Chapitre 2

1067 Mots
Les couloirs du lycée bruissent de voix lorsque je me fraie un passage entre deux salles de classe. Plusieurs élèves m’adressent la parole au passage ; je réponds d’un geste bref, sans ralentir. Derrière moi, des pas pressés se rapprochent. Jason finit par arriver à ma hauteur, légèrement essoufflé. — Alors, championne, tu fais quoi après les cours ? Je grimace aussitôt. — Arrête avec ce surnom. Je ne le supporte pas. Il ricane, visiblement ravi de lui-même. — Trop tard. Depuis ton numéro d’hier, toute l’équipe t’appelle comme ça. Autant t’y habituer. Je m’immobilise, le fixant avec incrédulité. — Tu te moques de moi ? Son expression suffit à me répondre. Je laisse échapper un soupir contrarié. — Bon… peu importe. Tu disais ? — Je demandais ce que tu faisais en fin de journée. — Rien d’inhabituel. Je passe du temps avec mon père. Il arque un sourcil, amusé. — « Passer du temps »… Tu veux dire t’entraîner avec lui, non ? Le secret de ta réussite, c’est ça ? Des séances privées avec l’ancien guerrier le plus redouté de la meute ? Je ne réponds pas tout de suite. Mon regard glisse au-delà de lui, attiré par une silhouette bien connue. Alpha Rik avance entouré de plusieurs jeunes femmes. — On dirait que son cercle d’admiratrices s’élargit encore, murmuré-je en inclinant légèrement la tête dans sa direction, ignorant délibérément la remarque de Jason. Pourtant, il n’a pas tort. Chaque jour, je m’exerce avec mon père. Depuis toujours, je sais ce que je dois devenir. Je n’ai qu’un objectif : surpasser tous les autres, atteindre un niveau de force, de vitesse et de maîtrise qui me permettra d’assurer un jour la protection de l’Alpha, comme lui avant moi. Le seul hic, c’est que celui que je devrai protéger ignore jusqu’à mon existence. Quel chef peut ne pas reconnaître l’enfant de ceux qui ont sacrifié tant pour sa survie ? Sans mes parents, il n’aurait jamais eu la liberté de mener la vie qu’il s’offre aujourd’hui. Et moi… moi, j’aurai un jour pour mission de veiller sur cet… individu. Qu’on ne s’y trompe pas : je comprends parfaitement ce besoin qu’ont les alphas d’affirmer leur puissance. C’est inscrit dans leur nature. Et il faut reconnaître à Rik des atouts indéniables. Sa chevelure sombre frôle ses épaules, encadrant un visage marqué par une barbe soigneusement entretenue. Son regard, d’un bleu glacial, tranche avec la chaleur de sa peau hâlée. Sa carrure impose le respect : large, musclée, parfaitement proportionnée à sa grande taille. Chaque mouvement révèle une force maîtrisée, et aucune tenue ne parvient à dissimuler la puissance de ses jambes. Il n’est donc pas surprenant que tant de jeunes louves espèrent attirer son attention, rêvant de devenir Luna… ou, à défaut, de partager ne serait-ce qu’un instant avec lui. Je l’observe, campé au centre de son entourage, affichant une assurance presque insolente. Son prénom évoque la bravoure, comme ceux de tous les alphas avant lui. Une tradition ancienne. Et jusqu’ici, elle n’a pas été démentie. Notre meute prospère, solide, respectée. Alpha Anders incarne tout ce que l’on attend d’un chef : puissance, sagesse et équité. Quant à son héritier… difficile à dire. Il est fort, c’est indéniable. Je l’ai vu combattre. Une véritable bête. Les lignées alpha ne mentent pas. Moi, je dois compenser autrement : réfléchir plus vite, m’entraîner plus durement. Ma taille modeste et ma silhouette fine jouent en ma faveur ; on me sous-estime souvent. Une erreur que beaucoup ont déjà payée. Tous mes camarades ont fini par l’apprendre. J’ai gagné leur respect, tout comme celui d’Alpha Anders, qui dirige nos entraînements matinaux. L’après-midi, pendant que les autres suivent Rik, je poursuis mon apprentissage auprès de mon père. Il est hors de question que je rejoigne le cortège de ses admiratrices. Peut-être est-ce de l’orgueil, mais je refuse d’être une distraction parmi d’autres. Je serai peut-être un jour chargée de sa protection, pas de ses caprices. Et puis, il y a une question de principes. Chacun de nous a une âme sœur quelque part. Je ne me vois pas enchaîner les aventures sans lendemain, ni m’attacher à quelqu’un d’autre avant de rencontrer celui qui m’est destiné. Dans mon esprit, ce choix est déjà fait. « Tant mieux, » intervient Artemis dans mon esprit. « Je n’accepterais pas que tu trahisses notre compagnon. J’attends ce moment avec impatience. » — Tu es bien plus pressée que moi, répliqué-je intérieurement. « C’est plus fort que moi. » Je chasse cette conversation et détourne les yeux de Rik, comme si cela suffisait à rompre cette étrange tension. Jason parle encore ; je reviens à lui. — Désolée, tu disais ? — Tu m’écoutais vraiment ? soupire-t-il. Je disais juste que son groupe de prétendantes grossit à mesure qu’il approche de ses dix-huit ans. Elles espèrent toutes être choisies. Je souris, amusée. — Il n’y aura qu’une seule élue, après tout. — Belle référence, répond-il en passant son bras autour de mes épaules pour m’entraîner vers la salle suivante. En chemin, plusieurs voix m’interpellent. — Hé, la dure à cuire ! Génial. Donc c’est vrai. Je lance un regard noir à Jason. — Habitue-toi, Cara. Ça te correspond plutôt bien. — Comme si j’avais mon mot à dire… — Voilà. Bon, je reprends. Tu fais quoi ce soir ? Je lève les yeux au ciel. — Tu l’as déjà demandé. — Et tu n’as pas vraiment répondu. — D’accord. On est jeudi. Tu sais ce que ça signifie : Alpha Anders vient dîner chez nous. Après l’entraînement, je m’occupe du repas, puis des devoirs. Ce rituel existe depuis des années. Une manière pour lui d’honorer ce que mon père a perdu. Grâce à ces visites, il reste lié à la meute. Après l’accident, il avait envisagé de partir vivre parmi les humains. Anders a refusé. À la place, il nous a fait installer à la frontière du territoire. Nous restons sous sa protection, tout en étant à l’écart. Mon père n’a plus à assister aux entraînements ni à regarder les autres courir librement. Nous surveillons la limite nord, ce qui lui donne encore un rôle, une raison d’être. — J’avais oublié pour le dîner, reconnaît Jason. Bon, on maintient la sortie de demain ? — Évidemment. J’ai besoin de me défouler. — Parfait. Nous entrons en classe. Je laisse échapper un soupir en franchissant le seuil.
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