RHAEVAN
Je fixe le dernier bouton de mon uniforme, mes doigts glissant un instant sur le tissu sombre. Ma tenue pour cette soirée d’anniversaire a, sans grande surprise, été pensée de manière à rappeler le royaume de Blackthorn : d’un noir d’encre, les broderies argentées rappellent la forme des ronces auxquelles notre royaume doit son nom. Mes épaulières assorties et la broche que je porte à gauche soulignent mon rôle d’Homme de Loi du Roi.
— Celui qui juge et exécute implacablement, je murmure pour moi-même.
Je prends une profonde inspiration qui ne suffit pas à calmer la pression qui me serre les poumons.
Mes cheveux noir ébène ont été attachés selon la tradition fae : une demi-queue de cheval torsadée à la manière des princes guerriers. Je tends la main vers mon masque posé sur ma commode : noir, recouvert de petits onyx, sculpté dans le style des masques de Blackcourt, le royaume humain jumelé au nôtre de l’autre côté du voile invisible.
Je soulève mon masque et le rapproche de mon visage. Mon regard croise celui de mon reflet dans le miroir. Je me fige un instant. L’homme qui me dévisage semble étranger. Trop façonné…Trop royal. Celui qu’on attend que je sois, plutôt que celui que je suis.
Un raclement de gorge discret me tire de ma contemplation.
— Avez-vous besoin d’autre chose, Votre Altesse ?
La voix d’Aaraan, mon valet de chambre, me fait détourner les yeux. Le faune se tient derrière moi, prêt à m’aider davantage si je le lui demande.
— Non merci, Aaraan, tu peux disposer.
Il s’incline légèrement puis quitte la pièce en silence. À peine est-il sorti que mon frère entre, son éternel sourire taquin accroché aux lèvres.
— Tu vas faire sensation ce soir.
Je lève les yeux au ciel, à moitié amusé, à moitié exaspéré, et me tourne vers lui.
— Comment va Millie ?
Son sourire tressaille légèrement.
— Je l’ai trouvée bien mieux élevée et docile que tu me l’as décrite.
Mon cœur bondit nerveusement entre mes côtes.
— Elle s’est réveillée ? (Il hoche la tête.) Que lui as-tu dit ?
Il grimace.
— Le mensonge n’a pas marché. Elle se souvenait qu’elle était avec toi avant de s’endormir. (Il soupire.) J’ai été obligé de lui dire toute la vérité.
— Merde !
Le mot m’échappe avant même que je puisse le retenir. Mon estomac se serre. Je quitte précipitamment mes appartements, Elyorn sur les talons. Ses bottes résonnent sur le sol marbré derrière moi.
— Rhaevan !
Je l’ignore et accélère. Je dois retrouver Millie. Je dois…Sa main se referme brutalement sur mon bras, m’obligeant à me retourner.
— Ça ne sert à rien d’aller la voir maintenant, me dit-il calmement.
— Au contraire. Je dois la voir et lui parler, je le contredis sur le même ton.
— Tu auras tout le temps de le faire après les festivités, insiste-t-il, son regard planté dans le mien. Mais pas maintenant.
Je serre les dents. Je déteste la manière calme et raisonnée dont il me parle, car je sais qu’il a raison. Je me dégage toutefois de sa prise, ma frustration plus forte que ma logique.
— Homme de Loi, arrêtez-vous, ordonne-t-il sans me laisser faire un pas de plus.
Ses mots me frappent comme un fouet, me clouant sur place contre ma propre volonté. La magie du titre serpente le long de ma colonne. Elyorn s’approche lentement derrière moi, profitant de cet unique levier magique qu’il possède sur moi.
— N’oublie pas que si tu n’es pas là à l’heure pour ton anniversaire, père sera furieux, me rappelle-t-il, le ton grave. (Je ferme les yeux et pince les lèvres, contrarié.) Il le sera d’autant plus s’il découvre que c’est pour elle, ajoute-t-il. Tu sais comme il est. Il n’hésitera pas…
— …à la punir par mon biais pour me donner une leçon, je le coupe sèchement.
— C’est exact. Elle a beau être ta Livuarene, il ne la considère pas moins comme une criminelle.
Je rouvre les yeux, mon regard brûlant d’une colère sourde, mêlée d’impuissance.
— Cette soirée va être un enfer, je gronde entre mes dents.
Mon frère m’assène une tape dans le dos, un sourire complice aux lèvres.
— Ne t’en fais pas. Nous ferons en sorte qu’elle se termine au plus vite.
Nous commençons à prendre la direction de la salle de bal, pour ma part à contrecœur.
— J’ai pris la liberté de demander à Jamnus, le jumeau d’Aaraan d’apporter un plateau repas à Millie et de veiller à ce qu’elle aille bien, le temps que tu la rejoignes, ajoute-t-il avec nonchalance.
Un rire sans joie m’échappe :
— Espérons pour lui que cela se passe bien.
** **
MILLIE
Je tourne en rond dans la petite chambre comme un animal pris au piège. Je n’arrive pas à tenir en place. Mes pensées sont un chaos sans nom. Les visages de mes amis défilent un à un devant mes yeux : Lucy, Elibeth, Toiben, Lark, Sorn, Lyra, Varrick…Leurs rires, leurs mains calleuses et leurs voix qu’on reconnaitrait entre mille dans les ruelles miteuses de notre district. Mon cœur se serre à cette idée.
Je m’approche de la fenêtre et appuie mon front contre l’encadrement froid. Dehors, les jardins s’étendent en contrebas, baignés par le crépuscule et la lumière des torches qui longent les allées. C’est terriblement beau. Et terriblement loin de ce que je connais.
Je soupire, le regard rivé sur ce paysage qui n’est pas le mien. Le visage de Rhev se superpose à ceux de mes amis avant de les remplacer entièrement. Le souffle court, je ferme brièvement les yeux. Rhev qui n’est autre que le prince Rhaevan, l’Homme de Loi du Roi. Celui qui ne tremble devant rien. Celui qui exécute et punit. Celui qui fait fouetter les contrebandiers et organise les mises à mort dans les districts, y compris le mien, sans ciller avec la même froideur qu’un bourreau.
Cet homme dur et intransigeant qui, pourtant, selon les dires de son frère, n’est autre que mon amant et confident. Celui qui m’a toujours protégée. Mon Livuaren. Mon âme sœur, qui souhaite l’arrestation de mes amis et ma sécurité. Mon cœur se serre un peu plus à cette idée. Je croise les bras sur mon ventre dans un geste protecteur, incapable de comprendre comment j’ai pu être aussi aveugle.
— Qu’est-ce que je vais faire ? je murmure pour moi-même.
Le bruit de la poignée me ramène brusquement à la réalité. Je me retourne, le cœur battant à tout rompre. Je ne peux retenir la stupéfaction qui m’envahit en voyant un jeune faune entrer dans la pièce.
— Mademoiselle, me salue-t-il avec grâce.
Il avance et dépose un somptueux plateau, recouvert d’un repas de fête, sur le petit bureau situé dans un coin. Des arômes chauds, épicés et sucrés emplissent la chambre. Je m’approche lentement, hésitante.
— Puis-je sortir ? je demande.
Il me lance une œillade posée tout en retirant les couvercles des plats.
— Pas avant que l’Homme de Loi, le prince Rhaevan, l’ait décidé, me répond-il simplement.
Un froid glacial m’envahit. Avant même d’y réfléchir, je pose une main sur son bras. Il m’observe, étonné, mais ne recule pas. Je le fixe droit dans les yeux.
— Aidez-moi à sortir de là, je l’implore.
Une lueur profondément désolée traverse ses iris.
— Je ne peux pas.
— Je vous en prie… (Ma voix se brise malgré moi. Je prends une petite inspiration et m’humecte les lèvres avant d’ajouter :) Vous savez comme moi comme il est…Impitoyable avec les contrebandiers classiques. Il le sera encore plus avec moi, qui suis sous-cheffe des voleurs de…
—…l’Ombre, oui, me coupe-t-il avec douceur. Mais vous avez entendu ce que mon maître, le prince Elyorn, vous a dit : vous êtes la moitié de l’Homme de Loi. Son âme sœur. Il se blesserait lui-même plutôt que de vous faire volontairement du mal.
— Jamnus a raison, Mademoiselle, intervient un garde posté à l’extérieur. (Il s’incline respectueusement dans l’embrasure de la porte avant d’entrer dans la pièce.) Le prince Rhaevan ne le sait pas, poursuit-il, mais j’ai reçu l’ordre de la reine de vous escorter jusqu’à l’un des petits salons adjacents à la salle de bal, afin que vous puissiez lui faire la surprise de danser avec lui.
Il me tend un masque noir, délicatement orné de plumes et d’onyx. Mon souffle se bloque.
— La reine est au courant que je suis ici ?
Il hoche la tête, imperturbable :
— Sa Majesté a des yeux et des oreilles partout dans ce palais.
Je cligne des yeux, incapable de réagir immédiatement.
— Vous devriez manger. Je reviendrai…
Un grondement sourd retentit au loin, suivi d’un bruit d’explosion. Il jette un coup d’œil par-dessus son épaule, les sens en alerte, et se tourne vers Jamnus.
— Restez ici et veillez à ce que Mademoiselle Baker mange, ordonne-t-il.
Le faune incline la tête, silencieux, puis m’invite d’un regard à m’asseoir. Je prends place devant le plateau, les mains tremblantes malgré moi. Jamnus sort sur le pas de la porte, les muscles tendus.
— Je crois que nous ferions mieux…
Il n’a pas le temps de finir. Quelqu’un le frappe par derrière d’un coup net. Je sursaute, les yeux écarquillés, tandis qu’il s’effondre au sol. Lucy et Elibeth enjambent son corps et pénètrent dans la pièce.
— Je n’arrive pas à croire qu’il ait eu l’audace de t’emmener dans les écuries pour tirer son coup et mieux t’enfermer ensuite, s’indigne Lucy d’un air renfrogné. (Je la fixe surprise, incapable de trouver mes mots.) Les garçons ont fait le lien entre Rhev et l’Homme de Loi juste avant que tu ne disparaisses avec lui, m’explique-t-elle. Lorsqu’on a compris que tu n’étais plus là, les doutes ont vite disparu.
— Comment avez-vous su où…
— La servante qui t’a habillée, m’interrompt Elibeth. Elle a la langue bien pendue, cette pimbêche.
J’hoche lentement la tête. Ainsi donc, la personne chargée de mon habillage n’a pas pu s’empêcher de jaser dessus avec ses compagnes. A l'heure qu'il est, tout le palais doit être au courant de ma présence ici.
— Qu’en est-il de l’opération ? je demande.
— Les risques sont plus élevés, mais elle est maintenue. Sorn, Lyra et Varrick sont sur le coup. Ils nous retrouvent au bal.
— Et Toiben et Lark ?
Les filles échangent un sourire de connivence avant de répondre en chœur :
— Ils ne sont restés pour s’assurer que ton sauvetage ne tourne pas au vinaigre.
Elibeth s’avance, mon masque en main.
— Mets ça. On va s'amuser un peu avant de se tirer.
**
RHAEVAN
Je me tiens à l’écart tandis que les festivités pour mon anniversaire battent leur plein. Elyorn et nous cousins, les princes Erwen et Rhaëlan de Redthorn, discutent près de moi, mais leurs voix me parviennent à peine. Mon esprit reste prisonnier de Millie, enfermée dans l’une des tours les plus isolées du palais. Mon regard parcourt la salle de bal, où les couples valsent au rythme de la musique, soie et reflets de chandelle mêlés dans une harmonie étourdissante.
Chaque visage, chaque révérence, chaque pas de danse me rappelle que je devrais me fondre parmi eux. Ma mère se joint à nous, saluant mes cousins avec son élégance habituelle avant de se tourner vers moi.
— Pourquoi ne danses-tu pas ? m’interroge-t-elle son regard inquisiteur rivé sur moi.
Je prends une longue inspiration, tentant de cacher le tumulte qui m’agite.
— Je n’ai pas le cœur à ça, je réponds sobrement.
Elle esquisse un sourire, comme si la Manieuse en elle pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert.
— Ne t’en fais pas, j’ai compris qu’elle était là. (Mon sang ne fait qu’un tour dans mes veines à l’entente de ces mots.) J’ai donné l’ordre qu’elle te soit amenée pour une danse dans la soirée.
Mon souffle se coupe légèrement. Une danse…avec elle. Les mots résonnent dans mon esprit : je vais pouvoir danser avec Millie. Ma mère pose une main rassurante sur mon épaule, son sourire immuable.
— Joyeux anniversaire, mon chéri.
— Merci, Mère.
Elle m’embrasse la joue et se retire élégamment vers un autre groupe d’invités. Je la regarde disparaître parmi eux, happée par les salutations et les politesses. A peine ai-je détourné les yeux que mon cousin Erwen s’avance vers moi.
— Dis-moi, cousin…as-tu la moindre idée de qui sont la sauvageonne et les trois jeunes gens qui l’accompagnent, là-bas ?
Il fait un mouvement de menton en direction du fond de la salle. Je tourne la tête et mon regard tombe immédiatement sur elle. Millie. Pieds nus, ses cheveux détachés, flottant autour de son visage. Sa robe noire contraste avec la lueur des chandelles et son masque lui confère un air mystérieux. Trois de ses amis, deux filles et un garçon, l’entourent, mais mon attention reste rivée sur elle.
— Je n’en ai aucune idée, je réponds. Mais la « sauvageonne » est pour moi.
J’avance vers eux sans attendre sa réponse. Chaque pas attire regards et murmures étouffés. L’une des amies de Millie lui murmure quelque chose à l’oreille. Elle tourne imperceptiblement la tête. Nos regards s’accrochent. Elle se redresse, la tête haute, malgré la tension qui semble émaner d’elle.
Je m’incline respectueusement, une main tendue avec toute la rigueur d’un prince et d’un Homme de Loi.
— Mademoiselle, me feriez-vous l’honneur de la prochaine danse ? je demande d’une voix posée et rauque.
Millie m’observe un instant, prise au dépourvu. Ses yeux incertains oscillent un instant entre ma main tendue et mon visage. La salle retient son souffle dans l’attente de sa réaction. Derrière moi, les chuchotements offusqués se propagent.
— Elle ne va tout de même pas avoir l’audace de refuser l’invitation du prince ? souffle une jeune femme à son cavalier.
Millie cligne des yeux, soudain consciente de l’attention braquée sur nous. Elle s’incline respectueusement tout en glissant sa main dans la mienne.
— Avec plaisir, Votre Altesse.
Sa main tremble légèrement dans la mienne. Mes doigts se referment instinctivement sur les siens. Sans un mot, je l’entraîne vers le centre de la salle. La lumière des chandelles déforme nos ombres masquées et les projette sur les murs dans un halo presque irréel. Nous nous plaçons face à face.
La musique s’élève, douce et sensuelle, et nos pas s’accordent avec une étonnante harmonie. Soudain, le monde semble se dissoudre. Les doigts de Millie serrent un peu plus les miens à chaque tour. Je la fais pivoter, puis l’éloigne légèrement pour glisser autour d’elle avec aisance. Ses yeux, défiants et interrogateurs, ne lâchent pas les miens. Sa poitrine se lève et s’abaisse au rythme de sa respiration effrénée.
Chaque pas, chaque pivot, chaque glissement est un échange muet de tension et d’émotions. La proximité de nos corps crée une chaleur qui contraste avec l’air ambiant de la salle. Mes doigts effleurent la soie de sa robe, tandis que ses cheveux noirs fouettent légèrement ma joue. Son parfum subtil envahit mes sens et me trouble plus que je ne veux l’admettre.
Alors que la musique s’éteint doucement, je la fais pivoter pour que son dos se retrouve plaqué contre mon torse, mes bras autour de sa taille. Je la tiens contre moi, ma bouche proche de son oreille :
— Tu aurais mieux fait de rester dans ta mansarde, petite fleur. Ce qui va suivre ne va pas te plaire.
Elle frémit à mes mots. Je la fais tourner une dernière fois, puis nous nous inclinons ensemble. Mon regard ancré au sien, je dépose un b****r respectueux sur le dos de sa main. Sans plus de cérémonie, je m’éloigne, la laissant derrière moi.
**
MILLIE
L’esprit en ébullition, je me précipite vers Toiben, Lucy et Elibeth, troublée. L’avertissement de Rhaevan ne cesse de se rejouer en boucle dans mon esprit.
— On se tire, je leur dis une fois à leur niveau. Maintenant.
Nous nous engouffrons dans le couloir, nos pas rapides résonnant sur le marbre.
— Sorn, Lyra et Varrick devraient déjà être de retour, remarque Elibeth, essoufflée. Je crains qu’ils n’aient été…
Elle s’interrompt brusquement, le regard rivé droit devant elle. Nous l’imitons. Au bout du couloir, des silhouettes se dessinent dans l’ombre, immobiles. Mon souffle se bloque. Mes mains se crispent sur ma robe.
— On est foutu…, souffle Lucy.
Lark ricane, essayant clairement de masquer son angoisse.
— C’est toi qui le dis.
Soudain, un second groupe de gardes surgit derrière nous, comme pour donner raison à Lucy. Derrière eux, Sorn, Lyra et Varrick apparaissent, bâillonnés et enchaînés. Mon estomac se noue. Des tremblements incontrôlables me traversent des pieds à la tête. La gueule du loup s’est refermée sur nous.
L’un des gardes s’avance, le regard dur et autoritaire :
— Voleurs de l’ombre, par ordre de la famille royale de Blackthorn, vous êtes en état d’arrestation pour intrusion, vol aggravé et port d’armes illégal.
Les filles reculent instinctivement vers moi, la main sur le pommeau de leur épée. Toiben et Lark s’avancent, faisant barrage entre lui et nous.
— Si vous voulez mon avis, c’était une grossière erreur de notre part, dit Toiben, un sourire carnassier aux lèvres. Votre vin était tout bonnement…Infect.
Il dégaine son arme et se jette sur eux, imité par Lark, Lucy et Elibeth. Pour ma part, je me lance dans la mêlée, poings nus, sans arme. Comptant sur ma rapidité, je me faufile entre les corps en mouvement et saisis l’épée d’un des gardes, que j’envoie au sol d’un bon crochet du droit.
L’arme à la main, je tourne et frappe avec précision. Encore et encore. Mes adversaires ripostent tant bien que mal avant de s’effondrer au sol, certains assommés, d’autres la gorge tranchée. Le rythme est brutal, presque instinctif. Chaque mouvement est calculé sans pitié.
La voix de Lucy s’élève dans un cri alors que je m’apprête à en attaquer deux autres :
— Millie, attention !
Je tourne la tête vers elle, prise au dépourvu. Trop tard. Des ronces surgissent du sol et s’enfoncent impitoyablement dans la peau de mon poignet gauche. Un cri m’échappe. L’épée m’est arrachée. D’autres ronces s’enfoncent dans mon poignet droit. Je me retrouve clouée au mur. Chaque tentative de mouvement me foudroie de douleur. Mes mains et mes bras me brûlent. Je m’accroupis, le souffle court, les larmes aux coins des yeux.
Rhaevan s’agenouille devant moi, son épée dégainée. Sans un mot, il détache sa veste et me la passe autour des épaules. La chaleur se mêle du tissu se mêle à la vive brûlure de mes plaies.
— Je t’avais prévenue, murmure-t-il assez bas pour que je sois la seule à l’entendre. (Il effleure mes lèvres d’un b****r trop bref pour être réel, puis souffle contre ma bouche :) Je suis désolé.
Il se redresse, comme si de rien n’était. Sa voix s’élève, calme et impérieuse :
— Profite bien du spectacle, petite voleuse.
Après un dernier regard, il se jette dans la bagarre.
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