CHAPITRE II : LA LÉGENDE DES MINES DE SALOMON-2

1546 Mots
José da Silvestra »9 Quand j’eus terminé ma lecture et montré à mes deux interlocuteurs la copie de la carte que le vieux dom José avait tracée de sa main mourante avec son propre sang, un long silence de stupeur se fit. – Eh bien, s’écria enfin le capitaine Good, j’ai fait deux fois le tour du monde et vu presque tous les ports, mais je veux bien être pendu si, de ma vie, j’ai jamais entendu raconter ou lu dans un livre une histoire pareille ! – Voilà une histoire qui n’est pas banale, monsieur Quatermain, dit sir Henry. J’espère au moins que vous ne vous moquez pas de nous. Vous ne seriez pas le premier à jouer un tour à un naïf. – Si telle est votre pensée, sir Henry, ripostai-je, très froissé, en remettant le papier dans ma poche — car je n’aime pas être considéré comme un de ces imbéciles qui trouvent spirituel de dire des mensonges et se vantent en permanence devant les novices de leurs prétendus exploits de chasse —, si telle est votre pensée, eh bien, restons-en là ! Et je me levai pour me retirer. Sir Henry posa sa large main sur mon épaule. – Rasseyez-vous, monsieur Quatermain, me dit-il, et pardonnez-moi. Je me rends très bien compte que vous ne cherchez pas à nous induire en erreur, mais votre histoire est tellement extraordinaire que j’ai eu du mal à y croire. – Je vous montrerai les originaux du papier et de la carte aussitôt que nous arriverons à Durban, répondis-je en me radoucissant, car, en y réfléchissant, il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’il eût douté de ma bonne foi. « Mais, poursuivis-je, je ne vous ai pas encore parlé de votre frère. Je connaissais ce Jim, qui était avec lui. C’était un Bechuana de naissance, bon chasseur, et fort intelligent pour un indigène. Le matin du départ de M. Neville, je trouvai Jim debout à côté de mon chariot et en train de se couper du tabac sur le timon. “Jim, lui demandai-je, où vas-tu cette fois ? Chasser l’éléphant ?” « “Non, baas, répondit-il, nous allons chercher quelque chose de plus précieux que l’ivoire.” « “Ah ! De quoi s’agit-il donc ? questionnai-je, intrigué. Est-ce de l’or ?” « “Non, baas, quelque chose de plus précieux que l’or”, dit-il en souriant. « Je ne poursuivis pas mon interrogatoire, ne voulant pas compromettre ma dignité en me montrant trop curieux, mais j’étais perplexe. Au bout d’un moment Jim finit de couper son tabac. « “Baas…” dit-il. « Je fis semblant de n’avoir pas entendu. « “Baas…”, répéta-t-il. « “Eh bienquoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?” lui demandai-je. « “Baas, nous allons chercher des diamants.” « “Des diamants ? Alors vous prenez la mauvaise direction ; vous devriez vous diriger du côté des Mines.” «“Baas, as-tu jamais entendu parler du berg de Suliman ?” C’est-à-dire des montagnes de Salomon, sir Henry. « “Oui !” « “As-tu jamais entendu parler des diamants qui s’y trouvent ?” « “J’ai entendu des histoires à dormir debout, Jim.” « “Ce n’est pas une histoire, baas. J’ai connu une femme qui venait de là-bas et était venue du Natal avec son enfant. C’est elle qui me l’a racontée — elle est morte, maintenant.” « “Ton maître, lui répliquai-je, servira de pâture aux aasvögel — c’est-à-dire aux vautours — s’il s’aventure du côté du pays de Suliman, et toi, Jim, tu en feras autant s’ils trouvent encore quelque chose à ronger sur ta vieille carcasse desséchée.” « Il se mit à rire. “Peut-être, baas. Il faut bien mourir un jour ; mais ça me plairait assez de tenter ma chance dans un nouveau pays. Ici, les éléphants commencent à se faire rares.” « “Ah ! mon garçon, ripostai-je, attends un peu que le « vieil homme pâle » serre ses doigts autour de ta gorge jaune, et nous verrons comment tu chanteras à ce moment-là.” « Une demi-heure après, j’assistai au départ du chariot de Neville. Au bout de quelques instants, Jim revint sur ses pas en courant. “Adieu, baas, me dit-il. Je ne voulais pas m’en aller sans te dire adieu, baas, car je commence à croire que tu as raison, et que nous ne redescendrons pas vers le sud.” « “Alors, c’est bien vrai que ton maître va au berg de Suliman, Jim ? Tu ne mentais pas ?” « J’assistai au départ du chariot de Neville. Au bout de quelques instants, Jim revint sur ses pas en courant. » « “Non, me dit-il, il y va bel et bien. Il m’a déclaré qu’il voulait à tout prix s’enrichir, ou tout au moins essayer ; alors, n’est-ce pas, autant qu’il risque le coup avec les diamants.” « “Attends un peu, Jim, lui dis-je. Je vais te donner un mot pour ton maître, mais tu dois me promettre de ne pas le lui remettre avant que vous soyez arrivés à Inyati.” Inyati se trouvait à une centaine de milles. “C’est compris ?” « “Oui, baas.” « Prenant un bout de papier, j’écrivis rapidement : “Que celui qui viendra… traverse les neiges qui recouvrent le Sein gauche de Saba jusqu’à ce qu’il en atteigne le mamelon, sur le côté nord duquel s’étend la grande route construite par Salomon.” « “Maintenant, Jim, repris-je, lorsque tu remettras ce papier à ton maître, recommande-lui de suivre à la lettre les indications qui s’y trouvent. Surtout ne t’avise pas de le lui donner maintenant : je n’entends pas qu’il revienne me poser des questions auxquelles je ne veux pas répondre. Maintenant, va-t’en, paresseux ; on ne voit déjà presque plus le chariot.” « Jim prit le papier et s’éloigna. Et voilà tout ce que je sais sur votre frère, sir Henry ; mais j’ai grand-peur… » – Monsieur Quatermain, déclara sir Henry, mon intention est d’aller chercher mon frère ; je suivrai sa piste jusqu’aux montagnes de Suliman, et même au-delà si besoin est, jusqu’à ce que je le retrouve ou que j’acquière la certitude qu’il est mort. Consentez-vous à me suivre ? J’ai déjà dit, je crois, que je suis un homme prudent, timide même. Aussi ne me sentais-je aucune disposition pour une aussi téméraire entreprise. S’embarquer dans une pareille expédition serait, me semblait-il, courir au-devant d’une mort certaine, et, sans parler d’autres considérations personnelles, le seul fait que j’avais un fils à élever me rendait, pour le moment, mon existence très précieuse. – Non, sir Henry, répondis-je, je vous remercie beaucoup, mais je préfère m’abstenir. Je suis trop vieux pour me lancer dans une telle équipée, qui se terminerait d’ailleurs comme celle de mon pauvre ami Silvestre. J’ai un enfant dont je suis l’unique soutien ; donc, ma vie ne m’appartient pas. Sir Henry et le capitaine Good parurent aussi désappointés l’un que l’autre. – Monsieur Quatermain, reprit le premier, je possède une grosse fortune, et je ne démordrai pas de mon idée. Fixez vous-même à quel taux vous évaluez vos services, et pour peu qu’il s’agisse d’une somme raisonnable, elle vous sera versée avant même que nous nous mettions en route. En outre, je vous promets de prendre toutes les dispositions nécessaires pour que, s’il nous arrivait malheur, soit à nous, soit à vous, la situation de votre enfant n’ait pas à en pâtir. Vous jugerez d’après cela à quel point j’estime votre présence nécessaire. D’autre part, si nous allons jusqu’au terme du voyage, et si nous découvrons des diamants, ils vous appartiendront à part égale, à vous et à Good. Moi, je n’en ai que faire. Mais il est évident que c’est une chose sur laquelle il ne faut guère compter ; toutefois, si nous rencontrons de l’ivoire en chemin, ce qui est plus raisonnable, vous vous le partagerez de la même manière. Allons, monsieur Quatermain, fixez vous-même vos conditions. Quant aux frais de l’expédition, inutile de vous dire qu’ils seront tout entiers à ma charge. – Sir Henry, répliquai-je, votre proposition est la plus généreuse qui m’ait jamais été faite, et il faut avouer qu’elle est bien tentante pour un pauvre chasseur comme moi. Mais, en revanche, l’entreprise à laquelle vous me demandez de m’associer est tellement périlleuse que j’ai besoin de réfléchir avant de prendre une décision. Vous aurez ma réponse avant que nous arrivions à Durban. – C’est entendu, me répondit sir Henry. Puis je leur souhaitai le bonsoir et allai me coucher. Pendant toute la nuit, je ne fis que rêver du pauvre Silvestre mort depuis si long-temps et des fabuleuses pierreries qu’il avait fait miroiter devant mes yeux. 1. Cette mystérieuse région, célèbre pour son or, n’est pas située par l’Ancien Testament : voir 1 Rois, 9.28 (les serviteurs de Salomon en reviennent avec de l’or, mais aussi [10.11] des pierres et du bois précieux). Voir aussi : Ésaïe 13.12, Psaumes 45.10, Job, 22.24, 28.16. (N.d.É.) 2. Autre nom du Mashonaland, intégré à la Rhodésie par les Anglais en 1895. Actuellement région de la république du Zimbabwe. (N.d.É.) 3. Suliman est, en effet, la forme arabe de Salomon. (H.R.H.) 4. Actuellement province du Mozambique (N.d.É.) 5. Ce mot d’origine néerlandaise désigne en Afrique du Sud un village indigène, un ensemble de huttes ou un enclos pour le bétail. (N.d.T.) 6. Localité située au nord du Zambèze. (N.d.É.) 7. La baie de Delagoa, abri maritime très sûr et le plus accessible pour le Transvaal, donnant sur l’océan Indien, fut convoité par les Portugais et les Anglais au XIXe siècle. Actuellement située au sud du Mozambique dans la région de Maputo. (N.d.É.) 8. Dom : forme portugaise de don, de dominus, « le maître ». Titre de noblesse. (N.d.T.) 9. Eu José da Silvestra que estou morrendo de fome ná pequena cova onde não ha neve ao lado norte do bico mais ao sul das duas montanhas que chamei seio de Sheba ; escrevo isto no anno 1590 ; escrovo isto com um pedaço d’ôsso n’um farrapo de minha roupa e com sangue meu por tinta ; se o meu escravo dér com isto quando venha ao levar para Lourenzo Marquez, que o meu amigo — leve a cousa ao conhecimento d’El Rei, para que possa mandar um exercito que, se desfiler pelo deserto e pelas montanhas e mosmo sobrepujar os bravos Kukuanes e suas artes diabolicas, pelo que se deviam trazer muitos padres Fara o Rei mais rico depois de Salomão. Com meus proprios olhos vé os di amantes sem conto guardados nas camaras do thesouro de Salomão a traz da morte branca, mas pela traição de Gagoal a feiticeira achadora, nada poderia levar, e apenas a minha vida. Quem vier siga o mappa e trepe pela neve de Sheba peito à esquerda até chegar ao bico, do lado norte do qual està a grande estrada do Salomão por elle feita, donde ha tres dias de jornada até ao Palacio do Rei. Mate Gagoal. Reze por minha alma. Adeos.
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