Chapitre 09: S'accrocher au passé
Les jours filent à toute vitesse, mais les choses restent intactes, inertes dans l'espace. Il n'y a pas eu le moindre changement dans le sphère de la planète. On dirait qu'il n'y a eu aucun changement dans l'espace. En ce qui concerne les humains, c'est le contraire. Ils cherchent plutôt à améliorer les choses de manière continue. Ils préfèrent laisser de côté leurs mauvaises habitudes en modifiant certaines choses à leur niveau pour progresser. Plus on avance, plus le cours de la vie devient plus facile. Mais ne soyez pas étonnés que certains préfèrent s'accrocher au passé en nourrissant l'espoir qu'un jour tout ira mieux. S'accrocher au passé et ne penser qu'à cela en permanence nous éloigne non seulement du présent, mais nous détruit progressivement jusqu'à ce que notre futur soit plus cruel que notre passé. C'est ce dont souffre Leïla Novachek depuis qu'elle est confinée et retenue dans sa pièce.
Leïla refuse toute présence autour d'elle, elle préfère se réveiller tôt en larmes et se recoucher tard toujours en pleurs. Son père a essayé maintes fois de lui remonter le moral, mais en vain. Aujourd'hui, réveillée avec un peu d'espoir d'aller de l'avant, elle s'approcha de sa fenêtre qui lui envoyait les éclats du soleil aussi doux qu'ardents. Une fois près de la vitre, elle se souvint de la toute première fois où elle rencontra Freddie, devant lui ce même jour et à la même heure de la journée. Quelle coïncidence ! Ses mots lui ont remonté le moral à cet instant et sa présence en soirée ce même jour-là lui a fait plus que du bien. Elle a pu concrétiser tout ce qu'elle n'aurait jamais eu la chance de faire pendant des années en une seule journée.
Les souvenirs lui remontent rapidement à l'esprit, elle voulait repartir dans ce passé sans se retourner. Elle observe le bas en admirant l'espace et la beauté de la nature tout en jouant des scènes dans sa tête jusqu'à ce que son subconscient prenne le dessus. Elle prononce des phrases qu'elle nourrit de sentiments.
"Ma vie, que me veux-tu ? Que me reproches-tu ? N'ai-je pas droit au bonheur tout comme les autres ? Pourquoi aimes-tu jouer avec mes sentiments ? Veux-tu me laisser une fois de plus sombrer toute seule ?"
"J'ai dû affronter des tonnerres en laissant partir ma seule joie, ma raison de vivre, celle qui gravitait des échelons juste pour me redonner le sourire."
"Ma mère n'était pas seulement ma mentor, mon guide, mon miroir, mon reflet lorsque je me regarde, la seule lumière qui n'a cessé d'orienter mes pas sans me juger."
"Tu m'as fait voir la foudre sans la moindre pluie, inondant mon monde de ses fils et filles de riches qui ne comprennent rien de ma douleur et n'ont pas les mêmes visions que moi. Ils ne comprennent rien à la compassion, car cela n'a jamais figuré dans leurs dictionnaires."
"J'ai tout accepté car on ne peut s'imposer à tes choix et décisions. Tu as toujours contrôlé mon existence, y compris mes moments de joie."
"Et pour une fois, tu me couvres d'une joie inestimable et pour te remercier, je saisis l'occasion pour enfin retrouver ma joie perdue depuis des années. J'étais tellement heureuse de pouvoir redevenir normale, la Leïla que j'étais auparavant aux yeux de tous."
"Tellement fière de retrouver le sourire gracieux qui se dessinait sur mon visage en me retrouvant dans un royaume avec Freddie."
"Comme j'étais une mauvaise graine ayant poussé au beau milieu, tu viens gâcher cette joie en m'éloignant de celui qui a su me redonner le sourire. Cette personne n'est que mon Freddie, le seul qui pourra me redonner le sourire à nouveau."
"Il a fait son apparition dans ma vie en y laissant des traces que je ne puisse m'en souvenir. Tellement il a chamboulé mon cœur que mon monde ne tourne que autour de lui."
"Je ne peux le revoir à nouveau pour retrouver cette joie qu'il a su planter dans mon cœur pendant ses 24 heures passées près de lui."
Cette fois-ci, elle n'avait personne pour lui remonter le moral comme l'aurait fait Freddie ce jour-là. Un bruit familier lui sort de ses rêveries. Elle ne bouge pas de sa position, espérant que quelqu'un la surprenne. La seule personne qu'elle ne souhaite pas voir.
Dans le couloir, les pas frappant le sol d'un air assuré et élégant ne peuvent que rappeler que seul le tout-puissant sénateur pourrait marcher avec tant de prestance. En soulevant les pieds l'un après l'autre, il jette un coup d'œil au plafond, admirant la beauté et l'élégance du couloir. Non seulement il est fier de lui, mais il atteint également le sommet en voyant son investissement briller de mille feux.
En un poignée de main, la porte de la chambre de Miss s'ouvre, laissant entrer le sénateur qui s'approche de sa fille avec un air joyeux. Cependant, elle ne se soucie guère de sa joie et ne répond même pas à sa salutation.
"Ma chérie, comment vas-tu aujourd'hui ? Et comment s'est passée ta journée ?" dit le sénateur en se plaçant près de sa fille.
Aucune réponse ne provient de cette dernière. Non seulement elle ne veut pas le voir, mais elle est aussi perdue dans son monde de rêve.
"Tu sembles toujours en colère contre moi, n'est-ce pas ? Mais calme-toi, tout cela est pour ton avenir, ma chérie", dit-il une fois de plus en déposant un b****r sur son front.
Leïla reste accrochée à la vue de l'autre côté, celle qui s'étend au-dessus de leur jardin. Son père, gêné de la voir ainsi, lui dit :
"Je t'aime tellement fort que je ne supporte pas de te voir dans cet état. Ta joie est la mienne et tes peines le sont aussi. Je ne veux te voir que joyeuse et épanouie", lui confie-t-il en tournant les talons.
Leïla, qui ne dit toujours rien, laisse son père s'éloigner, mais avant que le sénateur puisse franchir le seuil, elle prononce un mot.
"En me privant du bonheur ! C'est ainsi que tu penses me témoigner ton amour en tant que pilier de mon existence !" Ce qui retient le sénateur dans son élan.
Il se retourne pour faire face à Leïla, qui n'a pas bougé de sa position, tournant simplement le dos à son père.
"Si seulement tu savais à quel point ma réputation est en jeu. Je suis ton père et je sais ce qui est bon pour toi", dit-il en rebroussant chemin.
"Tu n'es qu'un égoïste et tu ne penses qu'à toi. Tu te moques de mes sentiments !"
"Je t'interdis de me parler ainsi, et tu sais de quoi je suis capable lorsque je suis en colère", dit-il, l'air irrité.
"D'accord, que peux-tu faire de plus à part m'enfermer ici et me priver du bonheur que je mérite", dit Leïla en se dirigeant vers l'un de ses sièges.
Son père, tellement irrité, ne souhaite pas discuter davantage avec sa princesse et, pour ne pas franchir les limites, il se retire doucement, laissant sa fille pleine d'interrogations.
"Dave, assure-toi qu'elle ne sorte pas", ordonna le sénateur à l'un des gardes du corps chargé de surveiller sa fille.
"Tout à fait, monsieur", répondit-il.
Le sénateur ajusta sa veste en continuant son chemin. Il se rendit directement à son bureau, suivi de ses nombreux gardes du corps qui assuraient sa surveillance. Une fois devant les locaux de l'administration, il fut accueilli par un groupe d'individus, ce sont les journalistes de la presse de New York.
"S'il vous plaît, monsieur le sénateur, nous avons quelques questions à vous poser", lui lança un jeune homme en face de lui.
"S'il vous plaît, monsieur le sénateur, qu'en est-il des nouvelles de la jeune demoiselle Novachek ?" lui demanda un autre parmi la foule.
"Pour répondre à cette question, je peux simplement vous dire que ma fille Leïla va très bien. Avez-vous une autre question ?", clarifia le sénateur d'une voix rauque.
"Oui, monsieur, on aurait appris que la jeune demoiselle est enfermée dans sa chambre et ne peut recevoir de visite. Pouvez-vous nous éclaircir ce malentendu ?"
"Leïla Novachek va très bien et elle a besoin de repos après le concert de la dernière fois. Je vous remercie", dit-il en les renvoyant.
"Nous avons une autre question pour vous", répliqua une jeune dame.
Le sénateur ne souhaitait plus répondre à d'autres questions venant de la presse, car ces questions devenaient déjà excessives. Une fois le dos tourné, ses gardes du corps se chargèrent de maîtriser la foule, et le sénateur retourna à l'intérieur en compagnie de son assistante et du reste des gardes. Il était surpris par les questions que la foule lui posait. Après tout, il est le sénateur de tout un pays, donc il est normal que la presse passe son temps à fouiner dans la vie des dirigeants.
À suivre...
Sidoine BDH Atanya