LE POINT DE VUE DE CASEY
Je me sens en sécurité avec Bastien. Mon père m'a toujours conseillé de me tenir à l'écart des autres métamorphes, et après avoir échappé de justesse aux pumas, je comprends pourquoi. Mais je sais que je peux faire confiance à Bastien, et pas seulement parce qu'il m'a sauvée. Il y a quelque chose d'honorable chez lui. Ma louve n'aime pas d'habitude être entourée d'étrangers, mais elle l'apprécie immédiatement. Cela doit signifier quelque chose.
Sa main sur ma hanche est apaisante malgré ma nudité – et la sienne. Je ne suis pas prude, mais je n'ai guère l'habitude de fréquenter des gens nus. J'ai presque de la chance d'avoir cette entaille sur le côté, car elle m'empêche de regarder ailleurs.
La part de moi qui ne se concentre pas sur la survie est obsédée par lui. Malgré une blessure sanglante au front, il est attirant. Ses yeux bleu vif me fixent avec une douceur qui trahit son corps musclé. Ses cheveux noirs, longs jusqu'au menton, lui pendent autour du visage, mais ne dissimulent ni sa mâchoire puissante ni ses lèvres fines en arc de Cupidon. Elles sont si irrésistibles, même maculées de sang.
Pourquoi est-ce que je pense comme ça ? Je viens de vivre une expérience de mort imminente. Je ne devrais pas fantasmer sur un homme étrange.
Mais il ne semble pas étranger. Il semble comme un membre de la meute. Et c'est une sensation entièrement nouvelle, profonde et primitive.
Tandis que Bastien inspecte mes blessures, il presse ses doigts contre ma hanche, me faisant frissonner de désir. Mon loup me pousse à me blottir contre lui et à me blottir contre sa poitrine.
Ce doit être l'adrénaline. Ou une sorte de phénomène psychologique où l'on tombe amoureux de son sauveur.
— C'est ton territoire ? demandé-je pour ne pas devenir folle.
Bastien hoche la tête, mais ses yeux restent rivés sur moi.
— Et toi, tu es l'Alpha ? demandé-je, espérant ne pas paraître complètement désemparée. Il donne l'impression d'être un chef ; tous les autres loups lui ont obéi sans poser de questions.
Bastien cligne des yeux, surpris.
— Non, je dirige les protecteurs de la meute.
— Ah.
Je prie pour ne pas rougir.
— Alors, comme un capitaine.
— Bien sûr, si tu veux utiliser des termes humains.
Il hausse les épaules.
— Ta blessure guérira, mais il te faudra probablement quelques jours avant d'être en pleine forme.
Il ne retire pas sa main de ma hanche, et je ne veux pas qu'il le fasse. Le poids chaud est agréable – non, vraiment. Mais ce n'est pas suffisant pour apaiser ma frustration envers moi-même. Je n'ai jamais été le genre de demoiselle en détresse.
— En pleine forme, oui, grogné-je. Parce que je me débrouillais si bien jusqu'à ton arrivée.
— Tu t'en sortais mieux que la plupart des louves, dit-il, l'air impressionné.
J'ai du mal à comprendre pourquoi, mais j'apprécie quand même le compliment.
Une branche qui craque attire notre attention. Bastien se retourne brusquement, grognant déjà.
— Waouh, c'est juste moi. Pas besoin de te déchaîner, dit l'un des loups de Bastien.
Il a les cheveux roux en bataille et n'est pas aussi large ni musclé que Bastien. Il est nu, alors je détourne rapidement le regard.
— J'attends de mon équipe qu'elle soit plus furtive, Jules, dit Bastien d'une voix aiguë et autoritaire.
Cela ne devrait pas être si sexy.
Bastien se déplace devant moi, me protégeant de la vue de l'autre loup.
Ma poitrine se réchauffe. Bastien me protège, même de sa propre meute. Malgré ma vulnérabilité, je sais que je suis en sécurité avec lui. Mon loup a envie de se blottir contre lui et de se lover à ses pieds.
— Peu importe, mec, railla Jules. Voilà les vêtements de la fille.
Jules lance un tas de tissus, y compris mes sous-vêtements, à Bastien. Il attrape le paquet et marque une pause, respirant.
Est-ce que Bastien vient de renifler mes vêtements ?
— Laisse un peu d’intimité à Casey, ordonne Bastien.
Jules hoche la tête et s'éloigne. Bastien ne quitte pas Jules des yeux jusqu'à ce que le rouquin soit hors de vue. Puis il se tourne vers moi.
— As-tu besoin d’aide pour t’habiller ? demande-t-il.
— Ça devrait aller, dis-je, sans vraiment savoir.
La douleur est supportable quand je suis immobile, mais j'appréhende de bouger.
— Je vais t'aider à te relever, dit-il d'un ton qui ne souffre aucune objection.
Il met mes vêtements de côté et me tend la main. Avec son aide, je réussis à me relever, tout en grimaçant.
— Je sais, dit-il doucement, reconnaissant ma douleur.
Une fois debout, la douleur s'estompe. Il me tend ma culotte. J'aurais dû être gênée, voire scandalisée, mais l'influence apaisante de Bastien me calme.
Je suis instable, je vacille en levant le pied. Apparemment, je ne suis pas aussi stable que je l'espérais.
— Puis-je ? demande Bastien.
Je déglutis et hoche la tête. C'est un inconnu ; je ne devrais pas le laisser m'habiller. Mais il y a en lui une familiarité, une sécurité qui l'emporte sur la logique.
— Mets tes mains sur mes épaules, dit-il en s’agenouillant devant moi.
Mon cœur bat la chamade tandis que je suis ses instructions. Sa peau est si chaude et ses muscles sont durs comme la pierre.
Il tient ma culotte, me permettant de l'enfiler. Je suis contente d'avoir porté une culotte en coton noir plutôt qu'une culotte embarrassante. Il la fait glisser sur mes cuisses, et je réprime un frisson. Ses doigts effleurent ma peau, et une chaleur s'empare de moi lorsqu'il la pose sur mes hanches.
Il répète le processus avec mon jean. Je me concentre sur la douleur au flanc et ignore l'excitation qui menace de me submerger. Moi. Peut-être ne sent-il pas l'effet qu'il a sur moi, mais c'est sans doute un vœu pieux. Son visage est là, juste là.
Au moins, quand Bastien m'aide à enfiler mes bottes, ça me donne un moment pour me contrôler. Il se lève et soulève mon soutien-gorge. Je remercie la lune et les étoiles qu'il soit assorti à ma culotte. Je n'avais pas prévu de me mettre nue devant qui que ce soit aujourd'hui.
— Tu crois que tu vas réussir à le faire ? demande-t-il en regardant ma blessure.
Il se comporte en gentleman, mais malheureusement, cela le rend encore plus séduisant.
Je me retourne pour regarder la découpe. Mon soutien-gorge sera juste par-dessus.
— J'en doute, dis-je. Je vais juste mettre mon t-shirt. Ça me va.
Bastien et les autres loups m'ont déjà vue nue, donc ce n'est pas grave s'ils voient mes tétons durs à travers mon haut.
Bastien m'aide aussi à l'enfiler, même si je n'ai pas besoin d'aide. Malgré sa force et sa combativité redoutable, il est doux.
Je suis enfin habillée, mais il reste nu. Je dois me forcer à ne pas regarder, surtout quand je remarque qu'il n'est pas vraiment doux. C'est réconfortant de savoir que je ne suis pas la seule affectée.
Il faut que je me ressaisisse. C'est sûrement juste l'adrénaline. Quand je me calmerai, je verrai à quel point c'est fou.
— J'ai garé mon camion sur la route, dis-je. Si tu me guides jusque-là, je pourrai rentrer chez moi.
— Tu ne vas nulle part avec cette blessure, dit-il, ses yeux bleus lançant des éclairs. Comme je te l'ai dit, je t'emmène dans ma meute où tu pourras te rétablir. J'enverrai quelqu'un chercher ton camion.
Les avertissements de mon père de rester loin des autres métamorphes résonnent dans mes oreilles. Il ne m'en a cependant jamais donné la raison.
— Je ne veux pas déranger, dis-je, le cœur battant la chamade.
Suis-je sa prisonnière ?
Bastien me regarde dans les yeux, et je n'y vois aucun danger dans leurs profondeurs. Mon loup m'exhorte à lui faire confiance.
— Ce n'est pas un problème, dit-il.
Sa main plane sur mon bras comme pour me rassurer.
— Tu as été blessée sur nos terres, et je ne laisserai pas un autre loup sans défense. Je – nous – te protégerons pendant ta convalescence.
Je déteste dépendre des autres, et encore moins d'inconnus. Mais pour une raison inconnue, je ne veux pas me disputer avec Bastien. Pour être honnête, l'idée de quitter Bastien et de rentrer chez moi est… bouleversante.
Probablement parce que je sais qu'une maison vide, pleine de souvenirs de papa, m'attend. C'est tout.
— D'accord, dis-je lentement. Où allons-nous ?
— Je te porte, dit-il.