir ne se brise jamais d’un seul coup. Il se fissure en silence. Il se dérègle d’abord dans les détails : un regard qu’on détourne trop vite, une phrase qu’on ne finit pas, une posture qui devient prudente quand elle devrait être naturelle. Ce matin-là, personne ne le fixait trop longtemps. Ce détail aurait pu passer inaperçu. Pour lui, c’était un message. Il traversa le camp d’un pas stable, la tête haute, comme il l’avait toujours fait. Son corps n’a


