CII Le fouet de feu Ceci est la pure vérité : je le tiens de mon grand-père. Il habitait alors la paroisse de Cavan où il avait pris à ferme des terres appartenant à la veuve de l’ancien maire, une nommée Perrine Jégou. Plût à Dieu qu’il n’eût jamais signé ce bail ! Il se fût épargné bien des tracas, et nous, ses petits-enfants, nous n’aurions peut-être pas été les pauvres sans-le-sou que nous sommes. La propriétaire de ces terres de Keraméné était la femme la plus avaricieuse, la plus ladre, la plus impitoyable qu’il y ait eu, de mémoire d’homme, sous le soleil béni. Elle eût tondu le poil des vaches pour le vendre, si elle avait trouvé acquéreur. Je suis sûre qu’elle comptait jusqu’aux feuilles des arbres qui garnissaient les talus de ses champs. Or, il arriva qu’un de ces arbres, un


