#UN AMOUR INCESTUEUX
****SOKHNA MAÏ RASSOUL SECK****
J'avais encore une fois gagné un procès. Eh oui, j'avais pris la décision de reprendre ma vie en main. Je ne pouvais quand même pas continuer ma routine. En plus j'en avais marre de me morfondre. La vie est courte et il faut en profiter au maximum. Je voulais me noyer dans mon boulot afin de l'oublier.
J'avoue que ça m'a fait un bien fou de me retrouver au milieu d'une salle d'audience, entourée des avocats, de l'accusé, des pénitenciers... c'était juste magique. J'étais vraiment heureuse d'avoir repris mon boulot..
C'est en toute vitesse que je suis rentrée chez moi. J'avais hâte, hâte d'annoncer la nouvelle à ma mère mais quand je suis arrivée au quartier, il y avait bizarrement une foule débordante. Les enfants criaient des choses que je ne pouvais nullement comprendre, dire qu'ils le faisaient en chœur. Les uns riaient aux éclats tandis que les autres regardaient tristement une personne que je ne pouvais pas voir.
J'ai dû garer ma voiture à l'entrée de la ruelle qui menait vers notre maison puisque je ne pouvais pas entrer avec tout ce monde.
Je descendis tout en prenant mes affaires voire mon sac à dos et mon portable et autres...
Je ne voulais pas regarder ce qui se passait mais cette curiosité qui n'animait était juste incommensurable. Je me suis alors dirigée vers la foule mais j'ai eu la plus grande surprise de ma vie en voyant ma mère qui était en train de danser au milieu des enfants. Cérise sur le gâteau, elle était toute nue. TOUTE NUE MON DIEU !
Elle avait l'air d'une autre personne, c'était comme si elle était...euh...folle. je n'arrivais franchement pas à comprendre comment les faits s'étaient déroulés. Pourtant il ne lui était rien arrivé quand j'ai quitté la maison ce matin....
__EH EH EH LOU XEW FII ? YAYE, YAYE LILANLA NII ? YAYE LOUTAX SOLO YEREI ?
( eh eh eh que se passe-t-il ici ? Maman c'est quoi ça? Pourquoi tu es nue ?)
__WAA SA YAYE DA DOFF ! WA DOMOU DOFF NGA !Cria une fille qui était juste derrière moi.
J'avais juste envie de pleurer mais il ne fallait pas que je montre ma faiblesse. Je donnai mes bagages à un garçon et lui dis de me les amener à la maison. J'enlevai ma robe d'avocate et couvris ma mère, j'avais franchement le cœur meurtri. Je pouvais tout supporter sauf voir ma mère dans ces conditions.
__Sama woudiou bakhoul, mani eh sama woudiou bakhoul. ( ma coépouse n'est pas une bonne personne) tels étaient les mots que ma mère ne cessait de répéter. Je me demandais bien pourquoi elle disait ces choses. Elle ne connaissait même pas Mominatou..
Une fois à la maison, je l'ai directement amené dans sa chambre où j'ai cherché une de ses robes que je lui fis porter avant de redescendre de nouveau dans le salon. Je lui ai fait couchée sur le fauteuil avant de commencer mes questions.
__Maman dis-moi s'il te plaît, je ne comprends plus rien. Ce matin, tu te portais comme un charme mais là, on dirait que tu as perdu la raison...
__Ay way sama woudiou bakhoul. Wouy sama ndèye Momi mongui nieuw nguir labali ma. Maï waxko mou dem ( ma coépouse n'est pas une bonne personne. Momi va venir pour me frapper. Maï dis-lui de partir.)
Mais qu'est-ce qui se passe à la fin?
__Maman réponds-moi s'il te plaît.
Ses paupières commencèrent à se fermer. J'étais vraiment désespérée.
J'osais uniquement espérer que la mère de Makhtar n'était pas derrière tout ceci.
Et si ses dires de la fois passée n'étaient pas des paroles gratuites? Oserait-elle réellement faire ça à ma mère ? Non, non c'est impossible non...
J'ai par la suite appelé une amie qui était également avocate. Je m'étais beaucoup rapprochée d'elle. je me suis alors dite pourquoi ne pas lui demander des conseils. Mais après lui avoir narré le cas de ma mère, elle m'a conseillé de l'observer pendant une semaine. Si ça s'aggrave, je pourrais l'amener chez le psychiatre.
J'ai appliqué ses conseils en la mettant en observation mais rien n'avait changé. Je peux même dire que c'était devenu pire. Parfois elle fuyait la maison pour aller je ne sais où, je ne pouvais franchement pas m'empêcher de m'inquiéter pour elle. Au début elle était douce mais tel n'était plus le cas malheureusement. Elle avait commencé à insulter et à frapper les enfants du quartier. Les voisins venaient souvent se plaindre auprès de moi. Parfois elle mettait de la musique afin d'inviter les enfants à venir danser. Le pire dans tout ça était qu'elle se permettait d'offrir mes habits aux jeunes femmes de mon âge. Même si je cachais les clés de mon armoire, elle parvenait quand même à les trouver. J'en avais frachement marre.
J'ai alors décidé de prendre un rendez-vous avec le psychiatre parce que ça devenait quand même grave. Tout en y allant, ma mère s'excitait réellement dans la voiture et se comportait comme une gamine.
_Wa Maï doma dieundeul tangual ? ( Maï tu ne peux pas m'acheter un bonbon?)
_ je vais t'en acheter maman. Répliquai-je le cœur meurtri.
__Wa légui teigual ma Wally seck ( maintenant, met-moi une chanson de Wally Seck )
Ma mère n'écoutait jamais de la musique, elle me l'interdisait même. Elle me recommandait souvent d'écouter le coran puisque ça apaise le cœur mais là, c'est elle même qui me dit de lui en mettre. J'avais juste envie de fondre en larmes mais il fallait que je sois forte.
Je mis la chanson et elle commença chanter comme une gamine.
_Koba yi, koba yi, koba yi..... ne cessait-elle de chanter.
Je ne savais pas si tout ceci était l'œuvre de Momi mais je ne pardonnerai jamais à celui ou à celle qui a envoûté ma mère. Elle ne le méritait franchement pas.
Bref, arrivées à l'hôpital psychiatrique, nous avons patienté quelques instants avant que le psychiatre ne nous reçoive.
Après avoir fait quelques analyses, il me confirma effectivement qu'elle avait perdu la raison...pour ne pas dire folle. Il décida de la garder là-bas. L'idée de m'éloigner de ma mère me faisait atrocement mal mais il fallait que je la laisse entre leurs mains afin qu'elle me revienne telle qu'elle était.
À la maison, dès que j'ai pénétré le salon, je n'ai pas pû m'empêcher de craquer. J'allais devoir rester à la maison seule, toute seule. L'harmonie de la maison, c'est elle qui la détenait. La maison était vide sans elle, je ne pensais pas que j'allais pouvoir supporter son absence...
Non mais pourquoi ces choses n'arrivent qu'à moi ? Pourquoi vais-je devoir surmonter autant d'obstacles ? En l'espace de quelques mois, beaucoup de choses avaient changé. Mes problèmes ne cessaient d'augmenter. J'allais bientôt abandonner, dire que j'étais lasse, lasse de cette vie aussi cruelle. Je savais que tout est éphémère et que la vie est submergée de maux mais je n'avais plus envie de rien franchement...
Si ce n'était pas ma mère, je me serais suicidée depuis longtemps mais ma conscience ne me permettait pas de la laisser seule dans ce monde.
****MOUHAMADOU MAKHTAR SECK****
Juste pour oublier ma sœur, j'avais décidé de voyager. Je lui avais certes demandé de ne pas s'éloigner de moi mais je peux dire que c'est moi qui l'avais fait. J'avais besoin de réfléchir afin de régler cet problème qui risquait d'anéantir complètement nos deux vies.
Je suis resté dans ce pays froid pendant quelques semaines rk avant de revenir sur Dakar parce que je m'étais rendu compte qu'il m'était impossible d'oublier Maï. Cet amour incommensurable que je ressentais pour elle était toujours là, toujours aussi intense, grand mais aussi impossible...
J'avais l'impression que je l'aimais encore plus de jour en jour. Rien qu'en pensant à elle, mon cœur se lâchait. Je fondais en larmes à chaque fois que je pensais qu'elle n'allait jamais être ma femme, la mère de mes enfants et que tous nos projets n'allaient aboutir à rien. J'avais même commencé à construire une maison pour nous mais je comptais la placer en vente. J'avais contruit un cabinet d'avocat pour qu'elle puisse mieux se sentir à l'aise dans son boulot mais j'allais quand même lui remettre les clés.
Chaque jour qui passait, l'envie de la voir, la prendre dans mes bras, la chérir, la gâter m'animait mais c'était quasiment impossible.
__Makhtar dimanche dagn lay may sokhna ( Makhtar dimanche, tu vas te marier) me dit mon père qui venait d'entrer dans le salon.
__Quoi ? Qui va épouser qui ?
__Toi bien sûr, nous avons décidé de te donner la main de ton amie là, celle qui vient te rendre visite ces temps-ci. Ta mère a parlé avec elle et elle a accepté de t'épouser non seulement parce qu'elle t'aime mais aussi pour t'aider à oublier Maï.
__Et mon avis dans tout ça ? Ça ne compte pas ? Le mariage c'est entre moi et Isabella ou entre moi et vous ? En plus serait-elle prête à se convertir en m*******e pour moi ?
__Nous avons déjà parlé de tout ça et elle est prête. Dit-il.
__je n'ai non plus le droit d'y réfléchir ?
__ Mon fils nous faisons ça uniquement pour ton bien et c'est la seule chose qu'on peut faire pour que tu oublies ta sœur. L'amour peut venir après le mariage Makhtar. Isabella est une jeune femme intélligente et super bien éduquée alors elle sera une bonne épouse pour toi saura aussi être à la hauteur de tes attentes.
__Mais...
__Il n'y a pas de mais qui tienne. Il faudra tout simplement que la mettes sur le droit chemin. Apprends-lui tout ce que tu sais sur la religion et le bonheur triomphera.
__ papa, le mariage est quelque chose de très serieux, c'est sacré. Un mariage sans amour n'a aucun sens. L'amour est la base et moi, je n'aime pas Isabella. Je la considère seulement comme ma propre sœur alors de grâce laissez-moi me remettre de cette situation.
__ladioumala sa avis, damala done yeugeul kessei alors prépare-toi ( je ne te demande pas ton avis, je te mettais uniquement au courant. )
__Mariage forcé lay done ( ça devient un mariage forcé)
__prépare-toi nak.
Exaspéré, je saisis mon cellulaire afin d'appeler Isabella. Non mais pourquoi elle a fait ça ?
_wa Makhtar pourquoi tu m'appelles à cette heure ? Que se passe-t-il ?Me questionna-t-elle, la voix endormie
__hum tu ne sais vraiment pas ce qui se passe?
__ahhh je sais de quoi tu parles. Tu sais Makhtar, je ne voulais vraiment pas que tu saches que je suis amoureuse de toi dans ces circonstances mais c'était pour moi une bonne occasion de réaliser mon rêve qui est d'être ta femme et de connaître aussi des choses sur ta religion qui sera bientôt notre religion. Je ne sais pas si cela va te déranger mais j'ai été contente quand j'ai su que Maï est ta sœur. Makhtar, je faisais semblant d'être contente pour vous mais à chaque fois que je vous voyais ensemble, l'envie de pleurer de chaudes larmes m'animait. Ça me faisait juste mal. S'il te plait Makhtar accepte de m'épouser et je te jure que tu ne le regretteras pas.
__Mom kay je n'ai rien à refuser puisque mon père m'a forcé ce mariage.
__je peux toujours lui dire de tout annuler.
__Non ne le fais pas, je compte bien t'épouser mais sache dès maintenant que je ne t'aime pas et je ne pense aucunement que je pourrais t'aimer un jour mais bon Dieu est grand. Lui dis-je sincèrement.
__ Si ça ne marche pas entre nous, on pourra divorcer. Me dit-elle tristement.
__ le temps nous en dira plus. Dis-je avant de raccrocher.
Les jours qui s'en suivaient étaient super mouvementés dire que ma mère préparait le mariage qui s'approchait à grands pas. Elle voulait à tout prix organiser une fête grandiose et surtout inoubliable mais je n'étais franchement pas de son avis. Je voulais juste qu'on fasse un mariage religieux mais avec ma mère, ça demeurait impossible.
La veille du mariage, j'avais pris la décision d'aviser Maï car c'était le minimum des choses. J'espérais juste qu'elle n'allait pas le prendre mal...
****SOKHNA MAÏ RASSOUL SECK****
Les jours se sont écoulés plus vite que je ne le pensais. Ma mère était toujours à l'hôpital psychiatrique mais n'empêche j'y allais tous les deux jours. C'était dur de combiner mon boulot avec les visites mais je m'en sortais bien.
On dit souvent que Yalla loumou deff rk amna loutax wayei deug leu ( Si Dieu a fait une chose, c'est parce qu'il y'a une raison mais c'est la vérité). Moi qui pensais que j'allais me sentir seule mais tel n'a pas été le cas puisque je m'étais un peu rapprochée du psychiatre de ma mère. Il était gentil et ouvert d'esprit. Il était un très bon ami pour moi. Le courant a vite passé entre nous. On parlait chaque jour de tout et de rien. Il allait même jusqu'à me raconter ses problèmes qui étaient d'ordres familiaux. Je lui conseillais de la même manière qu'il le faisait à chaque fois que je lui racontais mes maux. On dit que l'amitié entre deux êtres de sexes opposés n'existe pas mais selon moi, il faut juste mettre les points sur les "I' et les traits sur les "T". Je lui avais fait comprendre dès le début de notre relation que je ne voulais plus d'hommes dans ma vie et que si j'ai quelqu'un avec qui discuter de tout et de rien rk, ça va. Même s'il était marié, je lui avais quand même éclairci les choses parce que l'homme aime se battre et s'approcher du fruit de l'interdit...
Bref, j'étais en train de regarder la télévision quand je reçus un appel de Makhtar. À vrai dire, j'étais restée longtemps sans avoir ses nouvelles. Il ne faisait aucun signe de vie. J'avais alors dû en déduire qu'il refaisait sa vie. Je n'ai moi non plus cherché à le revoir et c'était également l'occasion pour moi de l'oublier même si je ressentais encore quelques choses...
__Allô Makhtar. Dis-je d'une toute petite voix.
__Hey Maï ça va ?
__ça peut aller et toi?
__je vais bien aussi. On peut se voir ? Me questionna-t-il.
J'hésitai un peu avant de répliquer.
__oui oui.
__parfait ! Je suis en route.
Mais pourquoi voulait-il me parler après si longtemps ? Trop de questions me traversaient l'esprit...
Quelques minutes après, on toqua à la porte. Ça devait sûrement être lui. Je me levai et ouvris. Mais quand j'ai ouvert et que nos regards se sont croisés, j'ai senti des palpitations. Mon traître de cœur battait à un rythme anormal. On se dévorait amoureusement du regard alors que nous avons le même sang mon Dieu !
__euh...euh..Bonsoir Makhtar entre.
__Bonsoir Maï merci. Fit-il avant d'entrer.
Une fois dans le salon, il prit place et je partis lui chercher des rafraîchissements...
À mon retour, il a seulement bu de l'eau avant de prendre un air sérieux.
__Où est Tata Diamma ? Demanda-t-il.
__Ma mère est à l'hôpital.
__Quoi ? Elle est malade ?
__oui oui mais elle va sortir bientôt. Dis-je, un peu réticente. Je ne vais quand même pas lui raconter ma vie.
__prompt rétablissement à elle.
__merci beaucoup. Bon que voulais-tu me dire?
__euh...bon..bah il se trouve que je vais me marier demain....
Mon Dieu ! Ce que j'ai ressenti à l'entente de ses dires était franchement indescriptible. Mes yeux piquaient, signe que j'étais sur le point de pleurer. Non mais pourquoi je me sens si mal ? Il allait tôt ou tard se marier non ? En plus il ne pouvait plus être mon mari.
__Heureux...ménage...lui souhaitai-je la gorge sèche. Mes yeux s'humidifiaient, je ne pouvais franchement plus me retenir...
__Sois forte Maï. La vie est ainsi et tu sais mieux que moi qu'on ne peut toujours pas avoir tout ce que nous voulons. Je me sens beaucoup plus mal que toi Maï mais j'essaie quand même de me contenir. Je sais que c'est incoercible mais Dieu est grand. Je te souhaite tout le bonheur du monde. Me dit-il avant de se lever.
Il se sentait sûrement mal et avait envie de pleurer mais ne voulait pas le faire devant moi, il s'est alors éclipsé en toute vitesse.
Après son départ, j'ai craqué ! C'était juste insupportable.
Non mais que faire pour sortir de ce gouffre aussi profond ?