Les excuses

652 Mots
_ Si ton patron te couvre c’est déjà bon. C’est à cause d’elle que j’hésite à venir te voir là-bas. Tu imagines si elle est là, elle dira que tu as fait venir ta collègue voleuse de mari. Si seulement elle pouvait savoir ce qui s’est passé entre vous, elle se pendra. _ Ah ça ! Mais il faut venir. Je te dirais lorsqu’elle ne sera pas dans les parages. _ Ça marche ! En passant, mes amis et moi organisons une soirée dansante samedi soir. Si tu peux, tu nous accompagnes. On contribue à hauteur de dix mille francs. _ Jusqu’à dix mille ? Vous allez au jardin d’Eden ? _ hahahaha mais non, on veut un endroit propre, chic et classe. Pas les petites boîtes du quartier. On veut se mettre bien tu vois. _ Ah oui, les choses des riches. Je n’ai pas d’argent pour ça. _ Je sais c’est pour ça que je contribuerai pour toi. _ Où as-tu pris de l’argent ? _ J’en ai demandé à ma grande sœur. Elle m’a envoyé des Euros. _ Ah ma copine est friquée. Sauf que tu vas sortir comment avec tes parents gendarmes ? _ Ils ne seront pas là le week-end, ils vont à une cérémonie au village donc ma copine on n’aura la maison pour nous. Dis-moi que tu vas venir s’il te plait. Cela te permettra de décompresser un peu. Est-ce que tu te rappelles de la dernière fois que tu t’es amusée ? C’était à l’époque de ton ex. ça fait bien longtemps. _ Hum, je vais réfléchir. C’est l’état de ma mère qui me dira si je peux dormir dehors ou pas. Ces derniers jours elle a développé une qualité de toux que je ne comprends pas. J’ai appelé son médecin il m’a dit quoi lui acheter. J’espère que ça ira. Je te tiendrai au courant. _ D’accord. Depuis quelques jours, Nabila ressent un besoin pressant de sortir. Respirer, rire un peu, s’évader. Oublier le poids des responsabilités. L’invitation de Zita lui trotte dans la tête. Une petite sortie entre filles. Rien d’extraordinaire. Juste quelques heures pour se sentir jeune. Mais peut-elle se le permettre ? C’est elle qui veille sur sa mère chaque nuit. La culpabilité l’empêche de décider. Le lendemain matin, elle arrive au travail à l’heure habituelle. Elle enfile son tablier et commence le nettoyage. Les carreaux sont soigneusement passés à la serpillère. Chaque coin est frotté avec application. Ensuite, elle entre en cuisine. Elle prend volontairement son temps. Rama est à la maison. Nabila préfère éviter tout reproche et la laisser préparer le petit déjeuner comme elle le désire tant. Soudain, une voix l’interpelle depuis le salon. _ Nabila ! C’est Rama. Nabila s’essuie les mains et s’y rend. Rama est en chemise de nuit, les cheveux détachés, une bouteille d’eau à la main. Elle pointe le sol du doigt. _ Tu appelles ça nettoyer ? Quelques traces d’eau brillent sur le carrelage. Nabila fronce légèrement les sourcils. _ J’ai pourtant essuyé madame. _ Eh bien recommence. Et avec les mains pas avec la raclette comme je te vois faire depuis. L’ordre est humiliant. Mais Nabila s’accroupit sans protester. Elle essuie le sol avec un chiffon, à la main. Puis, elle se relève. Elle retourne vers la cuisine. _ Nabila ! Encore un appel de Rama. La jeune fille revient sur ses pas. De l’eau encore au sol. Elle est surprise. Elle vient à peine d’essuyer. Sans discuter, elle nettoie à nouveau. A peine a-t-elle tourné le dos que Rama la rappelle de nouveau. Une troisième fois. _ Reviens ici. Cette fois, Nabila remarque quelque chose. La bouteille d’eau que Rama tient est presque vide. Le sol est mouillé exactement à l’endroit où Rama se tient. La vérité s’impose. Elle verse de l’eau exprès. Juste pour l’humilier. Un silence lourd s’installe. _ Essuie, ordonne Rama. Nabila reste immobile. _ Non.
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