XIV Le brin de soieLe lendemain, lorsqu’ils se rencontrèrent, ils étaient défaits tous deux. Charles, en abordant Henriette, ne se sentit pas le courage de lui parler. Elle lui dit doucement : – Bonjour ; je n’ai pas dormi non plus cette nuit. Ils s’entendaient déjà plus qu’il ne fallait. Cependant, après cette soirée, qui fut le premier évènement de leur amour, ils restèrent longtemps au même point. Ils n’avaient pas l’éperon des rivalités pour les hâter, ni la crainte d’être séparés par un accident ; tout leur avenir était à leur amour. Aussi pouvaient-ils en savourer les mille délices imperceptibles, les mille malheurs inaperçus pour la plupart des hommes, pour ceux surtout qui disputent une femme plutôt qu’ils ne l’aiment. Ce fut le meilleur temps de leurs amours. Ils savaient qu’i


