— Quoi ? Comment maman a pu passer de : « je t’interdis de les revoir » à : « tu vas vivre chez eux » ? John le sait ?
— Je lui ai laissé un message…
J'adore ma marraine, à tel point que ma mère en est jalouse, excessivement jalouse. C'est notre plus grande source de disputes, quotidiennes, qui plus est. C'est sûrement pour ça que c'est papa qui se charge de me déposer. Mais mon problème, c'est qu'il est en train de me dire que j'ai laissé mes amis derrière moi, les anciens comme les nouveaux, sans savoir que je ne les reverrais pas demain. De plus, il m'éloigne de John de trois heures supplémentaires !
— Mais pourquoi je ne vais pas chez mamie ? Je pourrais aller chez les Blackwood les week-ends et pendant les vacances !
— Nous ne savons pas combien de temps durera la mission, mamie ne se sentait pas de t'accueillir sans savoir s'il y aurait quelqu'un pour toi, si elle devait à nouveau être hospitalisée.
Il est vrai que la dernière fois, ça a été un peu la panique à bord quand mamie a fait un malaise dans sa baignoire et qu'elle a dû être hospitalisée. John et moi étions tout à fait capables de nous occuper de nous pendant trois jours, mais mamie a tellement culpabilisé que le stress a ralenti son rétablissement, et finalement, nous nous sommes débrouillés seuls durant une semaine.
Je comprends complètement la situation, mais j'ai tout de même mal au cœur, et mes larmes coulent silencieusement sur mes joues, tandis que j'engloutis mon goûter en regardant le paysage défiler à travers la fenêtre.
— Je suis désolé, mon chaton. Je suis conscient que c'est brutal et que ce n'est pas comme ça que tu voulais y retourner…
— T'inquiète pas, papa. Je sais que si tu avais pu faire autrement tu l’aurais fait, le coupé-je.
Au même instant, mon téléphone sonne et le visage joyeux de John s'affiche sur l'écran.
— Hé, choupinette, comment tu te sens ? demande-t-il aussitôt sans me laisser en placer une.
— Triste et angoissée, avoué-je.
— Je m'en doute, mais j'ai appelé les jumeaux, et ils m'ont promis de veiller sur toi au lycée, et Mason sera là en renfort pour le reste. Tu ne seras pas seule.
— John ! Alex, Baptiste et Mason ne sont pas vraiment comme toi… me plains-je en repensant à l'enfer qu'ils me faisaient vivre quand nous étions enfants.
John rit.
— Ils ont mûri, choupinette, sinon je n'aurais pas laissé papa t'emmener là-bas. En plus, tu sais bien que ça fait un moment qu'ils attendent ton retour, n'oublie pas tous les bons moments…
Il a raison, si je veux être honnête, j’ai vécu plein de choses merveilleuses avec eux. Je suis seulement habituée à ressasser le mauvais à cause de ma mère.
Je passe une bonne heure à discuter avec mon frère et à rire à ses blagues nulles avant qu'il ne se décide à aller bosser un peu.
— On s'appelle demain, choupinette. Courage, je t'aime.
— Je t'aime aussi.
En raccrochant, je vois un nouveau message de Vincent.
Vinz :
Tout va bien ?
Artémis :
Techniquement oui,
rien de grave...
Vinz :
Mais ?
Artémis :
Mon père m'emmène
vivre chez ma marraine
Pour une durée
indéterminée...
Vinz :
Qu'est-ce que ça
implique ?
Artémis :
Je change de lycée et je
ne sais pas quand je
reviendrai...
Vinz :
Je peux t’appeler ?
Artémis :
Ce soir, quand je serai
installée.
Là je suis en voiture
avec mon père.
Vinz :
Ok. J'attends ton
message.
Je passe ensuite sur la conversation de groupe avec les filles pour leur expliquer la situation, et Astride finit par m'appeler, en larmes. Après ça, je finis par me laisser bercer par la musique.
Je me suis endormie.
Papa me réveille alors que nous arrivons dans un quartier ultrachic où les domaines sont immenses, à tel point qu'on ne voit pour la plupart que le portail, espacé de plusieurs dizaines de mètres de celui des voisins.
Il s'arrête devant un portail noir aux pointes dorées et à l'inscription '' Blackwood '' forgée dessus. Il baisse sa vitre et sonne. Quelques instants plus tard, le portail s'ouvre en deux, pour faire place à une allée bordée d'arbres et de lumières au sol, qui s'allument devant nous au fur et à mesure. C'est tout simplement magnifique, et je ne suis pas au bout de mon émerveillement.
Au bout de l'allée, trône une fabuleuse fontaine, elle aussi éclairée, et le chemin tourne autour pour faire demi-tour. Face à elle, une majestueuse maison qui s'apparente presque à un manoir, mais très moderne.
Sur les marches qui conduisent à l'entrée, se tiennent Rachel et Nicola, bras dessus, bras dessous, et le sourire aux lèvres. Malgré la situation, je suis heureuse de les voir en chair et en os, ça fait bien trop longtemps. C'est pourquoi, je saute de la voiture sans perdre une seconde et me précipite à leur rencontre.
— C'est si bon de te voir, ma déesse ! me dit tante Rachel en m'étouffant presque dans ses bras.
— Chérie, nous allons devoir tenir les garçons en laisse, déclare oncle Nic.
— À qui le dis-tu ! répond tante Rachel en riant.
— Bienvenue, princesse, ajoute oncle Nic en m'embrassant sur le front. Claudius, ça fait longtemps, poursuit oncle Nic en serrant la main de papa. J'espère que vous avez fait bonne route.
— Nic, répond papa. En effet, bien trop longtemps. La route s'est bien passée, merci, mais je ne vais pas traîner, ce n'est pas le moment de prendre du retard.
— Bien sûr. On va demander aux garçons un coup de main pour vider la voiture, annonce oncle Nic.
À la mention des garçons, je me crispe dans les bras de ma marraine. J'appréhende le moment de les revoir.
— Ils sont impatients de te voir, me chuchote tante Rachel.
Je la regarde avec une grimace.
— Pas toi, on dirait… en conclut-elle avec un air peiné.
— Disons que mes souvenirs avec les garçons ne sont pas très glorieux, notamment les derniers… m’expliqué-je d'un air contrit.
Elle rit de bon cœur.
— Crois-moi, ma déesse, ils ont bien changé.
Après avoir pris chacune quelque chose dans la voiture, nous entrons dans la vaste demeure. Nous avons à peine posé les affaires dans le hall, que des voix retentissent derrière moi.
— Où est notre déesse ?
— La mocheté, tu veux dire !
— Baptiste, soupiré-je en le reconnaissant. Et tu disais qu'il avait changé ?
Je me retourne lentement, sous le rire joyeux de tante Rachel, pour revoir les sujets de mon exaspération. Mais le spectacle qui m'attend est tout, sauf ce que j'avais imaginé.
Je reste muette et apparemment bouche bée, car je sens tante Rachel refermer lentement ma bouche du bout du doigt.
— On lance les paris ? demande faiblement oncle Nic derrière moi.
Tante Rachel glousse de plus belle.
— Oh merde ! Tante Rachel, je crois qu'on est envahi par le Valhalla ! articulé-je sans lâcher du regard les beautés divines tout en muscles et à la peau légèrement hâlée par le soleil, qui me regardent, les yeux écarquillés, sans bouger.
— Artémis, voici Alex, Baptiste et Mason, dit oncle Nic en posant ses mains sur mes épaules.