Le prix du savoir et la fureur contenue

525 Mots
Le corps de sa mère, était encore chaud, mais le froid avait déjà saisi l’âme de Sarah. Non pas le froid de la mort lais celui, plus glacial encore, d’une solitude absolue. La Charette funebrey s’était éloignée dans un grincement obscène, emportant l’unique chose qui donnait un sens même tordu à sa vie ici. Maintenant il ne restait que le silence et l’odeur âcre de la terre battue. Assise sur le sol de leur petite case, Sarah serrait contre sa poitrine l’héritage le plus précieux de sa mère : une petite boite en bois noirci, usée par le temps et l’humidité, A l’intérieur il n’y avait ni bijoux, ni argent , mais trois objets dérisoires: un vieux jetons de cuivre poli par l’usage , un médaillon dont l’émail était écaillé révélant un symbole étrange qu’elle ne parvenait pas à identifier, et le plus surprenant, un cahier aux pages reliées par un fil de c*****e. Son coeur battait dans ses tempes, un tambour irrégulier de peur et d’excitation. Les esclaves n’apprenaient pas à lire. C’était une interdiction formelle. Une barrière infranchissable entre le monde des maître et le leurs. Mais sa mère , dans les rares moments où les surveillants étaient absents, lui avait transmis en secret les clés de ce royaume interdit. Elle lui avait enseigné à déchiffrer les lettres à former des mots à comprendre le prix du savoir. Sarah ouvrit le cahier. La première page portait des inscriptions tracées dans une écriture serrée et élégante , différente de celle qu’elle voyait sur les registres du maître. C’était un journal où peut-être une série de notes. Elle commença a lire , absorbé par la lumière vacillante de la lune qui filtrait par une fente du mur. Chaque mot était une étincelle, chaque phrase une révélation qui enflammait une fureur contenue depuis l’enfance. Le journal parlait d’un passé lointain, de voyages, d’un père inconnu,et surtout il décrivait en détail les horreurs qu’elle avait toujours subies, mais cette fois avec la clarté objective d’un témoignage. Ce n’était plus une douleur subie, mais une injustice documentée. Soudain, une ligne la fit frissonner une phrase qui ne parlait pas de la plantation mais de ses origines, un nom de famille qui sonnait étrangement familier et qui était lié à maison du maître. Ce fut l’ultime trahison, mais aussi la seule véritable bouée de sauvetage . Elle comprit que la mort de sa mère était à la fois fin et le commencement. La révélation contenue dans le journal lui offrait une direction, un point de fuite, bien plus puissant que le simple désir de s’échapper. Elle allait fuir pour savoir. Elle referma le cahier , son regard se posant sur le médaillon au symbole énigmatique. Il était désormais recouverte d’une couche épaisse de rage froide. Elle glissa les objets sous son simple vêtement , se leva sans faire de bruit et jeta un dernier regard à la case vide, laissant derrière elle l’enfant qu’elle avait été. Le goût amer de la liberté l’appelait, et la première étape serait de traverser cette nuit, de passer au delà des champs de coton, là où le monde s’élargissait en une promesse dangereuse.
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