Il me défend contre tous

937 Mots
Point de vue : Rani Depuis longtemps déjà, je savais qu’elles viendraient pour moi. Madame Josiane ne permettrait jamais que je devienne, ne serait-ce qu’un instant, la propriété d’un autre. Je suis sa marchandise, sa source d’or maudit. Elle me vend, me rachète, me revend encore. Et mes sœurs… mes pauvres sœurs… reviennent toujours me récupérer. Jusqu’à aujourd’hui, cela avait toujours fonctionné. Mais cette fois, le sort en a décidé autrement. Jamais je n’avais assisté à une telle scène. Habituellement, je me réveillais seulement quand tout était fini quand la douleur avait déjà passé, quand mes sauveuses avaient déjà triomphé. Mais aujourd’hui, leurs bras n’ont pas suffi à m’arracher à ce cauchemar. Et pour la première fois, je me demande si ma vie a encore un sens. L’enfer a commencé sans prévenir. Si mon nouveau propriétaire n’était pas intervenu, cet homme m’aurait étranglée de ses mains brutes. Jamais un homme ne m’avait encore torturée. J’étais précieuse pour Madame Josiane — un bijou qu’on n’abîme pas, un corps qu’on loue mais qu’on ne brise pas. — Lâche-la. Elle est à moi. Sa voix avait claqué comme un ordre divin. Il ajouta, plus bas : — C’est ma copine. L’autre homme, massif et marqué de cicatrices, me dévisagea avec ses yeux d’acier. Était-ce seulement un être humain ? Ou une bête qui avait oublié son âme ? Il finit par desserrer sa main. L’air retrouva enfin le chemin de ma gorge. Je suffoquai, puis toussai. Mon sauveur revint avec une bouteille d’eau. — Tiens, bois. Ça te fera du bien, dit-il, sa voix tremblant d’une douceur inattendue. — Merci, murmurai-je en prenant la bouteille. Mes doigts frôlèrent les siens. Ce simple contact fit naître en moi une étrange chaleur. Je n’avais jamais appris à séduire ; j’étais trop fragile pour jouer avec les sentiments. Ma beauté seule me gardait en vie. Sans elle, personne ne se serait jamais arrêté sur mon existence. Je levai les yeux vers lui. Il me regardait autrement comme s’il me voyait, moi, et non la marchandise qu’on lui avait vendue. Mais, derrière nous, ses amis fouillaient la maison à la recherche de mes sœurs. La peur s’infiltra dans mes veines. S’ils découvraient quoi que ce soit, j’étais perdue. Je ne savais plus faire qu’une chose : pleurer. Et dans ce monde-là, les larmes sont parfois la dernière prière d’une âme. Que vais-je devenir, maintenant que je n’ai pas été délivrée ? Pensai-je en silence. L’homme me regardait avec compassion. — Calme-toi, souffla-t-il. Ses yeux me transperçaient. Ses muscles saillaient sous sa chemise. Va-t-il me prendre, maintenant que je suis sienne ? me demandai-je, tremblante. C’était un homme magnifique. Rien en lui ne ressemblait aux autres. Sa force n’effaçait pas la tendresse de son visage. Ses lèvres semblaient douces, sculptées pour le b****r, et ses yeux… oh, ses yeux… étaient d’un calme troublant. Je crois que je venais de tomber amoureuse de mon acheteur. Mais je n’en avais pas le droit. Ma virginité était mon seul rempart, ma seule monnaie d’échange. Si je la perdais, je perdrais tout un toit, un nom, et les bras de mes sœurs. Alors, j’ai étouffé cette flamme avant qu’elle ne brûle. Je l’ai écrasée dans mon cœur comme on écrase un pétale sous la pluie. Il caressa mes cheveux, ses gestes d’une infinie douceur. — C’est fini, ne crains plus rien, me dit-il. Mais son amie entra peu après, le souffle court. — Mon amour ! J’ai appris pour l’attaque, dis-moi que tu vas bien ! Elle se jeta dans ses bras, ses mains glissant sur lui avec une familiarité qui me fit mal. Puis ses yeux tombèrent sur moi. Et tout changea. — C’est à cause de toi, sale p**e ! hurla-t-elle. Elle me frappa, m’arracha les cheveux. Je pleurais, suffoquais. Alors, dans un réflexe, je lui jetai le verre d’eau à la figure. Elle hurla, recula. J’étais nue sous la chemise blanche de mon maître. Mais la honte n’avait plus de place dans ma vie. J’étais habituée à être regardée sans être aimée. — Regarde ce que tu as fait ! Cria t'elle férocement. — Tu l’as bien mérité, répliquai-je, tremblante. Elle fonça de nouveau sur moi, mais il s’interposa : — Ça suffit, Clarissa ! Il me protégea, se plaça devant moi, et sa voix devint orage. — Arrête de la torturer ! Je me blottis derrière lui, fragile, tremblante. Clarissa pleurait, criait, suppliait. — Clark s'il te plaît tu ne peux la choisir à moi ! p****n ne me fait pas ça ! Laisse moi la tuer ! Je veux tuer cette g***e ! C'est à cause d'elle si t'es blessé comme-ça ! Cette salle s****e a tout manigancé ...bébé. Elle hurla. — Non c'est faux ! Pleurai-je tendrement derrière ses oreilles, mes délicats doigts tremblèrent sur ses épaules. Alors lui, froidement, répondit : — Je t’ai dit de la laisser en dehors de tout ça, Clarissa ! — Quoi ? Tu vas la croire à moi ! Bordelle ! La tension monta. Puis, la première femme dans la pièce déclara calmement : — Nous allons vérifier les caméras. On saura vite qui ment. Je sentis mes jambes fléchir. Mon cœur battait si fort qu’il me faisait mal. J’attrapai la main de mon sauveur mon bourreau peut-être, mais le seul à me donner encore un peu de chaleur. Et dans le reflet de ses yeux, j’aperçus la jalousie brûler dans ceux de sa compagne. L’amour, la peur et le danger se mêlaient dans une danse cruelle. Et moi, perdue entre deux mondes, je ne savais plus si je devais fuir… ou rester près de lui.
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