L'inspecteur Lavigne Marc
L’odeur du sang séché et de poudre flottait encore dans l’air lorsque je franchis la ligne jaune tendue par mes collègues. Trois corps gisaient au sol, chacun criblé de balles, la scène figée comme une peinture macabre de la nuit passée.
Je sortis mon carnet et pris une profonde inspiration. Des dizaines d’affaires m’étaient passées sous les yeux depuis mes débuts, mais celle-ci avait quelque chose de différent. L’exécution était nette, méthodique. Pas une bagarre de rue, pas une embuscade improvisée : c’était du travail professionnel.
— Inspecteur Lavigne, voici le rapport préliminaire, m’annonça l’agent Morel en me tendant une pochette plastique.
Je la pris, jetant un coup d’œil rapide : trois hommes, tous connus pour leurs liens avec le crime organisé. L’un d’eux, Stéphano Ricci, était un nom qui revenait souvent dans nos dossiers. Trafic d’armes, blanchiment , extorsion… Et pourtant, il avait toujours échappé à la prison. Pas cette fois.
Je me penchai sur son corps. Trois balles, tirées à bout portant. La précision du tir me fit froncer les sourcils. Pas un amateur. Quelqu’un qui voulait s’assurer que Ricci ne se relèverait jamais.
Mon regard balaya la scène. Pas de témoin, pas de caméra dans ce quartier délabré. Mais la signature était claire : ce n’était pas un règlement de compte ordinaire. Non… c’était un message.
— Inspecteur, vous pensez à la mafia ? me demanda Morel, hésitant.
Je relevai les yeux vers lui.
— Quand trois cadavres tombent de cette façon, ce n’est jamais le fruit du hasard. Et croyez-moi, Morel, quelqu’un voulait qu’on comprenne qu’il tient désormais les rênes.
Je sortis une cigarette, l’allumai malgré les regards désapprobateurs de la police scientifique. L’affaire ne faisait que commencer, et une intuition glaciale me traversa : cette nuit n’était que le prologue d’une guerre qui allait ensanglanter la ville.
Je rangeai mon carnet.
— Faites relever chaque douille, chaque trace. Rien ne doit nous échapper. Si celui qui a fait ça veut jouer, alors nous serons prêts.
Mais au fond de moi, je savais que nous étions déjà en retard. L’ombre qui avait frappé ici était organisée, calculatrice… et surtout déterminée.
Les hommes semblaient liés, probablement membres d’un même réseau. Pourtant, quelque chose clochait. Aucun échange de balles, aucun signe de résistance. Ils avaient été surpris. Peut-être trahis.
Un autre jeune agent m'appela et me dis.
– « Inspecteur, » l’interpella un agent en uniforme, « on a retrouvé douze douilles de calibre 9 mm, dispersées autour du lieu. Pas de témoins directs, mais les voisins ont entendu les tirs. »
Je me redresse, mon manteau battant légèrement contre mes jambes .
– « Ramassez-moi chaque millimètre de cette scène. Pas une douille, pas une empreinte ne doit nous échapper. Et faites-moi un rapport sur ces trois types, complet, sans exception. Je veux savoir qui ils étaient vraiment, avec qui ils traînaient, et surtout, qui avait intérêt à les voir morts. »
Mon ton ne souffrait aucune contestation .Les agents se dispersèrent aussitôt pour fouiller chaque recoin.
Restant seul, j'alluma une cigarette et fixai longuement les corps. Ma mâchoire se cripsa. Je connaissais ces genres de jeu . Une meurtre comme celui-ci n'était jamais isolé . annonçait une guerre de l’ombre, une bataille silencieuse où les innocents finissaient toujours par payer le prix fort.
Et au fond de moi , je le savais déjà ce n’était pas un simple dossier. C’était le début d’une chasse.
Alors que je m’apprêtais à quitter la scène, je m’arrêtai un instant pour contempler une dernière fois l’endroit. Quelque chose dans l’air me soufflait que cette affaire ne serait pas ordinaire. J’ai vu des dizaines de cadavres, des règlements de comptes sanglants, des histoires de drogue, mais là… ça avait une odeur différente. Pas seulement celle du sang séché ou de la poudre. Non. Quelque chose de plus sombre, presque invisible, flottait autour de cette maison.
Je notai mentalement les visages que j’avais croisés dans le quartier, les regards furtifs, les portes qui se refermaient trop vite. Les gens savaient quelque chose. Ils se taisaient, mais leurs silences hurlaient plus fort que n’importe quel aveu.
Ce n’était pas juste un triple homicide, c’était un avertissement. Je le sentais dans mes tripes. Et si je n’étais pas prudent, cet avertissement pourrait bien m’être adressé à moi aussi.
Je sortis mon téléphone, envoyai un bref message à mon supérieur pour l’informer que je prenais l’affaire en main. Pas question de laisser passer ça. Trois hommes exécutés de sang-froid en une nuit… Ce n’était que le début.