I Dans l’étable, sur un béton givré de sels blanchâtres, à deux pas derrière la rigole de purin, barrée de fétus noircis, Choque, la vieille poule, couvait depuis vingt et un jours ses quinze œufs sous la fourrure duvetée de son poitrail surchauffé par un sang qui l’irriguait à pleine artère. Au centre d’une ruche d’abeilles désaffectée, dont la paille de seigle, pourrie par le temps, se hérissait en torchailles grisâtres, elle rêvait, les yeux ouverts, on ne sait quel songe mystique de bête, agrandi et auréolé de sa prochaine maternité. Devant elle, une assiette égueulée gardait un reste de pâtée faite de son, d’eau et de pommes de terre, qu’elle n’avait pas achevée et qu’aucune de ses sœurs, juchées maintenant sur le perchoir rustique tendu entre deux solives, n’avait songé, malgré la


