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760 Mots
Chapitre 4 — Les Ombres du Contrat Aurora Je me penche en avant, le cœur battant à tout rompre. — Qu’est-ce que vous voulez dire, Damien ? Le contrat, l’agence… qu’est-ce qu’il y a de mal ? Damien hésite, ses yeux glissant sur la foule autour de nous. — L’agence… elle n’est pas seulement une agence de mode. — Quoi ? Comment ça ? Dis-le-moi ! Il se tait un instant, regarde derrière mon épaule, nerveux. — Je ne peux pas en dire plus ici. Viens avec moi, je t’expliquerai tout. — Dis-le ici, si c’est vraiment dangereux ! Il inspire profondément. — Cette agence est une agence de... — Mademoiselle Bilda Aurora ! Je sursaute. Boris surgit, son regard perçant, presque autoritaire. — Il y a un groupe de personnes qui vous attend pour valider définitivement votre contrat. Je tourne les yeux vers Damien, déchirée. — D’accord… je dois y aller. On se voit plus tard ? — Fais attention, souffle-t-il. Je le quitte, un nœud dans la gorge. Sur les escaliers, je demande à Boris : — Eh, pouvez-vous me parler un peu plus de cette agence ? Il sourit, sûr de lui. — Bien sûr. C’est une grande famille, Aurora. Elle lance les carrières de mannequins débutants, ouvre les portes des marques les plus prestigieuses : Chanel, Dior, Versace… Elle t’apprend la posture, la grâce, la maîtrise de ton image. Et surtout, elle protège ses talents. Je l’écoute, partagée entre excitation et malaise. — Et… après avoir signé ? — Après, tu n’auras plus à t’inquiéter de rien. Tu feras partie des nôtres. Il marque une pause, me fixe. — Tu as déjà signé. Tu ne peux plus faire demi-tour. Mais tu n’auras aucun regret. Je vois en toi un grand potentiel. Et, disons-le franchement, une beauté rare. Je baisse les yeux, gênée. — Je… je ne sais pas. Je me sens un peu mal à l’aise. — Ça ira, dit-il en souriant. C’est sûrement le stress. Tu as deux choix, Aurora : soit tu entres dans cette salle et ton rêve devient réalité, soit tu rentres chez toi. Rien n’est forcé. Il attend ma réponse. — Je vais les rejoindre. C’est mon rêve. Ma passion. Je ne peux pas abandonner maintenant. — Très bien. Allons-y. Ton avenir commence ce soir. Nous pénétrons dans une salle isolée, aux murs tapissés de velours. L’air y est lourd, presque étouffant. Des hommes me regardent en silence, leurs visages éclairés par la lueur dorée des lampes. Un homme d’une soixantaine d’années s’avance. Large sourire, costume trop brillant. — Bonsoir, mademoiselle Bilda ! Je suis ravi de vous voir parmi nous. Soyez la bienvenue. Je me nomme George, directeur de l’agence. — Enchantée, monsieur George. Je suis ravie aussi. Il hoche la tête et fait un geste à Boris. — Vous pouvez disposer, tous les deux. Boris me lance un regard rapide avant de sortir. Je reste seule avec George et deux autres hommes. Le directeur prend un dossier épais et le pose devant moi. — Voici le contrat définitif, dit-il. Signe ici, et ta carrière décollera. Tu deviendras une star internationale. Je feuillette rapidement les pages. Les mots exclusivité totale et obéissance absolue me sautent aux yeux. Un frisson me traverse. — Stop, dit George en m’arrêtant au moment où je saisis le stylo. Il y a une condition avant la signature. Je relève la tête. — Une condition ? Laquelle ? Son sourire s’élargit, mais ses yeux se vident de toute douceur. — Tu veux vraiment devenir reine de beauté ? — Oui… c’est mon rêve. Je ferai tout pour y arriver. — Tout ? Je sens ma gorge se nouer. — Tout, répété-je, sans comprendre. George échange un regard avec un homme derrière lui. Un silence lourd s’installe. — Parfait, dit-il enfin. Alors, montre-le. Ses mots tombent comme des pierres. Je comprends sans qu’il n’ait besoin d’ajouter autre chose. Le monde se met à tourner autour de moi. Ma main tremble, le stylo m’échappe. Je recule d’un pas. — Je… je ne comprends pas. George s’avance, lentement. — Tu comprends très bien, Aurora. C’est la règle ici. Tu veux le succès ? Il faut savoir ce que tu es prête à donner. Je reste figée. Mon cœur cogne contre ma poitrine. Je cherche une issue, une voix, un espoir. Mais les regards dans la pièce se referment sur moi comme une cage. Et c’est à cet instant précis que je comprends : je ne suis pas entrée dans une agence de rêves. Je suis entrée dans un piège.
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