Adrien
Depuis plusieurs jours, nous tournions en rond, comme des lions traqués dans une cage invisible. Chaque indice que nous suivions semblait se dissoudre entre nos doigts, et chaque mouvement de Lorenzo apparaissait toujours un pas en avance sur nous. Il était rusé, cruel, méthodique… un ennemi dont nous n’avions pas encore perçu toute l’étendue de la puissance.
Je m’étais installé dans le coin de la villa, regardant Élisa manipuler les cartes, les notes et les dossiers étalés sur la table. Elle travaillait sans relâche, les traits tirés, les yeux rouges à force de veiller sur chaque détail. Mais ce qui frappait le plus, c’était sa haine. Une haine brûlante, presque palpable, qui se reflétait dans chacun de ses gestes, dans chacun de ses mots.
Chaque fois que je la voyais, je pensais à son père. À la façon dont il avait été tué sous ses yeux. Cette rage, cette flamme qui ne s’éteignait jamais, alimentait sa force, la rendait implacable. Mais parfois, je voyais cette flamme vaciller dangereusement, comme un feu prêt à tout consumer autour d’elle.
Je restai silencieux, observant. Elle ne me voyait pas encore. Ses doigts tapaient sur le clavier de son ordinateur, ses yeux parcouraient les images de surveillance et les rapports que nous avions pu récupérer. Chaque mouvement de Lorenzo et de ses hommes était une énigme que nous devions résoudre, mais rien, absolument rien, ne nous donnait de piste solide.
Je me levai et marchai lentement derrière elle, posant une main légère sur son épaule.
— « Élisa… » murmurai-je.
Elle sursauta légèrement, mais ne leva pas les yeux.
— « Adrien… » répondit-elle enfin, la voix tendue mais maîtrisée.
Je laissai un moment de silence s’installer. Les dossiers, les écrans et les plans semblaient occuper tout l’espace autour de nous, mais je savais que le vrai combat se passait à l’intérieur d’elle, dans cette rage qui la consumait.
— « Je sais que tu veux les écraser tous… » commençai-je doucement. « Mais… cette haine… si elle te contrôle, si elle nous contrôle… on pourrait perdre quelque chose d’encore plus précieux. »
Elle tourna lentement la tête vers moi, et je vis ses yeux, brillants d’une détermination que rien ne pouvait arrêter.
— « Je ne peux pas… je ne peux pas me permettre de ne pas avoir cette haine. Pas après ce qu’ils ont fait. Pas après ce qu’ils m’ont pris. »
— « Je sais… » répondis-je, posant ma main sur la sienne. « Mais nous devons rester stratégiques, calculés. Chaque erreur peut nous coûter Camille, et bien plus encore. »
Elle hocha la tête, mais je sentis que mes mots avaient à peine touché la surface de sa colère. Elle n’avait pas besoin de moi pour se battre. Elle avait besoin de Lorenzo de souffrir, et j’avais peur que cette obsession consume notre plan.
La nuit était tombée depuis longtemps lorsque nous nous assîmes enfin à une table, entourés de plans, de photos et de notes manuscrites. Marco et Carlos étaient là, silencieux, concentrés. Clara, fidèle et efficace, vérifiait encore les informations que nous avions recueillies. Nous étions une équipe, mais je voyais bien que la tension dans la pièce venait autant de l’extérieur que de l’intérieur.
Je pris une grande inspiration et laissai mon regard glisser sur Élisa. Elle triait les informations comme si sa vie en dépendait. Chaque nom, chaque adresse, chaque détail sur Lorenzo et ses hommes était scruté avec une précision clinique. Et je savais qu’elle se battait pour moi autant que pour elle-même, pour Camille et pour la justice que nous poursuivions depuis si longtemps.
Je m’assis enfin à ses côtés, essayant de calmer mes propres pensées, mes inquiétudes.
— « Nous devons trouver un point faible », murmurai-je plus pour moi que pour elle. « Lorenzo ne peut pas tout prévoir. Il doit avoir une faille quelque part… et nous devons la trouver. »
Élisa leva enfin les yeux, me jetant un regard perçant.
— « Je l’attends… » dit-elle, la voix basse mais glaciale. « Et quand je le trouverai… il regrettera chaque souffle qu’il a pris. »
Je sentis un frisson parcourir mon échine. Cette rage, cette volonté de vengeance pure… c’était magnifique et terrifiant à la fois. Elle avait raison : Lorenzo allait regretter ses actes. Mais je devais garder un œil sur elle, garder un œil sur nous.
Nous travaillâmes toute la nuit, jetant des yeux sur les images de vidéosurveillance, analysant chaque déplacement connu, chaque contact suspect, chaque ressource possible. Rien n’échappait à Élisa. Rien n’échappait à moi non plus. Et malgré le froid, malgré la tension, malgré la peur, nous sentions tous que nous étions sur le point de quelque chose de grand.
À un moment, je la vis fermer les yeux un instant, comme pour respirer, pour se recentrer. Je pris sa main dans la mienne, doucement.
— « On va y arriver », dis-je.
Elle me lança un sourire court, presque un rictus, mais il y avait une étincelle d’approbation.
Nous n’avions peut-être encore rien trouvé, mais la chasse était ouverte. Lorenzo pensait pouvoir nous échapper, penser qu’il contrôlait chaque mouvement. Il se trompait. Nous étions prêts, Élisa et moi, et bientôt, tout ce qu’il avait construit s’effondrerait.
Et alors que l’aube pointait sur la villa, je savais une chose avec certitude : la guerre ne faisait que commencer.
Le soleil commençait à peine à se lever quand nous repassâmes une dernière fois les dossiers étalés sur la table. L’épuisement se lisait sur nos visages, mais il y avait cette tension palpable, ce mélange d’adrénaline et de détermination qui ne nous lâchait jamais.
C’est alors que Marco, penché sur son ordinateur portable, lâcha enfin un souffle que personne n’avait entendu depuis des jours.
— « Attendez… regardez ça. »
Adrien et moi nous approchâmes, les yeux rivés sur l’écran. Les images provenaient d’un ancien contact de Lorenzo, un petit réseau qu’il pensait inoffensif, mais qui avait laissé passer un détail crucial. Un mouvement, une transaction, un lieu… quelque chose qui pouvait nous mener directement à Camille.
Je sentis mon cœur s’accélérer. La rage qui brûlait en moi depuis des jours se mélangeait à un soulagement intense. Nous avions enfin un indice concret, une possibilité réelle de la retrouver. Mais je savais que Lorenzo ne resterait pas les bras croisés. Il fallait planifier chaque mouvement, chaque détail.
— « C’est notre chance », murmura Adrien, les yeux sombres mais déterminés. « Mais on ne peut pas se précipiter. Lorenzo est plus malin que nous, il anticipera nos gestes. »
Je hochai la tête. Chaque plan devait être parfait. Chaque erreur pouvait être fatale.
Alors que nous commençions à établir notre stratégie, je sentis cette flamme en moi s’intensifier. La soif de vengeance, la volonté de protéger Camille et de mettre fin aux jeux de Lorenzo… tout cela nous poussait à aller plus loin, à être plus rapides, plus précis.
Nous avions enfin une piste. Et malgré la fatigue, malgré la peur, nous savions que le véritable combat ne faisait que commencer.