Pour aider le sommeil à venir, j'ouvre au hasard le livre de poèmes qu'Emel m'a apporté. Je la revois dans la jupe longue très colorée qui lui donnait une démarche dansante, l'ouvrage à la main. J'avais fait semblant de la gourmander : Je sais bien qu'il est de bon ton d'apporter un cadeau aux malades mais ce n'était pas nécessaire... Sa réponse avait fusé aussi vive qu'elle-même : D'abord, vous n'êtes plus malade et ce n'est même pas parce que vous l'avez été que je vous offre ceci. C'est pour vous dire que je suis contente d'entrer dans votre famille, que j'adore cette histoire terriblement romantique de Raphaël avec ses deux pères... Et ce qu'elle avait ajouté m'avait en une seconde reporté cinquante ans en arrière lorsque Suzanne et son amour de l'histoire, m'avaient ouvert le royaume


