Épisode 04 : Le vide en soit
Kenneth avait passé la majeure partie de la nuit à discuter sur les réseaux sociaux, donc elle a eu du mal à se réveiller ce matin. D'ailleurs, c'était son anniversaire, et elle avait reçu pas mal de messages de ses amis. Ses doutes se sont dissipés, car la majorité d'entre eux s'étaient rappelés de sa date de naissance.
Elle venait d'être réveillée par sa gouvernante, celle qui s'occupe de la maison. Ce n'était pas une simple gouvernante qui se contentait de faire son travail, mais quelqu'un qui allait au-delà de ses devoirs. Elle s'était intégrée dans la famille et était devenue comme une mère pour Kenneth. Pour elle, Kenneth était sa fille et elle s'efforçait de bien jouer son rôle de mère, ne cessant de la couvrir de l'amour maternel dont elle avait besoin.
La gouvernante se tenait au pied du lit de Kenneth, essayant de la réveiller en lui tapotant doucement l'épaule.
"Oui, Mami, laisse-moi me reposer un tout petit peu," dit Kenneth en se recouvrant de sa couette.
"Eh, ma petite, oublies-tu que nous devons préparer ton anni...,". Sa phrase mourut dans sa gorge, car Kenneth se redressa brusquement et la fixa sans dire un mot.
"Bonjour ma fille, je m'excuse de t'avoir réveillée. Joyeux anniversaire, princesse d'amour. 18 belles années, ça mérite d'être marqué et gravé à jamais."
Kenneth ne répondit pas et l'étreignit. Elle s'imaginait entendre une telle phrase venant de ses parents. Comme toute mère, Mami la serra longtemps tout en lui caressant ses cheveux noirs très doux tombant sur son dos.
"Merci, Mami," répondit-elle.
"N'est-ce pas mon devoir en tant que mère ? Cela me fait énormément plaisir de te voir grandir. C'est le souhait de toute mère. Je suis très fière de toi, ma chérie."
"Tu vas encore me faire pleurer avec tes mots, Mami."
"Ce n'est pas le but, ma chérie. Je suis juste envahie par trop d'émotions en ce jour si spécial," dit Mami en se redressant de son lit.
"Je te comprends, et mon père ?" demanda Kenneth, toute pâle.
C'était justement cette question que Mami évitait, car elle ne voulait pas la voir triste, surtout en ce jour. Mais elle ne pouvait rien faire pour changer cela. Elle prit une grande respiration avant de répondre.
"Ton père a essayé de te joindre, mais tu n'as pas répondu," dit-elle en revenant sur ses pas.
"Ah bon ? Je dormais. Il serait là, je crois."
"Il ne sera pas là, chérie. Je suis sincèrement désolée et..."
"Non, rien, Mami. Tu veux te justifier pour lui, tu veux encore prendre sa défense comme tu l'as toujours fait de peur de me voir triste. Non, non, je ne suis plus cette petite fille qu'on couvre de mensonges de peur qu'elle ne sombre ou perde la boussole. Il ne sera pas là comme toujours, c'est ça la vérité, et elle ne nécessite pas d'alibis pour être justifiée."
"J'essayais juste de te faire comprendre qu'il ne sera pas de la partie compte tenu de ses occupations."
" Toujours les mêmes refrains, toujours entre missions et travail. N'ai-je pas droit au bonheur comme tous les autres enfants de mon âge ! "
" Relaxe-toi, ma princesse. Il a laissé de quoi organiser les choses. "
" Je ne demande rien d'autre que la présence de mon père, surtout en ce jour si important pour moi. Est-ce seulement avec l'argent qu'on peut tout gérer dans ce monde, y compris nos sentiments ! " dit-elle, le visage inondé de larmes.
À cet instant, la sonnerie de son téléphone retentit. Elle le récupère au pied du lit et constate que c'est son père. Irritée de savoir qu'il ne serait pas là, elle choisit de ne pas répondre à ses appels.
Mami, qui avait fait le constat, reste silencieuse un moment avant de se prononcer.
" Tu ne comptes pas décrocher ? "
" Non, je vais le rappeler plus tard. Tu voulais qu'on commence par quoi pour la célébration ? " dit-elle en changeant de sujet.
" Je vois que tu es fâchée contre ton père, mais s’il te plaît, écoute au moins sa version. " lui supplia la gouvernante.
" Écouter sa version ? Je suis occupée, le boulot passe avant, je le fais pour toi ! C'est toujours la même chanson et je la connais déjà, pas besoin de me le rappeler. "
" Je sais, ma petite cœur, mais s’il te plaît, décroche juste pour me faire plaisir. "
" D’accord, si tu insistes. "
Mami la regarde et hoche la tête en signe d'approbation.
" Je le ferai, juste pour toi, " réplique-t-elle froidement.
Elle suit le regard de Mami qui semble convaincante.
" Oui, allô, papa, " dit-elle une fois le combiné décroché.
" Ma princesse, papa est désolé. J’ai tout essayé pour être là, mais je n'ai pas pu, car mon voyage a été reporté. J’ai laissé de quoi vous réjouir, amuse-toi bien et que la fête soit belle. "
" C'est tout ce à quoi j'ai droit, même pas un joyeux anniversaire. J'ai toujours l'impression que tu n'es pas là et que tu me tournes le dos à chaque fois, papa, " dit-elle en laissant couler une goutte de larme.
" Bien sûr, ma petite fée. Je t’ai laissé un message de joyeux anniversaire très réconfortant ce matin. En plus, sache que je suis de cœur avec toi. Il faut que j'aille, amuse-toi bien, ma chérie, " dit le père de Kenneth.
Il raccrocha aussitôt et Kenneth fondit en larmes. Elle se sentait abandonnée par son père, tout comme sa mère l’avait fait auparavant.
"Ma chérie, arrête de pleurer, pas aujourd’hui, qui est censé être un jour si mémorable pour toi. Je comprends ta douleur, mais s’il te plaît, je suis là pour toi."
Kenneth a toujours voulu avoir, ne serait-ce que pour une courte durée, l'attention de son père. Elle a grandi en se réveillant chaque jour sans lui, ne le voyant que rarement lorsque l'occasion se présentait. Il était presque tout le temps absent, parfois pendant des mois. Elle aurait souhaité le voir au moins ce jour-là, juste pour rendre sa journée d'anniversaire formidable, mais hélas, son papa était occupé par son travail.
Pour elle, son père est quelqu'un de bien qui se soucie de son bien-être en sacrifiant tout, même ses instants de plaisir avec elle. Cela l'affecte énormément et risque de gâcher sa journée.
Son cœur est en lambeaux, brisé à l'idée de fêter son anniversaire sans ses parents, et surtout sans son père. Si seulement il pouvait voir à quel point son absence désoriente sa fille. Heureusement, Mami est là pour lui remonter le moral, et ses amis sont présents pour lui montrer qu'elle mérite leur compagnie.
"Viens m’aider," dit Mami au seuil de la porte.
"Je te rejoins, mais en attendant, laisse-moi me changer."
Elle alla prendre une douche et rejoignit Mami dans la cuisine. Elles avaient prévu d'organiser un petit festin comme chaque année, surtout qu'elle avait invité ses amis.
À suivre...